Alors que la communauté internationale multiplie les engagements climatiques, l’Irak vient de signer un accord qui prend le contre-pied de cette dynamique. Le 5 juillet 2026, Bagdad et le géant américain Halliburton ont paraphé un contrat d'exploitation pour les champs pétroliers Bin Omar et Sinbad, en province de Bassorah. Objectif affiché : augmenter la production de 250 000 barils par jour d’ici 2031. Pour un pays où 90 % des recettes budgétaires proviennent des exportations pétrolières, l’urgence économique semble primer sur l’urgence climatique. Un choix qui interroge la capacité des États pétroliers en développement à concilier survie budgétaire et responsabilité environnementale.
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Un accord fossile à contre-courant de la transition énergétique mondiale
L'accord signé entre la Basra Oil Company et Halliburton prévoit d'extraire 150 000 barils supplémentaires par jour du champ Bin Omar, et entre 80 000 et 100 000 barils du champ Sinbad. Au total, 250 000 barils quotidiensviendront s'ajouter à la production irakienne actuelle de 4 millions de barils. Le ministre du Pétrole Bassem Khodeir a justifié cette décision par la volonté d’« augmenter la production de pétrole et de gaz », sans évoquer une seule fois les énergies renouvelables ou les objectifs climatiques.
250 000 barils supplémentaires : l'impact carbone ignoré
Chaque baril de pétrole brûlé libère environ 0,43 tonne de CO₂. Les 250 000 barils additionnels représentent donc 107 500 tonnes de dioxyde de carbone par jour, soit près de 39 millions de tonnes par an. Sur cinq ans, la durée de l'accord, l'impact carbone cumulé atteindra 195 millions de tonnes de CO₂. Aucune mention de compensation carbone, de capture de CO₂ ou de technologies de réduction des émissions n'apparaît dans les communications officielles. L'accord semble ignorer les engagements de l'Accord de Paris, que l'Irak a pourtant ratifié en 2021.
L'Irak verrouille sa dépendance aux hydrocarbures pour cinq ans
En signant ce contrat jusqu'en 2031, Bagdad hypothèque toute diversification énergétique à court terme. Le gouvernement d'Ali al-Zaïdi, arrivé au pouvoir récemment, aurait pu profiter de cette fenêtre de reconstruction pour amorcer une transition. Au lieu de cela, il renforce la monoculture pétrolière. Les infrastructures endommagées par les conflits depuis 2003 auraient pu être remplacées par des installations hybrides intégrant du solaire ou de l’éolien. Le sud de l’Irak bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel, avec plus de 300 jours de soleil par an. Pourtant, l'Irak subit déjà les conséquences dramatiques du changement climatique, avec des températures dépassant 51 °C et des réserves d’eau en chute libre.
La RSE de Halliburton : greenwashing ou engagement réel ?
Halliburton communique abondamment sur ses « pratiques durables » et sa « responsabilité environnementale ». L'entreprise texane affirme réduire son empreinte carbone et développer des technologies propres. Pourtant, son cœur de métier reste l'extraction d'hydrocarbures. En 2025, Halliburton a enregistré 23 milliards de dollars de chiffre d'affaires, dont 94 % provenant des services pétroliers et gaziers. Ses investissements dans les énergies renouvelables représentent moins de 2 % de son budget recherche et développement.
Quels engagements environnementaux dans l'accord Bin Omar-Sinbad ?
Le communiqué du ministère du Pétrole irakien ne mentionne aucune clause environnementale contraignante. Ni norme d'émission maximale, ni obligation de réhabilitation écologique, ni participation à un fonds de transition énergétique. Les ONG environnementales dénoncent un « contrat du siècle dernier » qui fait l'impasse sur les standards internationaux. À titre de comparaison, les récents contrats pétroliers signés par la Norvège ou le Royaume-Uni intègrent systématiquement des objectifs de neutralité carbone et des mécanismes de suivi. L'accord irakien semble appartenir à une autre époque.
L'Irak aurait-il pu diversifier ses sources de revenus autrement ?
La dépendance à 90 % au pétrole expose l'Irak à la volatilité des cours mondiaux. En 2020, l'effondrement des prix avait plongé le pays dans une crise budgétaire sévère. Diversifier les revenus par le tourisme, l’agriculture irriguée moderne ou les technologies vertes aurait permis de réduire cette vulnérabilité. L’Arabie saoudite voisine investit massivement dans son plan Vision 2030, qui prévoit 50 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. Les Émirats arabes unis ont inauguré en 2023 la centrale solaire de Noor Abu Dhabi. Il s’agit de l’une des plus grandes au monde. L’Irak, lui, recule.
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Source: www.greenetvert.fr
