À la COP17 sur la biodiversité, réunie à Erevan en Arménie, la présidence de la conférence a présenté lundi 26 octobre une initiative consacrée à un levier souvent moins visible que les aires protégées : la manière dont les États dépensent l’argent public. L’« Appel d’Erevan pour des incitations favorables à la biodiversité » vise à transformer les soutiens économiques qui encouragent, directement ou indirectement, la dégradation des écosystèmes.
Le dispositif, présenté par l’initiative BIOFIN du Programme des Nations unies pour le développement, associe une coalition de gouvernements et un mécanisme d’appui aux projets nationaux. Il intervient alors que les pays examinent leurs progrès vers les objectifs internationaux de protection de la nature adoptés en 2022.
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Des aides publiques à identifier, puis à réformer
La coalition « Friends of Target 18 » (« Amis de la cible 18 ») sera coprésidée par la Colombie et la Finlande, avec l’appui de l’Institut international du développement durable (IISD). La France participe à cet effort, selon les informations rapportées par Reuters le 26 octobre. L’objectif est d’aider les administrations à repérer les incitations dommageables, à échanger leurs méthodes et à préparer des réformes adaptées à leurs politiques nationales.
La cible 18 du cadre mondial de Kunming-Montréal prévoit de réduire progressivement d’au moins 500 milliards de dollars par an d’ici à 2030 les incitations préjudiciables à la biodiversité, notamment certaines subventions. Ce montant est une cible mondiale de réforme, pas une somme déjà mobilisée ni un nouveau fonds international.
Les mécanismes concernés peuvent toucher plusieurs secteurs. Une aide à des pratiques favorisant la déforestation, ou une subvention qui encourage l’usage excessif d’intrants agricoles polluants, peut produire des effets environnementaux contraires aux objectifs publics. Leur examen suppose d’évaluer à la fois les dommages écologiques, les effets économiques et les conséquences sociales d’une modification des soutiens.
Deux millions de dollars pour lancer des projets concrets
La seconde composante, baptisée « Yerevan Biodiversity Finance Challenge », est portée par BIOFIN. Selon le communiqué de l’IISD du 26 octobre, elle démarre avec un appel à propositions doté de 2 millions de dollars, soutenu par l’Allemagne et son Initiative internationale pour le climat.
Cette enveloppe initiale doit accompagner la préparation de solutions nationales. Elle reste très différente de l’objectif des 500 milliards : l’une finance un premier travail opérationnel, l’autre désigne l’ampleur annuelle des aides et incitations à réformer à l’échelle mondiale.
Le défi dépasse les ministères chargés de l’environnement. Les arbitrages concernent aussi les budgets, l’agriculture, l’énergie et les politiques de développement. Pour être applicables, les réformes devront tenir compte des populations et des entreprises qui dépendent aujourd’hui des dispositifs visés.
La France concernée par les choix budgétaires et agricoles
Pour la France et l’Union européenne, cette initiative ouvre une discussion sur la cohérence entre dépenses publiques et protection des milieux naturels. Les priorités françaises présentées par le ministère des Affaires étrangères comprennent précisément une meilleure intégration de la biodiversité dans les politiques publiques et une mobilisation accrue des financements.
À ce stade, aucune suppression précise d’aide française n’a été décidée par cette coalition. Les changements dépendront des travaux nationaux et des décisions budgétaires ou réglementaires qui pourraient suivre. La portée de l’annonce réside dans la création d’un cadre de coopération pour préparer ces choix.
Le compte rendu indépendant des négociations du 26 octobre souligne d’ailleurs que les délégations n’ont pas encore trouvé d’accord sur plusieurs formulations relatives à la réforme des incitations nuisibles. Les discussions se poursuivent jusqu’au 30 octobre. L’enjeu sera de convertir l’impulsion politique d’Erevan en méthodes vérifiables, puis en décisions capables de modifier effectivement les dépenses publiques.
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Source: www.greenetvert.fr
