Pendant que les gouvernements débattent, The Lancet pose le diagnostic : le changement climatique a tué 3 millions de personnes en sept ans. La revue médicale britannique exige une réaction politique à la hauteur de l’enjeu et réclame la reconnaissance du réchauffement comme urgence sanitaire mondiale. Publiée à quelques jours de la COP 31, la dixième édition du rapport Lancet Countdown rassemble les travaux de 146 chercheurs issus de 30 pays. Leur constat est implacable : dix ans après l’Accord de Paris, les effets du climat sur la santé progressent plus vite que les réponses apportées.
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Les chiffres qui crient : 3 millions de décès liés à la chaleur entre 2016 et 2023
Entre 2016 et 2023, près de 3 millions de personnes sont mortes à cause de la chaleur attribuable au changement climatique. Le chiffre provient du rapport Lancet Countdown publié le 28 octobre 2026, qui compile les données de mortalité dans 219 pays. La moyenne annuelle s’établit à 540 000 décès, mais la tendance s’accélère dangereusement. Marina Romanello, directrice exécutive du projet scientifique à l’University College London, affirme sans détour : «Dix ans après l'Accord de Paris, nos conclusions sont sans ambiguïté : les effets néfastes du changement climatique sur la santé progressent plus vite que la réponse mondiale à ces effets et s'accélèrent même. »
Les pertes économiques accompagnent cette hécatombe humaine. Au cours des trois dernières années, la baisse de productivité liée à la chaleur a engendré 1 000 milliards de dollars de pertes annuelles. L'Asie du Sud-Est et l'Afrique perdent respectivement 3,9 % et 3,2 % de leur PIB, creusant les inégalités entre pays riches et nations vulnérables.
710 000 morts en 2023 seul : 71 % attribuables au changement climatique d'origine humaine
L'année 2023 établit un sinistre record avec 710 000 décès liés à la chaleur, dont 71 % directement imputables au réchauffement d'origine humaine. Le professeur Ollie Jay, chercheur à l’Université de Sydney, explique : «Car il y a de toute façon des périodes de forte chaleur, mais leur intensité et leur fréquence sont amplifiées par le changement climatique d'origine humaine, c'est pourquoi nous observons davantage de décès que nous n'en aurions eus sans celui-ci. » Les vagues de chaleur ne constituent plus des anomalies météorologiques ponctuelles, mais des phénomènes structurels qui frappent chaque été avec une violence accrue.
Les populations âgées et les travailleurs extérieurs payent le prix le plus lourd. Les personnes de plus de 65 ans représentent la majorité des victimes, leur organisme supportant mal les températures extrêmes. Dans les pays en développement, les ouvriers agricoles et du bâtiment subissent une double peine : exposition prolongée et accès limité aux soins.
France : 5 700 décès en été 2025, le phénomène s'accélère
La France n'échappe pas à cette escalade mortelle. Selon Santé publique France, plus de 5 700 décès ont été attribués à la chaleur pendant l'été 2025, soit plus de 3 % de la mortalité observée sur cette période. Les épisodes caniculaires se multiplient et s’intensifient sur le territoire national, touchant désormais des régions traditionnellement épargnées. Les systèmes de santé locaux peinent à absorber les pics d’hospitalisations, révélant des failles structurelles dans la résilience climatique des infrastructures médicales.
Les autorités sanitaires françaises multiplient les plans canicule et les dispositifs d'alerte, mais ces mesures réactives montrent leurs limites face à un phénomène devenu permanent. L'adaptation des bâtiments, la végétalisation urbaine et la protection des plus vulnérables exigent des investissements massifs que le pays tarde à consentir.
Pourquoi The Lancet demande de déclarer le changement climatique comme urgence sanitaire mondiale
Marina Romanello formule une exigence claire : « Le changement climatique doit être officiellement reconnu comme une urgence sanitaire mondiale, avec la santé placée au centre de chaque décision climatique. » La demande vise l’Organisation mondiale de la santé et les gouvernements nationaux. Une telle reconnaissance permettrait de déclencher des mécanismes d'intervention d'urgence coordonnés, similaires à ceux mobilisés lors de la pandémie de COVID-19, mais adaptés à la durée et à l’ampleur du défi climatique.
