À la conférence mondiale sur la biodiversité COP17, réunie à Erevan en Arménie, la France et le Pérou ont coprésidé, le 27 octobre 2026, le lancement d’une initiative européenne destinée à développer les crédits nature. Baptisée « Friends of Credits for Nature and Biodiversity », cette coopération veut rapprocher les gouvernements autour d’une question concrète : comment financer la protection et la restauration des écosystèmes en rémunérant des résultats écologiques mesurables ?
La Commission européenne a confirmé le lancement le 28 octobre. Aux côtés de la France et du Pérou, douze pays ont été accueillis dans l’initiative, dont la Finlande, l’Espagne, le Canada, le Botswana, l’Indonésie, le Japon et la Nouvelle-Zélande. Le groupe reste ouvert à d’autres États et à des organisations internationales.
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Des financements liés aux résultats obtenus pour la nature
Le principe des crédits nature consiste à rendre finançables des actions bénéfiques à la biodiversité : restaurer une zone humide, améliorer l'état d'un habitat ou préserver des paysages riches en espèces. Agriculteurs, forestiers, pêcheurs, propriétaires fonciers et gestionnaires d'espaces naturels pourraient ainsi être rémunérés pour des bénéfices environnementaux démontrés.
La feuille de route européenne présentée en juillet 2025 prévoit des expérimentations, des méthodes de certification et des garde-fous environnementaux et sociaux. L’enjeu central sera de vérifier la réalité des améliorations : un projet financé, un engagement de gestion et un résultat effectivement observé ne correspondent pas à la même étape.
La biodiversité pose en outre une difficulté particulière de mesure. Les bénéfices d'une prairie restaurée, d'une forêt mieux gérée et d'une rivière renaturée ne s'expriment pas dans une unité universelle aussi simple à comparer qu'une tonne de CO₂. Les méthodes devront tenir compte de la qualité écologique, du territoire, de la durée des effets et du risque de compter plusieurs fois un même bénéfice.
Une initiative diplomatique, pas encore un dispositif de paiement
La coalition lancée à Erevan est un forum informel de coopération entre gouvernements. Elle doit faciliter les échanges d’expérience, le rapprochement des méthodes et la mobilisation d’investisseurs. Son lancement ne fixe ni prix des crédits, ni certification internationale obligatoire, ni enveloppe financière propre.
Cette distinction importe aux acteurs français de la gestion des milieux naturels. Les exploitants agricoles, collectivités, associations ou propriétaires forestiers intéressés par de futurs financements devront attendre les conditions concrètes des projets et des mécanismes de vérification. L'annonce ouvre une coopération politique ; elle n'ouvre pas immédiatement un guichet d'aide.
Pour la France, le rôle de coorganisatrice donne une place directe aux débats sur la façon de rémunérer les services rendus par les écosystèmes. Le sujet rejoint les discussions nationales sur la restauration de la nature, les financements complémentaires et les exigences de crédibilité des engagements environnementaux des entreprises.
Un rendez-vous international dès novembre
La démarche s'inscrit dans le cadre mondial de Kunming-Montréal, qui vise notamment à mobiliser au moins 200 milliards de dollars par an d'ici 2030 pour la biodiversité, toutes sources confondues. Ce montant est un objectif international de financement, et non une somme attribuée à la coalition. L’OCDE documente les enjeux de mobilisation des capitaux publics et privés nécessaires à la protection du vivant.
Les financements privés sont envisagés comme un complément aux budgets publics et aux règles de protection. L'initiative devra donc préciser comment démontrer l'additionnalité des bénéfices écologiques, garantir la transparence des transactions et éviter que des crédits servent à présenter comme vertueuse une activité dont les impacts restent inchangés.
La Commission prévoit de poursuivre les échanges lors d'un événement européen à la COP31 sur le climat, le 18 novembre 2026, puis de préparer l’approbation formelle d’une déclaration commune entre gouvernements. Comme le souligne également le média européen Eunews, la prochaine difficulté sera de transformer cette coopération en investissements crédibles, assortis de résultats écologiques contrôlables.
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Source: www.greenetvert.fr
