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Quand l'éolien offshore devient enjeu judiciaire entre États et fédéral
L’industrie de l'éolien en mer américain traverse une crise sans précédent. Sept États du nord-est des États-Unis, menés par New York, ont déposé mardi une plainte devant la justice fédérale pour contester un accord controversé conclu entre l’administration Trump et TotalEnergies. Ce texte prévoit le remboursement de près d'un milliard de dollars au géant pétrolier français en échange de l'abandon définitif de ses projets d'éolien en mer sur les côtes américaines.
Cette offensive judiciaire illustre les tensions qui fracturent le paysage énergétique américain sous la présidence Trump. Les États démocrates dénoncent ce qu'ils qualifient de « détournement scandaleux de l'argent des contribuables », tandis que l'administration fédérale campe sur une stratégie énergétique résolument tournée vers les combustibles fossiles — au détriment, selon ses adversaires, de toute ambition climatique sérieuse.
Un accord financier controversé au cœur du conflit
L'accord signé fin mars entre le ministère de l'Intérieur américain et Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, constitue le point focal de cette plainte. Selon Le Figaro, il prévoit que l’État fédéral rembourse 795 millions de dollars à la filiale Attentive Energy pour la concession new-yorkaise, auxquels s’ajoutent 133 millions de dollars pour le projet de Caroline du Nord — soit un total avoisinant le milliard de dollars.
En contrepartie, TotalEnergies s’engage à réinvestir une somme équivalente dans les énergies dites « conventionnelles » — pétrole et gaz — sur le territoire américain, entre novembre 2025 et septembre 2026. L’entreprise française renonce par ailleurs à tout nouveau projet d’éolien offshore aux États-Unis.
Doug Burgum, secrétaire à l'Intérieur, a tenté de défendre la démarche en affirmant que « TotalEnergies a simplement été remboursée de son argent, qu'elle a déjà investi dans d'autres projets énergétiques aux États-Unis ». Il qualifie par ailleurs l’éolien offshore de « coûteux, peu fiable, perturbateur pour l’environnement et dépendant des subventions » — une rhétorique devenue familière dans les cercles proches de l’administration Trump.
Une coalition d'États démocrates mobilisée
La coalition derrière la plainte rassemble New York, le New Jersey, le Connecticut, le Maine, le Massachusetts, Rhode Island et le Vermont — sept États tous dirigés par des gouverneurs démocrates, qui contestent la légalité de l'accord devant la Cour fédérale du district de Columbia.
« Après avoir essuyé plusieurs défaites devant les tribunaux, ce gouvernement a concocté un accord bidon visant à verser à une entreprise énergétique étrangère des centaines de millions de dollars provenant des contribuables pour qu'elle abandonne l'éolien en mer et investisse plutôt dans le pétrole et le gaz », dénonce Letitia James, procureure générale de New York, selon les déclarations rapportées par WAMC. La gouverneure Kathy Hochul renchérit, évoquant un « détournement scandaleux de l’argent des contribuables qui nous empêche de couvrir nos besoins énergétiques, de créer des emplois de qualité et de contribuer à garantir l’indépendance énergétique américaine tout en réduisant les émissions ».
Des projets éoliens stratégiques sacrifiés
Les projets ainsi abandonnés représentaient un enjeu considérable pour la transition énergétique américaine. Le projet new-yorkais d'Attentive Energy, d'une capacité de 3 gigawatts, aurait suffi à alimenter près d'un million de foyers et généré 10 milliards de dollars d'économies pour les consommateurs new-yorkais — dont 500 millions spécifiquement fléchés vers les ménages à faibles revenus. Le projet Carolina Long Bay, d'une puissance supérieure à 1 gigawatt, visait quant à lui l'alimentation d'environ 300 000 foyers supplémentaires. Ensemble, ces installations d’éolien offshore auraient créé plus de 1 700 emplois directs, principalement syndiqués.
TotalEnergies avait acquis ces concessions en 2022 pour un montant total de 928 millions de dollars, remportant ces appels d’offres dans un contexte alors favorable aux renouvelables sous l’administration Biden. Sur ce sujet, lire aussi notre article sur l'éolien flottant : le projet géant d'Eni entre Corse et Italie sous haute surveillance environnementale.
Une stratégie fédérale d'obstruction systématique
L'accord avec TotalEnergies s’inscrit dans une démarche plus large et délibérée de l’administration Trump pour entraver le développement de l’éolien offshore. Après l’échec de ses tentatives d’arrêt par décrets exécutifs — déclarés illégaux par les tribunaux fédéraux —, l’exécutif a opté pour cette voie financière, jugée plus discrète et plus difficilement contestable. L'administration consacre ainsi près de 2 milliards de dollars pour inciter les entreprises à renoncer à leurs projets en mer. Bluepoint Wind a déjà accepté de résilier son bail pour un projet offshore au large du New Jersey et de New York, tandis que la Californie fait l’objet d’une procédure similaire concernant l’abandon du projet Golden State Wind.
Cette logique de démantèlement progressif n'est pas sans rappeler d'autres renoncements climatiques observés à l'échelle mondiale. On pense notamment à la décision du géant minier BHP de ne plus réduire ses émissions polluantes, symptôme d’un recul général des engagements environnementaux des grandes entreprises extractives.
Enjeux juridiques et constitutionnels
Les États plaignants invoquent plusieurs violations légales dans leur recours, selon Boursorama et Ouest-France. Ils estiment en premier lieu que l’accord contrevient à l’Outer Continental Shelf Lands Act, qui encadre strictement les prérogatives du ministère de l’Intérieur en matière d’annulation de concessions d’éolien offshore.La plainte dénonce également une violation du Judgment Fund Act, qui réglemente l'usage des fonds publics pour les règlements judiciaires et les compromis financiers. Les plaignants demandent l'annulation complète de l'accord et l'arrêt immédiat de sa mise en œuvre.
Cette bataille judiciaire met au jour les fractures profondes entre les priorités énergétiques fédérales et celles des États côtiers. Tandis que l'administration Trump tourne résolument le dos aux renouvelables, les États du nord-est misent sur l’éolien offshore pour atteindre leurs objectifs climatiques et contenir la hausse des coûts énergétiques.
Implications pour l'avenir des renouvelables américaines
L'issue de cette procédure judiciaire pourrait déterminer le visage de l'éolien en mer aux États-Unis pour les années à venir. Une victoire des États plaignants restaurerait les projets de TotalEnergies et confirmerait les limites du pouvoir fédéral en matière d’annulation de concessions — un signal fort envoyé à l’ensemble de la filière. À l’inverse, une validation de l’accord offrirait à l’administration les coudées franches pour démanteler méthodiquement l’industrie de l’éolien offshore par des moyens purement financiers, ouvrant la voie à d’autres résiliations similaires.
L'enquête parlementaire conduite par les démocrates du Congrès sur cet accord témoigne, s'il en était besoin, de l'ampleur des enjeux politiques. Les répercussions débordent largement le seul secteur énergétique pour toucher aux questions fondamentales de gouvernance fédérale et de respect des engagements contractuels. Au fond, c'est bien la crédibilité de l'État américain en tant que partenaire économique fiable qui se trouve ici mise en cause — une question dont l'écho dépasse de loin les côtes du nord-est américain.
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Source: www.greenetvert.fr
