Notation de la France : une dégradation par Moody’s attendue vendredi
Cette note de Moody's, qui évalue la capacité de la France à rembourser ses emprunts, est actuellement de Aa3 avec perspective négative, ce qui caractérise la dette comme « de bonne qualité », mais avec un risque d’abaissement.
Les deux autres principales agences, Standard & Poor’s et Fitch, la classent déjà un cran en dessous, à A+ (qualité moyenne supérieure), avec une perspective stable.
Éric Dor, directeur des études économiques à l'Ieseg, rappelle le sombre tableau de l'économie française : un déficit public obstinément au-dessus de 5 % du produit intérieur brut en 2025 et 2026 (5,1 % en 2025, 5,4 % attendus en 2026 et encore 5 % projetés en 2027), « supérieur à ceux de tous les autres pays de l’Union européenne moins bien ou aussi bien notés par Moody’s, à part la Belgique, ou la Hongrie et la Roumanie qui sont hors zone euro ».
S'y ajoute la dette publique, qui devrait atteindre 121,7 % du PIB l’an prochain, également au-dessus de tous les pays de l’UE aussi bien ou moins bien notés par Moody’s, à l’exception de l’Italie et de la Grèce.
Quant à la croissance du PIB, elle a démarré l'année avec un recul de 0,2 % au premier trimestre et une stabilité au deuxième, avant une faible progression de 0,1 % pronostiquée au troisième trimestre.
Spread au plus haut
"Cela pose un problème de soutenabilité de la dette publique« , observe M. Dor. Ce qui se reflète sur les marchés : le taux de la dette française à dix ans tangente les 5 % depuis plusieurs semaines, à des niveaux inédits depuis 2002.
Dans le même temps, le "spread", soit l'écart avec le taux allemand de référence, est au plus haut depuis 2011, alors en pleine crise financière européenne.
"Le taux d'intérêt exigé par les investisseurs est supérieur aux rendements demandés à tous les autres pays de la zone euro, même beaucoup moins bien notés par Moody’s", remarque M. Dor.
Dans ces conditions, "une dégradation de la note de la France par Moody’s (d’un cran) à A1 est très plausible », selon lui.
Nicolas Laine, de l'Institut Montaigne, juge aussi "très crédible" un passage à A1 avec perspective stable.
Dans un scénario "sévère", Moody's pourrait dégrader la note de la France à A1 avec une perspective négative, si elle considère que cet abaissement ne suffit pas à absorber les risques et qu'elle envisage d'autres baisses, poursuit-il.
Parmi les autres hypothèses, l'agence pourrait opter pour le statu quo. Elle « attendrait de voir quelles seraient les conclusions du budget 2027 », en cours d'examen au Parlement et dont l’adoption avant fin décembre est très incertaine.
Le gouvernement a fait d'un déficit de 5 % du PIB l'an prochain son objectif "quoi qu'il en coûte", a expliqué le ministre de l'Économie Roland Lescure.
Interrogations
Les débats à l'Assemblée nationale ont pris du retard, dans une atmosphère peu propice aux compromis et donc aux économies.
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Dernière possibilité, moins probable, que Moody's ne se contente pas de dégrader la note d'un cran, mais de plusieurs.
Cela aurait peut-être "un peu plus d'effet" sur les marchés, observe M. Laine. "Car en plus d'avoir une fragilité budgétaire, on a de plus en plus une fragilité institutionnelle« , relève l’économiste. « Il y a peut-être des interrogations qui montent sur notre capacité institutionnelle à relever le défi budgétaire. »
Anthony Morlet-Lavidalie, de l'Institut Rexecode, envisage lui aussi une dégradation vendredi : même A1, ce serait "bien noté", estime-t-il, car "si on prend un à un tous les éléments qui ont fait historiquement la solidité française, le seul qui nous reste, c'est qu'on est une très grande économie et assez diversifiée".
Mais en ce moment, conclut-il, "on est une économie qui fait du surplace, avec des institutions chahutées, une polarisation politique très forte, et des finances publiques qui ne prennent absolument pas le chemin du rétablissement".
Avec AFP
Source: www.linfodurable.fr
