Le Kenya a officialisé, le 21 octobre 2026, un programme de conservation de 160 millions de dollars sur dix ans. Baptisée Thamani Asili, « valeur de la nature » en kiswahili, l’initiative associe l’État kényan, des organisations de protection de l’environnement et des bailleurs philanthropiques. Son ambition est de financer durablement la protection de vastes écosystèmes tout en améliorant les perspectives économiques des populations qui y vivent.
Le montage annoncé repose sur 80 millions de dollars de financements philanthropiques et une contribution publique kényane équivalente, attendue sur la décennie. Le communiqué des partenaires du programme présente ces sommes comme un dispositif de financement à mobiliser dans la durée. Il s’agit d’un engagement structuré, dont la concrétisation et les résultats devront être suivis au fil des années.
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Une protection de la nature pensée à l'échelle des paysages
Thamani Asili doit concerner environ 17,3 millions d'hectares, soit 173 000 kilomètres carrés, à travers plusieurs grands ensembles écologiques. Quatre paysages sont prioritaires : le corridor de Tsavo vers la côte, la région du Grand Ewaso, l’axe de la vallée du Rift vers l’ouest et le sud du Kenya, où les continuités écologiques rejoignent notamment les espaces naturels transfrontaliers.
Le programme prévoit de contribuer à la création d'environ 2,7 millions d'hectares d'espaces conservés, à l'amélioration de la gestion de quelque 11 millions d'hectares d'aires existantes et au renforcement des capacités de gestion communautaire sur d'autres territoires. Ces catégories décrivent des types d'intervention différents : elles ne doivent pas être additionnées mécaniquement pour mesurer la superficie du programme.
La faune emblématique du pays est concernée, notamment les éléphants, les rhinocéros et les grands carnivores. Mais l'enjeu dépasse les espèces les plus visibles. Les bassins versants, les pâturages, les corridors de déplacement des animaux et les activités agricoles sont interdépendants. La protection de ces milieux exige aussi des réponses aux conflits entre humains et animaux, à la pression foncière et à l'accès à l'eau.
Des financements associés aux revenus des habitants
Le modèle retenu est celui du Project Finance for Permanence, un financement de long terme qui lie les apports des bailleurs à un plan de conservation et à des engagements de gestion. L’argent doit être administré par un fonds indépendant nouvellement constitué, chargé de distribuer les ressources et d’en suivre l’utilisation.
Selon l'agence publique Kenya News Agency, dans son compte rendu du 22 octobre, le programme doit intervenir dans 31 comtés. Les partenaires estiment qu’environ 1,6 million de personnes pourraient en bénéficier directement, tandis que 3,9 millions d’autres pourraient profiter indirectement d’une meilleure gestion des terres et des ressources. Ils anticipent 7 800 emplois directs et 15 000 emplois indirects dans des activités telles que l’écotourisme, le pâturage durable ou les services liés à la nature. Ces chiffres sont des objectifs annoncés, et non des emplois déjà créés.
La place accordée aux communautés est un élément déterminant. Lorsque les habitants supportent les coûts de la coexistence avec la faune — cultures endommagées, bétail menacé ou restrictions d'usage des terres —, la conservation ne peut réussir durablement sans bénéfices locaux identifiables. Le programme prévoit des actions de protection des troupeaux, de gestion foncière et de soutien aux entreprises locales.
Un test concret des engagements internationaux sur la biodiversité
L'annonce intervient pendant la COP17 sur la biodiversité, réunie à Erevan du 19 au 30 octobre. Les États y examinent leurs progrès vers les objectifs du cadre mondial adopté à Montréal en 2022, dont la conservation effective de 30 % des terres et des mers d’ici 2030.
Le Kenya entend se rapprocher de cette cible. L'intérêt du dispositif, pour un lectorat français et européen, tient aussi au mécanisme de financement : il illustre la recherche de solutions durables à une difficulté commune aux politiques de biodiversité, celle de payer la gestion des espaces naturels pendant des années, et pas seulement leur classement administratif.
La mise en œuvre sera décisive. La qualité des protections effectives, la place des communautés dans les décisions, la transparence du fonds et l'arrivée des financements promis permettront de juger les résultats. Dans un contexte de négociations internationales sur les moyens de préserver la nature, Thamani Asili offre désormais un cas concret à observer, au-delà des déclarations de principe.
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Source: www.greenetvert.fr
