Jérôme Perez, Directeur de la durabilité chez Nespresso au niveau mondial : « il est urgent de sortir du modèle d’agriculture intensive et chimique qui a détruit les sols »
Dans la salle de presse du World Living Soils Forum, à Arles, les conversations se poursuivent entre deux conférences. Chercheurs, agriculteurs, dirigeants d’entreprise et représentants d’ONG se croisent dans les couloirs du forum. Assis autour d’une table haute, un café à la main, Jérôme Perez prend quelques minutes pour raconter son parcours.
L’homme est souriant, décontracté. Rien, à première vue, ne laisse présager qu’il siège aujourd’hui au comité de direction de Nespresso et pilote la stratégie mondiale de durabilité de la marque.
Pourtant, son parcours ne le destinait pas nécessairement à occuper une telle fonction. C'est en effet dans un univers bien éloigné desplantations de café qu’il fait ses premiers pas. Finance, contrôle de gestion, industrie, logistique : pendant près de quinze ans, sa carrière suit la trajectoire classique d’un cadre dirigeant. Jusqu’à ce qu’une mission vienne progressivement en modifier le cours.
"J'ai eu l'opportunité de rejoindre Nespresso pour créer le département développement durable, il y a près de 20 ans. » À l’époque, le sujet est encore loin d’occuper la place qu’il tient aujourd’hui dans les entreprises. Jérôme Perez arrive seul sur cette mission, porté par l’intuition de dirigeants convaincus que ces enjeux finiront par devenir stratégiques. Son travail consiste alors à comprendre le quotidien des producteurs de café, leurs contraintes, leurs difficultés et les raisons pour lesquelles certains peinent à vivre de leur activité.
Une mission qui va progressivement transformer son regard. "Pour moi, la découverte de l'agriculture du café a été une véritable révélation. Je suis tombé amoureux de ce secteur. Je ne pensais pas être encore là aujourd'hui lorsque j'ai rejoint Nespresso, mais c'est devenu une passion."
Près de vingt ans plus tard, l'équipe qu'il a contribué à bâtir compte une quarantaine de collaborateurs et supervise le travail de près de 750 agronomes et techniciens présents sur le terrain qui accompagnent les caféiculteurs sur le terrain.
"Notre force chez Nespresso, c’est de travailler en direct avec les caféiculteurs. Nous n’achetons pas notre café sur les marchés financiers, mais aux mêmes caféiculteurs, année après année, certains depuis plus de 20 ans. Ils sont essentiels pour nous. La culture du café est un métier difficile et notre ambition est de permettre aux producteurs avec lesquels nous travaillons de vivre correctement de leur activité. »
Une conviction qui, avec le temps, l'a conduit bien loin des tableaux de bord et des indicateurs financiers de ses débuts.
Table des matières
Au plus près des producteurs
Aujourd'hui, Nespresso s'approvisionne dans 18 pays et travaille avec plus de 130 000 producteurs de café. Une diversité qui constitue l'une des richesses de la filière, mais aussi l'une de ses principales complexités. "Certains de nos caféiculteurs partenaires ont des milliers d’hectares, au Brésil notamment, alors que les plus petits producteurs avec lesquels nous travaillons possèdent parfois seulement quelques centaines d’arbustes. C’est par exemple le cas en Afrique. »
Face à cette diversité de situations, Jérôme Perez continue de privilégier une approche de terrain. Chaque année, il effectue une dizaine de déplacements à la rencontre des producteurs. "J'ai la chance de pouvoir les rencontrer régulièrement dans différents pays. C’est probablement la partie la plus forte et la plus gratifiante de mon métier. » Et parmi toutes ces rencontres, certaines ont laissé une empreinte particulière.
À lire aussi : Nespresso renforce sa trajectoire B Corp avec une re-certification en nette progression
Des rencontres qui changent une trajectoire
Lorsqu'il replonge dans ses souvenirs, un nom s'impose rapidement : celui de Jennifer Pony.
À l'époque, cette dernière est cheffe agronome pour Nespresso au Soudan du Sud. Ensemble, ils participent à un projet ambitieux : contribuer à relancer une filière café dans un pays qui n’exporte alors pratiquement plus rien d’autre que du pétrole. « Nous avons créé six coopératives regroupant près d’un millier de producteurs et fait venir des équipements de Colombie afin de développer les capacités de transformation sur place », se souvient-il.
Pour Nespresso, l'enjeu dépasse largement la simple commercialisation d'un café. Il s'agit aussi d'accompagner les producteurs, de structurer une filière naissante et de permettre à certaines communautés de retrouver une activité économique durable.
Pendant plusieurs années, l'entreprise travaille aux côtés des producteurs locaux et commercialise même un café originaire du Soudan du Sud. L'aventure sera finalement interrompue par la reprise du conflit, mais le souvenir de Jennifer Pony demeure intact dans l'esprit de Jérôme Perez.
"C'était une femme qui avait traversé des épreuves très difficiles et qui jouait un rôle essentiel dans l'accompagnement des producteurs et l'animation du réseau d'agronomes. Cette rencontre a été pour moi une grande leçon d'humilité."
La qualité du café se joue bien avant la tasse
À force d'observations sur le terrain, les rencontres et les voyages ont également façonné sa vision du café. Une conviction s'est progressivement imposée à lui : la qualité d'un café ne se résume pas à ce que l'on perçoit dans une tasse. Elle commence bien en amont, dans les sols, les plantations et les écosystèmes qui entourent les caféiers.
Pour Jérôme Perez, c'est précisément là que l'agriculture régénératrice prend tout son sens. "La présence d'arbres, de couverts végétaux et d’une biodiversité plus importante permet notamment de mieux gérer l’eau, de créer davantage de matière organique dans les sols et de réduire le recours aux intrants chimiques. »
Une vision nourrie autant par les études et les indicateurs que par l'expérience acquise au contact des producteurs.
"Nos sols sont en train de mourir, il est urgent d’agir. L’agriculture régénératrice est une solution qui marche. Nous accompagnons nos caféiculteurs partenaires depuis près de 20 ans pour qu’ils adoptent des pratiques régénératrices. Résultat : aujourd’hui, près de 80% du café Nespresso en est issu. Et nous visons la quasi-totalité à horizon 2030. C’est un enjeu absolument fondamental, pour la qualité de nos sols, la qualité du café mais aussi pour faire face au réchauffement climatique, réduire nos émissions et améliorer la résilience des fermes. J’ai vu des fermes de café qui s’était totalement effondrées suite à de fortes inondations, car le sol était incapable de retenir l’eau. »
©Nespresso
©Nespresso
©Nespresso
©Nespresso
©Nespresso
©Nespresso
©Nespresso
L’intelligence du collectif
Sa présence au World Living Soils Forum s'inscrit dans cette même logique. Après près de vingt ans passés à parcourir les régions productrices de café, Jérôme Perez continue de chercher ces espaces où les expériences se confrontent, où les pratiques se partagent et où chacun peut apprendre des autres.
"Nous devons sortir du modèle d’agriculture intensif et chimique et régénérer nos sols. Nous agissons sur notre périmètre mais il faut aller au-delà, avoir un impact plus large. Aucun acteur, aussi gros soit-il, ne peut y arriver seul. Le collectif est la seule voie possible pour avoir un impact à large échelle. »
En partenariat avec Nespresso.
Source: www.linfodurable.fr
