Transition énergétique : pourquoi l’électrification devient un thème d’investissement majeur
À l’occasion de la publication d’un livre blanc intitulé “L’âge de l’électricité”, Alessandro Roggero, gérant actions globales chez Groupama Asset Management, détaille les dynamiques à l’œuvre dans la chaîne de valeur de l’électrification.
Table des matières
Pourquoi l’électrification est-elle devenue un thème d’investissement incontournable ?
Aujourd’hui, l’accent mis par le gouvernement sur l’électrification repose sur les observations faites déjà en 2022. La énième crise nous conduit à chercher des solutions, dont l’électrification est centrale.
De notre côté, nous avons commencé à travailler sur cette stratégie depuis 2024. À cette époque, il y avait déjà la décarbonation, qui est un thème que l’on connaît depuis des années, mais nous avons commencé à observer un moteur puissant de l’électrification : le démarrage de l’intelligence artificielle, qui consomme beaucoup d’électricité.
Il faut donc adapter la capacité de production pour cela. En parallèle, nous observions aussi une réindustrialisation dans les pays développés, notamment sur des industries jugées critiques comme les semi-conducteurs.
Pour cela, il faut à la fois des matières premières critiques et des équipements industriels afin de construire ou renouveler les infrastructures nécessaires pour que l’électricité soit disponible là où elle est nécessaire.
L’approche consiste donc à bâtir une stratégie globale, afin d’exposer les clients sur toute la chaîne de valeur : matières premières, biens d’équipement, utilities, mais aussi usages et applications comme lesdata centers, les semi-conducteurs, les pompes à chaleur ou la mobilité durable.
L’élément clé est d’être présent sur toute la chaîne de valeur, des fondations jusqu’aux usages finaux.
L’intelligence artificielle est-elle en train de rebattre les cartes de la demande électrique mondiale ?
Oui, absolument. Les data centers sont aujourd’hui très énergivores. Certains évoquent même l’idée de les envoyer dans l’espace, où l’énergie solaire serait plus abondante, ce qui montre l’ampleur du sujet, même si cela reste encore théorique sur le plan technique et économique.
Ce que nous observons, c’est qu’à partir de 2025, la demande a commencé à augmenter à nouveau, alors qu’elle stagnait depuis environ une ou deux décennies.
Cette hausse est essentiellement tirée par lesdata centers et par la réindustrialisation.
L’intelligence artificielle reste donc un moteur important, car l’ensemble du digital est très consommateur d’électricité.
Quels sont les principaux points de tension dans la chaîne de valeur de l’électrification ?
En partant des matières premières, le cuivre constitue un enjeu majeur. Les réseaux doivent être étendus et adaptés à une multiplication des points de production et de consommation, avec davantage de panneaux solaires sur les toits par exemple.
La demande augmente fortement, tandis que l’offre n’a pas suivi au même rythme.
Il y a également un enjeu important sur les terres rares, indispensables à de nombreuses applications électroniques et de défense. Une grande partie de la filière est aujourd’hui contrôlée par la Chine, ce qui pousse les pays occidentaux à développer des capacités locales de production et de raffinage.
Sur les équipements industriels, la demande est forte mais les capacités restent contraintes : turbines à gaz, lignes de transmission ou transformateurs haute tension.
Ces tensions peuvent se traduire par des prix plus élevés ou des produits plus recherchés, ce qui améliore les marges des entreprises et peut créer desopportunités d’investissement.
À l’inverse, certains secteurs comme les véhicules électriques restent très concurrentiels. Même si la thématique est porteuse, cela ne garantit pas des conditions favorables d’investissement.
Comment concilier électrification, décarbonation et sécurité énergétique ?
Tout dépend du mix énergétique et du facteur temps.
Aux États-Unis, malgré les évolutions politiques, le développement desénergies renouvelables n’a jamais cessé. Les grands acteurs du numérique continuent par ailleurs à afficher des objectifs de décarbonation.
À court terme, le gaz peut être mobilisé en cas de besoin, car il émet moins que le charbon, même s’il reste une énergie fossile.
Les investissements dans lessolutions décarbonées sont importants. Le nucléaire constitue une base sur laquelle peut se construire un mix énergétique plus large.
On observe aussi des innovations comme la géothermie, avec des techniques issues de l’industrie pétrolière permettant d’exploiter de nouvelles ressources.
Nous sommes dans une période d’investissements massifs dans différentes solutions de production d’électricité décarbonée.
Comment intégrez-vous les critères ESG dans cette stratégie ?
Le fonds est classé Article 8.
Nous utilisons un indicateur contraignant basé sur notre score ESG global.
Nous ne nous limitons pas à une photographie des émissions de CO₂. Nous intégrons également une dimension prospective, notamment via laScience Based Targets Initiative, ainsi que des critères de gouvernance et sociaux.
L’objectif est d’accompagner une transformation de long terme. Nous considérons qu’il s’agit d’un super cycle d’investissement.
Aujourd’hui, environ deux tiers du portefeuille sont investis sur la partie infrastructures (matières premières, équipements industriels et utilities), et un tiers sur les usages et applications.
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À quoi ressemblera “l’âge de l’électricité” ?
Nous n’avons pas encore électrifié tous les usages. Il reste encore de nombreux usages du quotidien qui pourraient évoluer, notamment dans le chauffage, la cuisson ou la mobilité.
Certains trains régionaux ne sont pas encore électrifiés, alors même que certaines lignes le sont déjà.
La mobilité électrique progresse également fortement, avec plus de 20 % des ventes de véhicules neufs en Europe.
Nous nous dirigeons vers un monde où de plus en plus d’usages fonctionneront à l’électricité.
L’enjeu est d’être présent sur toute la chaîne de valeur pour accompagner cette transformation.
Source: www.linfodurable.fr
