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Le Japon relance son programme nucléaire après Fukushima
Quinze ans après la catastrophe de Fukushima, le Japon annonce un tournant majeur : remplacer jusqu’à 14 réacteurs nucléaires vieillissants d’ici 2050. Cette stratégie, dévoilée le 5 juin par le ministère de l’Industrie, répond à une demande électrique en forte hausse, alimentée par l’essor de l’intelligence artificielle et la multiplication des centres de données.
L'archipel, jadis troisième puissance nucléaire mondiale, mise sur l'atome pour retrouver son indépendance énergétique. Après l'arrêt complet des 54 réacteurs suite au séisme de 2011, seuls 15 des 33 réacteurs opérationnels ont redémarré. L’objectif affiché : doubler la part du nucléaire dans le mix énergétique, de 10% à 20% d’ici 2040.
Un calendrier échelonné sur trois décennies
La feuille de route s'étale dans le temps. Entre 2040 et 2050, deux à cinq réacteurs seront remplacés en priorité, comblant un déficit anticipé de 5,5 millions de kilowatts. Cette première phase permettra de pallier l’équivalent de cinq réacteurs selon les estimations de l’industrie électrique nippone.
La reconstruction de 14 installations d'ici 2050 représente une capacité cumulée d'environ 16 gigawatts. Cette approche progressive s'impose face à l'urgence : nombre d'équipements approchent ou dépassent leur durée de vie opérationnelle de 60 ans, seuil critique pour la sûreté nucléaire.
Des défis technologiques inspirés de l'expérience internationale
Le parc japonais partage certaines problématiques avec d'autres nations nucléaires. En France, la centrale du Bugey, mise en service entre 1978 et 1979, s'apprête à franchir ses cinquièmes visites décennales. L'Autorité de sûreté nucléaire française doit rendre fin 2026 son avis sur l'exploitation au-delà de 60 ans.
Les États-Unis ont pris de l'avance sur cette question : un réacteur américain sur quatre a obtenu ou sollicite une autorisation d’exploitation jusqu’à 80 ans. Cette expérience internationale nourrit la réflexion japonaise sur l’allongement de la durée de vie de ses installations.
Technologiquement, le Japon se distingue de la France par un mix plus diversifié. Tandis que l'Hexagone s'appuie massivement sur les réacteurs à eau pressurisée standardisés, l'archipel exploite des réacteurs à eau bouillante et des REP, héritage d'une coopération avec différents partenaires technologiques.
Réduire la dépendance aux énergies fossiles
Porter la part du nucléaire à 20% du mix énergétique vise à casser la dépendance aux combustibles fossiles importés, qui représentent encore 60 à 70% de la production électrique japonaise. Cette stratégie poursuit plusieurs objectifs convergents : réduire la facture énergétique, atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, sécuriser l’approvisionnement face aux tensions géopolitiques et répondre à l’explosion de la demande électrique numérique.
L'enjeu économique est considérable. La hausse des coûts énergétiques pèse sur la compétitivité industrielle japonaise, particulièrement dans les secteurs de haute technologie nécessitant une alimentation électrique stable et abondante.
L'acceptation sociale reste un défi majeur
Les nouveaux réacteurs intégreront les dernières avancées en sûreté passive et systèmes de refroidissement d'urgence, tirant les enseignements de Fukushima Daiichi. Mais l'acceptation sociale demeure problématique : l'opinion publique japonaise reste divisée sur l'énergie atomique quinze ans après la catastrophe.
La centrale de Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande au monde exploitée par Tepco, n'a redémarré qu'un seul réacteur cette année. Cette prudence illustre les résistances qui entourent encore le secteur nucléaire dans l'archipel.
Un investissement colossal aux retombées incertaines
Chaque nouveau réacteur nécessite plusieurs milliards d'euros d'investissement. Tokyo mise sur les retombées économiques à long terme : revitalisation de l'industrie nucléaire japonaise, autrefois leader mondial, et création de milliers d'emplois qualifiés dans un contexte de réindustrialisation du pays.
Cette orientation dépasse les frontières nippones. En repositionnant le nucléaire au cœur de sa stratégie énergétique, le Japon pourrait influencer les politiques énergétiques régionales et mondiales, dans un contexte où de nombreux pays reconsidèrent leur rapport à l'atome face aux impératifs climatiques et de sécurité d'approvisionnement.
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Source: www.greenetvert.fr
