Ils s’appellent PFAS, pour per- et polyfluoroalkyles, et ils ne disparaîtront jamais de la nature. Ces molécules synthétiques, utilisées pendant des décennies dans les mousses extinctrice AFFF, contaminent les eaux souterraines de millions de personnes et provoquent des cancers. Le 3 novembre 2026, 3M a enfin accepté de payer 7,35 milliards de dollars pour reconnaître une catastrophe environnementale qu’elle connaissait depuis longtemps.
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Les PFAS : les polluants 'éternels' qui refusent de disparaître
Les substances per- et polyfluoroalkylées constituent une famille de plus de 4 700 composés chimiques synthétiques. Leur structure moléculaire, basée sur des liaisons carbone-fluor extrêmement stables, les rend pratiquement indestructibles. Dans l'environnement, ces molécules résistent à la chaleur, à l'eau, aux acides et au temps. Elles s'accumulent dans les sols, les nappes phréatiques et les organismes vivants sans jamais se dégrader. Cette persistance leur vaut le surnom de « polluants éternels ». 3M, basée au Minnesota, a été le premier producteur de masse de PFAS au monde dès les années 1940. L’entreprise les a intégrés dans des centaines de produits industriels et de consommation, des emballages alimentaires aux revêtements antiadhésifs, en passant par les mousses anti-incendie AFFF.
Comment contaminent-ils nos ressources en eau ? De l'AFFF aux aquifères souterrains
La contamination massive provient principalement des mousses formant film aqueux (AFFF), utilisées dans les aéroports, les bases militaires et les centres de formation des pompiers. Lors des exercices d'entraînement et des interventions, ces mousses ont infiltré les sols pendant des décennies. Les PFAS ont ensuite migré vers les aquifères souterrains, polluant l'eau potable de communautés entières. Dans le métro-est du Minnesota, plus de 150 miles carrés sont contaminés, affectant l'approvisionnement en eau de 140 000 résidents. À Hastings, une ville de cette région, les habitants expriment leur colère face aux coûts croissants du traitement de l'eau, qui ont fait bondir leurs factures de 30 % depuis 2024.
Le prix humain de la contamination aux PFAS
Six catégories de maladies reconnues : cancers du rein, des testicules et autres pathologies
L'accord négocié par les cabinets Baron & Budd et Douglas & London reconnaît six catégories de blessures admissibles liées à l'exposition aux PFAS. Les cancers du rein et des testicules figurent en tête de liste, avec des taux d'incidence anormalement élevés dans les populations exposées. Les études épidémiologiques établissent un lien direct entre la présence de PFAS dans le sang et ces pathologies. D'autres affections reconnues incluent les maladies thyroïdiennes, les troubles de la fertilité, l'hypertension gravidique et certaines pathologies hépatiques. Scott Summy, actionnaire et leader du groupe de contentieux environnemental chez Baron & Budd, qualifie l'accord de « réalisation historique dans le contentieux environnemental, non seulement pour le recouvrement financier extraordinaire qu'il apporte, mais aussi pour sa reconnaissance que les conséquences de la contamination aux PFAS s'étendent bien au-delà des dommages financiers, affectant la santé, le bien-être et la vie des communautés et des individus », selon Morningstar.
115 000 à 120 000 victimes indemnisées : une épidémie environnementale ignorée pendant des années
L'ampleur du désastre se mesure au nombre de plaignants. Entre 115 000 et 120 000 personnes sont admissibles à participer au règlement, représentant environ 99 % des réclamations actuelles en dommages personnels. Ces victimes ont été exposées soit par contamination de l'eau potable, soit par contact direct avec l'AFFF dans leur environnement professionnel. Pompiers, personnel militaire, employés d'aéroports et résidents vivant à proximité de sites contaminés constituent les populations les plus touchées. Michael London, associé chez Douglas & London, déclare : « Bien que rien ne puisse rendre ces victimes innocentes entières, c'est le premier défendeur parmi tant d'autres à venir à la table. Le règlement est une étape cruciale dans ce litige et trace une voie claire pour que d'autres défendeurs abordent leur responsabilité concernant la contamination par AFFF et PFAS et le préjudice qu'elle a causé aux individus. »
Le règlement 3M : une réparation financière face à un dommage irréversible
L'engagement financier de 3M s’élève à 7,35 milliards de dollars en valeur nominale, étalés sur neuf ans. En valeur actuelle, cela représente 5,8 milliards de dollars, soit la charge comptable enregistrée au quatrième trimestre 2026. Le premier versement de 50 millions de dollars interviendra dès 2026, suivi d’une pause en 2027, puis de paiements progressifs avec environ 20 % du total concentré sur les deux dernières années. Un fonds de réserve de 680 millions de dollars est prévu pour gérer les réclamations restantes et futures. Pourtant, cette somme colossale ne résout pas la contamination elle-même. Les PFAS resteront dans l’environnement pendant des siècles. Les systèmes d’eau publique devront continuer à filtrer l’eau indéfiniment, générant des coûts récurrents que les règlements antérieurs de 14,751 milliards de dollars entre 2023 et 2025 ne pourront couvrir éternellement.
Arrêt de la production de PFAS par 3M (2025) : trop tard pour l’environnement ?
En 2000, 3M annonçait déjà son intention d’éliminer progressivement les composés PFAS. Il aura fallu 25 ans pour concrétiser cette promesse. En 2022, l’entreprise s’est engagée à cesser toute fabrication de PFAS d’ici fin 2025, objectif atteint cette année. William Brown, président et PDG de 3M, qualifie ce règlement d’« étape importante pour 3M qui réduit substantiellement l’incertitude litigieuse ». Mais cette sortie tardive ne change rien à la réalité physique : des millions de tonnes de PFAS déjà dispersés dans la biosphère y resteront. L’arrêt de production ne décontamine pas les nappes phréatiques, ne guérit pas les malades et ne restaure pas les écosystèmes détruits. Il s’agit d’une mesure nécessaire mais insuffisante face à un héritage toxique qui perdurera pendant des générations.
Vers une interdiction mondiale des PFAS ? Enjeux réglementaires et transition écologique
Ce règlement historique pose une question cruciale : comment éviter la prochaine catastrophe ? L'Union européenne examine actuellement une proposition d'interdiction totale des PFAS, portée par l'Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Norvège et la Suède. Aux États-Unis, l'EPA a fixé en 2024 des limites de concentration dans l'eau potable, mais ces normes restent contestées par l'industrie chimique. Le précédent créé par 3M pourrait accélérer les négociations avec d’autres fabricants de PFAS.
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Source: www.greenetvert.fr
