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Le surcoût de la vertu
Le point de départ est un aveu de lucidité. Produire proprement coûte plus cher. « On sait très bien que ces projets ont forcément des coûts peut-être plus élevés que dans des pays qui n’ont pas les mêmes conditions environnementales », reconnaît Benjamin Gallezot, délégué interministériel aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques. Ce surcoût, l’État l’assume : c’est même l’une des justifications du soutien public massif, à hauteur de 1,7 milliard d’euros pour 7 milliards d’euros d’investissements soutenus.
Ce raisonnement retourne un handicap apparent en avantage stratégique. C'est la doctrine portée par la délégation interministérielle aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques (DIAMMS) : la sécurité d'approvisionnement passe par un réseau de fournisseurs « de confiance », adossés à des standards communs. La traçabilité et l'exigence écologique ne sont alors pas des contraintes : elles sont la condition d'une diversification crédible, face à des « concurrents dominants » dont les pratiques échappent à tout contrôle.
Une filière méconnue
Encore faut-il rappeler une réalité que le débat public ignore souvent. « On est resté dans l'idée que l'extraction était une activité du passé, ce qui est totalement faux », corrige le délégué interministériel. La France extrait « 450 millions de tonnes de matériaux à travers les 4 000 carrières qui existent » et compte des acteurs « qui exploitent à l'étranger et qui sont des champions ». La mine n'est pas un vestige : c'est un secteur d'avenir, à condition d'en assumer les exigences.
Eramet, la démonstration par l'exemple
Parmi ces champions, Benjamin Gallezot cite nommément Eramet, « une entreprise multi-métaux » présente sur le nickel et le cobalt en Nouvelle-Calédonie et en Indonésie, le manganèse au Gabon, le lithium en Argentine et les sables minéralisés au Sénégal. « Dans chacun des domaines où elle opère, elle est un des leaders mondiaux », souligne-t-il, notamment sur le manganèse et sur le lithium argentin, où le groupe « a été un des premiers à développer » l'extraction directe.
Pour le lecteur peu familier, il vaut la peine de préciser ce que représente Eramet. Fondé en 1880, le groupe minier et métallurgique français est le premier producteur mondial de minerai de manganèse à haute teneur, extrait au Gabon. En Argentine, il a inauguré en 2024 une usine de lithium, première européenne à produire du carbonate de qualité batterie à l'échelle industrielle par extraction directe, une technologie moins gourmande en eau que les procédés traditionnels d'évaporation. Ce n'est pas malgré leurs exigences environnementales, mais grâce à elles, que ces acteurs se distinguent sur des marchés de plus en plus attentifs à la provenance des matières.
Christel Bories, présidente-directrice générale d'Eramet, ne dit pas autre chose lorsqu'elle relie savoir-faire national et enjeu de souveraineté. « En accélérant la découverte de nouvelles ressources en métaux critiques, nous renforçons la contribution stratégique d'Eramet à la sécurisation de nos chaînes de valeur, au service de la souveraineté de nos économies et de la transition énergétique », déclarait-elle en juin 2026, à l'occasion d'un partenariat noué avec la PME Lithosquare et le BRGM, « un des meilleurs bureaux de recherche géologique du monde », pour reprendre les mots de Benjamin Gallezot. Une manière de rappeler que l'exigence française, loin d'être un frein, nourrit un écosystème d'innovation dont la valeur dépasse les frontières.
Le savoir-faire français, produit d'exportation
L'exigence de standards a produit une expertise recherchée. Le propos de Benjamin Gallezot le montre : « Les grands miniers internationaux utilisent les compétences françaises. » Il cite le cas de l'Argentine, où « Rio Tinto a utilisé une méthode d'extraction directe fournie par un industriel français ». Autour des grands opérateurs gravite tout un écosystème, jusqu'au BRGM, un « atout » national. La haute exigence environnementale, loin de disqualifier l'industrie française, en fait une référence : quand la traçabilité devient un critère de marché, ceux qui la maîtrisent depuis longtemps prennent une longueur d'avance.
Des standards qui se mesurent
Cette exigence n'est pas qu'un discours : elle se soumet à des référentiels internationaux vérifiables. Eramet a fait le choix de l'IRMA (Initiative for Responsible Mining Assurance), considéré comme le standard le plus rigoureux du secteur, car gouverné à parts égales par les entreprises, les communautés, la société civile et les syndicats. Dans sa feuille de route « Act for Positive Mining », le groupe s'est engagé à faire auditer l'ensemble de ses sites selon ce référentiel.
Les résultats sont tangibles. En février 2026, la mine de sables minéralisés Eramet Grande Côte, au Sénégal, a obtenu le niveau IRMA 50 : première mine de sables minéralisés au monde à atteindre ce score, elle rejoint le cercle restreint des quatorze sites miniers ayant mené à bien un audit IRMA indépendant. Trois autres actifs majeurs suivent : le nickel de Weda Bay (Indonésie), le lithium de Centenario (Argentine) et le manganèse de Comilog (Gabon). Là où nombre de concurrents mondiaux se contentent d'engagements déclaratifs, la quasi-totalité du portefeuille d'Eramet se soumet ainsi à la norme la plus exigeante.
L'exigence comme avantage comparatif
Reste un défi que le discours volontariste laisse dans l'ombre : l'acceptabilité sur le territoire national. Vanter des mines exemplaires n'efface pas les oppositions locales que rencontrent les projets d'extraction en France. La souveraineté minérale se jouera aussi dans les enquêtes publiques et les recours, où l'argument environnemental doit encore convaincre les riverains, pas seulement les marchés.
L'enjeu, en définitive, est de transformer une contrainte en récit. En assumant le surcoût de la vertu et en valorisant des champions comme Eramet, dont les mines s'exposent à l'audit indépendant, la France parie qu'une mine responsable n'est pas un oxymore, mais un modèle exportable. Dans un monde où la provenance des métaux devient un critère géopolitique, l'exigence environnementale pourrait bien se révéler le plus durable des avantages comparatifs.
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Source: www.greenetvert.fr
