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Un accord franco-allemand modifie les objectifs de décarbonation
Un nouvel accord entre la France et l’Allemagne change le cap de la décarbonation automobile en Europe. Alors que Bruxelles envisageait encore en décembre 2025 une réduction de 90 % des émissions de CO2 pour les voitures neuves d’ici 2035, Paris et Berlin négocient un assouplissement de dix points. L’objectif pourrait ainsi être ramené à une baisse de 80 % par rapport à 2021, sans obligation de compensation par des solutions telles que l’acier bas carbone ou les carburants de synthèse. Ce revirement de la France intervient alors qu’elle soutenait fermement, il y a moins d’un an, l’interdiction totale des voitures thermiques pour 2035.
Selon le Handelsblatt, Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz ont défini une position commune, avec un document conjoint attendu avant le sommet européen de la fin de semaine prochaine. Bien que certains paramètres soient encore discutés, la tendance est claire : plus de moteurs à combustion seront encore en circulation après 2035.
Vers un assouplissement des normes
Le règlement européen de 2021 prévoyait initialement une réduction de 100 % des émissions de CO2 à l'échappement pour les véhicules neufs à partir de 2035, ce qui signifiait pratiquement l'éradication des voitures essence et diesel. En décembre 2025, l'objectif a déjà été révisé à 90 %, permettant une compensation par des biocarburants ou e-carburants. La Commission européenne estimait que 27 à 29 % des immatriculations pourraient conserver un moteur thermique après 2035. Le compromis franco-allemand envisage d'abaisser cet effort à 80 % sans imposer de compensation, permettant un marché élargi pour les hybrides rechargeables et légers, ainsi que certains véhicules thermiques. De plus, la réduction intermédiaire de 55 % prévue pour 2030 serait étalée sur cinq ans au lieu de trois, évitant ainsi de lourdes amendes aux constructeurs en retard.
Enjeux industriels et compromis politiques
Le changement de position de la France résulte d'un accord plus large avec l'Allemagne. Alors que Paris avait précédemment affirmé que la révision du règlement ne devait pas compromettre l'objectif de zéro émission, Emmanuel Macron accepte désormais une plus grande flexibilité. L'Allemagne, de son côté, souhaite inclure des partenaires comme la Turquie et le Maroc dans le futur Industrial Accelerator Act, mais la France préfère réserver les avantages aux véhicules produits dans l'Union européenne. Un compromis est en cours de négociation : davantage de souplesse pour les véhicules thermiques contre des règles « Made in Europe » plus strictes.
Le texte en préparation inclurait des « super crédits » pour les voitures électriques, avec des modèles comptant pour plus dans le bilan CO2 d'un constructeur, mais l'allègement des contraintes pourrait freiner le marché de l'électrique. Les marchés financiers l'ont bien compris, avec une hausse des actions de Renault et Volkswagen.
Les défis de l'électrique en Europe
Les obstacles techniques et économiques freinent également la transition vers l'électrique. Les voitures électriques ont un impact environnemental mitigé, étant plus polluantes à la fabrication et à la destruction. Elles sont aussi plus lourdes, ce qui use davantage les infrastructures routières. Les incendies de batteries lithium-ion posent des problèmes de sécurité, et la technologie n’atteint pas encore la maturité des moteurs thermiques : l’autonomie reste limitée, les recharges prennent du temps et le réseau de bornes rapides est insuffisant.
En France, le coût de l'électricité, plus élevé en raison des règles européennes de fixation des prix, réduit l'avantage économique de l'électrique par rapport au thermique. Paradoxalement, en Allemagne, les ventes de véhicules électriques augmentent malgré les négociations sur l'assouplissement des normes, atteignant un record en septembre 2026 avec 34,5 % des immatriculations de voitures neuves. En France, l'électrique a aussi progressé, atteignant 42 % des immatriculations en septembre.
Contestation de l'interdiction du thermique
L'assouplissement des règles résulte également de la contestation croissante de l’interdiction du thermique. De nombreux acteurs, dont les constructeurs, équipementiers et syndicats, jugent la transition trop rapide et mal préparée. L’industrie automobile allemande, employant près de 800 000 personnes, craint des pertes d’emplois massives. BMW et Mercedes ont plaidé pour un calendrier plus flexible, permettant d’amortir les investissements dans les moteurs thermiques. En France, Carlos Tavares de Stellantis a critiqué dès 2022 l’objectif de 2035 comme étant déconnecté des réalités industrielles.
Bien que rien ne soit encore voté, la dynamique a changé. Les deux plus grandes économies d'Europe privilégient désormais la flexibilité industrielle sur l'ambition climatique, ce qui soulève des questions sur la crédibilité de l'Europe dans la lutte contre le réchauffement climatique.
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Source: www.greenetvert.fr
