Les oiseaux n'ont pas besoin de connaître notre langue pour partager certaines de nos habitudes vocales. Une étude publiée le 29 octobre 2026 dans la revue Science révèle que leurs chants suivent plusieurs principes également présents dans la parole et la musique humaines. Une découverte qui pourrait changer notre manière de comprendre les sons produits dans la nature.
Pour parvenir à ce résultat, des chercheurs de l'Université McGill, au Canada, et de l'Imperial College London ont étudié les vocalisations de 367 espèces d'oiseaux, représentant plus de 74 500 éléments sonores. Ils les ont ensuite comparées à des enregistrements de paroles et de chants humains provenant de 52 langues différentes.
Le résultat est étonnant : malgré des millions d'années d'évolution séparée, humains et oiseaux semblent organiser certains sons selon des principes similaires.
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Trois habitudes vocales communes aux oiseaux et aux humains
La première ressemblance concerne la hauteur des sons. Lorsqu'un oiseau chante, il privilégie généralement les petits changements de tonalité plutôt que les grands écarts entre deux notes successives. Les humains présentent une tendance comparable lorsqu'ils parlent ou chantent.
Deuxième particularité : le rythme. Les oiseaux organisent souvent leurs vocalisations avec des intervalles relativement réguliers entre les sons. Une caractéristique que l'on retrouve également dans de nombreuses productions vocales humaines.
Mais la troisième similitude est probablement la plus surprenante : les oiseaux ont tendance à prolonger la dernière note de leurs phrases, exactement comme les humains peuvent allonger la dernière syllabe lorsqu’ils parlent ou chantent.
Cette manière de terminer une séquence sonore pourrait notamment être liée à la respiration. Selon Logan James, principal auteur de l'étude, certains mécanismes physiques communs pourraient expliquer pourquoi des espèces aussi différentes produisent des sons organisés de façon comparable.
Même les oiseaux qui n'apprennent pas à chanter suivent ces règles
Les chercheurs ont également découvert quelque chose d'inattendu. Ils pensaient que les oiseaux capables d'apprendre leurs chants en imitant leurs congénères présenteraient davantage de ressemblances avec la voix humaine.
Pour vérifier cette hypothèse, ils ont comparé plusieurs groupes, notamment des oiseaux chanteurs, des colibris, des passereaux dont les vocalisations sont largement innées et des engoulevents.
Or, les résultats n'ont montré que très peu d'indices d'une influence systématique de cet apprentissage sur les ressemblances observées.
Autrement dit, un oiseau qui développe son chant sans imitation peut présenter certaines des mêmes régularités vocales qu'un humain. Ces ressemblances ne dépendraient donc pas nécessairement de la capacité à apprendre des sons auprès d’autres individus.
Les scientifiques envisagent plutôt le rôle de contraintes physiques, comme la difficulté à passer rapidement d'une fréquence sonore à une autre ou la façon dont la respiration accompagne la production des sons.
Il ne s'agit toutefois pas de dire que les oiseaux parlent comme les humains, ni qu'ils comprennent la musique de la même manière. L'étude publiée dans Science met en évidence des ressemblances acoustiques, sans démontrer que leurs fonctions ou leurs origines sont identiques.
Des milliers de chants enregistrés par des passionnés de nature
Cette découverte repose aussi sur une ressource assez particulière : les enregistrements réalisés par des observateurs d'oiseaux du monde entier.
Les scientifiques ont utilisé les archives de Xeno-canto, une plateforme collaborative sur laquelle des passionnés de nature déposent leurs enregistrements de chants et de cris d’oiseaux. Ces contributions ont permis d’étudier un nombre d’espèces beaucoup plus important que dans de nombreuses recherches précédentes.
Les chercheurs espèrent désormais que leurs résultats encourageront l'étude d'oiseaux moins connus, notamment ceux dont les vocalisations ne reposent pas sur un apprentissage par imitation.
Comme le souligne Jon Sakata, professeur de biologie à McGill et coauteur de l'étude, ces espèces longtemps moins étudiées pourraient aider à mieux comprendre les mécanismes fondamentaux de la communication animale.
Cette recherche rappelle aussi la richesse sonore du vivant. Derrière les chants que l'on entend dans un jardin, une forêt ou une prairie se cachent des structures parfois étonnamment proches de celles utilisées par les humains.
La prochaine fois qu'un oiseau prolongera sa dernière note au petit matin, il ne sera peut-être pas en train de chanter une mélodie semblable à la nôtre. Mais il pourrait bien utiliser, sans le savoir, certaines des mêmes contraintes acoustiques que nous.
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Source: www.greenetvert.fr
