Comment les forêts se régénèrent-elles après un incendie ?
Alors que les feux de forêt ravagent la France, la biodiversité est mise à rude épreuve. À Fontainebleau, sanctuaire qui abrite plus de 15 000 espèces, l'Office national des forêts (ONF) s’est rendu sur place pour constater les dégâts : « La première image est très violente car d’un endroit où l’on voyait de la vie, où l’on entendait des oiseaux, aujourd’hui, on n’entend rien si ce n’est les épines roussies qui vont finir par tomber », a déclaré Sophie David, agent de l’ONF, à RFI.
Mais attention, l’image d’une forêt réduite à des troncs noirs peut-être est trompeuse. Une grande partie de la vie subsiste après le passage du feu. Sous terre, les racines de nombreuses plantes restent intactes. Certaines espèces repartent directement de leur souche quelques semaines après l’incendie. D’autres disposent de graines protégées par le sol ou par des enveloppes capables de résister aux fortes températures.
Experte incendies à l’Office national des forêts (ONF), Marion Toutchkov a fait ce constat au Monde : « Quand il vient juste de se produire, c’est très impressionnant, voire inquiétant, raconte-t-elle. On a le sentiment qu’il n’y a plus du tout de vie mais en réalité, il y en a encore, même si elle est cachée. Il y a des racines encore vivantes qui vont faire des rejets, des graines qui ont été protégées par les cônes des résineux. »
Un exemple particulièrement frappant est celui des forêts méditerranéennes, qui ont évolué avec le feu et développé des mécanismes leur permettant d’y résister. Le chêne-liège, grâce à son écorce très épaisse et isolante, peut ainsi survivre aux incendies, même lorsque son tronc est noirci et que son feuillage a été détruit. Le pin d’Alep, quant à lui, possède des cônes recouverts d’une résine protectrice qui préserve les graines à l’intérieur.
On peut déjà penser que les 2 000 hectares brûlés à Fontainebleau auront des conséquences plus importantes que les quelque 17 000 hectares brûlés dans les Corbières.
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Les incendies les plus violents laissent des cicatrices durables
Lorsque les flammes atteignent des températures très élevées ou parcourent de très vastes surfaces, les conséquences deviennent beaucoup plus importantes.
Dans le cadre d’un programme de recherche, Florent Mouillot, écologue à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), développe un nouvel outil destiné à mesurer les conséquences environnementales des incendies. Comparable à une "échelle de Richter » appliquée aux feux de forêt, cet indicateur attribuera une note de 1 à 10 selon la gravité écologique du sinistre. Pour établir ce classement, plusieurs paramètres seront analysés. L’objectif est de mieux identifier les territoires les plus fragilisés afin d’y orienter en priorité les actions de restauration et de protection de la biodiversité.
"Il n’est pas encore prêt mais on peut déjà penser que les 2 000 hectares brûlés à Fontainebleau auront des conséquences plus importantes que les quelque 17 000 hectares brûlés dans les Corbières en 2025, où il y avait des espèces plus résistantes et des milieux qui ont bien récupéré", estime Florent Mouillot, au Monde.
Un impact très variable sur la biodiversité
Le principal facteur d'inquiétude pour les chercheurs n'est pas l'existence des incendies, mais leur multiplication.
Une forêt a besoin de plusieurs décennies pour retrouver sa maturité. Si un nouvel incendie survient avant que les arbres aient eu le temps de produire des graines ou de se développer, le cycle naturel est interrompu.
C'est déjà le cas dans plusieurs régions méditerranéennes. En Grèce, en Espagne ou dans le sud de la France, certains massifs forestiers évoluent progressivement vers des paysages de garrigue composés d'arbustes bas. Les jeunes pins d'Alep, par exemple, ne produisent leurs cônes qu'après plusieurs années. Si les incendies reviennent trop tôt, ils disparaissent progressivement.
Le changement climatique accentue ce phénomène. Les vagues de chaleur sont plus fréquentes, les sécheresses plus longues et la saison des feux s’étend désormais sur plusieurs mois. Des régions jusqu’alors peu concernées deviennent également plus exposées au risque d’incendie.
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Faut-il replanter après un incendie ?
Contrairement à une idée largement répandue, replanter des arbres n'est pas toujours la meilleure solution.
"Il ne faut surtout pas céder à la simplicité et se dire qu’il faut juste tout replanter comme avant, a expliqué au Monde, Jean-Baptiste Filippi, coordinateur du programme FireCaster au CNRS et pompier volontaire. Il faut essayer de voir comment on peut retrouver un équilibre entre les feux, l’homme et la nature. »
Dans de nombreux cas, aucune plantation n'est réalisée. Les arbres repartent seuls grâce aux rejets des souches et aux graines déjà présentes dans le sol.
Lorsque le reboisement est nécessaire, les gestionnaires forestiers cherchent désormais à préparer les forêts de demain plutôt qu'à reconstituer exactement celles d'hier. Dans le massif de la Gardiole, dans l'Hérault, l'Office national des forêts expérimente ainsi des "îlots d'avenir« , où sont plantées des essences méditerranéennes plus résistantes à la sécheresse et aux fortes chaleurs, comme le caroubier, l’arganier, le pin des Canaries ou le chêne de Kabylie.
Source: www.linfodurable.fr