Le statut d'urgence sanitaire mondiale autoriserait la mobilisation rapide de financements internationaux, la mutualisation des recherches et des technologies, ainsi que la mise en place de protocoles sanitaires transnationaux. Actuellement, 80 % de l'énergie mondiale provient toujours des combustibles fossiles, malgré les 2 100 milliards de dollars investis dans les énergies propres en 2025. La reconnaissance officielle du climat comme menace sanitaire majeure modifierait les priorités budgétaires et politiques.
Au-delà des décès directs : les effets indirects du réchauffement sur la santé
Les 3 millions de morts comptabilisés ne représentent que la partie émergée de l'iceberg sanitaire. The Lancet a identifié 17 menaces catastrophiques compromettant la santé humaine d’ici 2100, dont plusieurs sont amplifiées par le réchauffement. La pollution de l'air, aggravée par les incendies géants et les sécheresses, provoque des maladies respiratoires chroniques. Les migrations climatiques forcées génèrent des crises humanitaires aux conséquences sanitaires durables.
La santé mentale subit également les contrecoups du dérèglement climatique. Anxiété écologique, traumatismes liés aux catastrophes naturelles, dépression face à la perte d'habitat : les troubles psychologiques liés au climat explosent, particulièrement chez les jeunes générations. Les systèmes de soins psychiatriques, déjà sous tension, ne sont pas dimensionnés pour absorber cette vague.
Vecteurs de maladies, malnutrition, santé mentale : la cascade climatique
Le réchauffement modifie la répartition géographique des vecteurs de maladies infectieuses. Moustiques tigres, tiques et autres parasites colonisent de nouveaux territoires, apportant dengue, paludisme et maladie de Lyme dans des régions auparavant protégées. Les sécheresses extrêmes, en hausse de 700 % depuis 2016, détruisent les récoltes et provoquent des famines. La malnutrition infantile figure parmi les 17 menaces majeures recensées par les chercheurs.
La résistance aux antibiotiques, autre menace identifiée, s'aggrave avec le réchauffement. Les températures élevées favorisent la prolifération bactérienne et compliquent la conservation des médicaments dans les zones tropicales. L’effondrement de l’aide publique au développement, également pointé dans le rapport, prive les pays pauvres des moyens de faire face à cette accumulation de crises sanitaires.
Transition écologique et résilience sanitaire : les solutions identifiées par 146 chercheurs
Face à ce constat alarmant, le rapport du Lancet Countdown identifie des leviers d’action concrets. Cinquante-six pays ont développé des stratégies nationales d’adaptation au changement climatique intégrant la santé.Les investissements dans les énergies propres ont atteint des niveaux records, mais doivent tripler pour respecter les objectifs de l'Accord de Paris. La végétalisation urbaine, l’isolation thermique des bâtiments et la protection des travailleurs extérieurs constituent des priorités immédiates.
Les inégalités dans la recherche et le financement restent scandaleuses : 84 % du financement scientifique va aux pays riches, alors que l'Asie du Sud-Est et l'Afrique subissent les impacts les plus sévères. Corriger cette asymétrie exige une redistribution massive des ressources et un transfert technologique vers les nations vulnérables. La dépendance aux énergies fossiles doit cesser pour briser le cercle vicieux entre extraction, pollution et dégradation sanitaire.
La COP 31, qui s'ouvre dans quelques jours, représente une opportunité cruciale pour transformer ces recommandations en engagements contraignants. Les 146 chercheurs du Lancet Countdown ont fourni les preuves scientifiques. Reste à savoir si les décideurs politiques auront le courage d'agir avant que le bilan humain ne devienne irréversible. Trois millions de morts en sept ans : combien faudra-t-il de victimes supplémentaires pour déclencher une réponse à la hauteur de l'urgence ?
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Source: www.greenetvert.fr
