La restauration des écosystèmes prend de l’ampleur, mais les résultats restent très inégaux. Un rapport présenté le 29 octobre 2026 lors de la COP17 sur la biodiversité, à Erevan, recense 252 millions d’hectares en cours de restauration dans 149 pays. Cette superficie correspond à des opérations déclarées ou suivies : elle ne signifie pas que tous ces milieux ont déjà retrouvé leur état écologique.
Le bilan, intitulé Nature’s comeback – scaling ecosystem restoration for people and planet, est copublié par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le secrétariat de la Convention sur la diversité biologique. Le communiqué officiel du PNUE présente cette mobilisation comme la plus vaste opération mondiale de restauration documentée à ce jour, tout en avertissant que son rythme demeure insuffisant.
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Une superficie considérable, avec de fortes différences régionales
Les données agrégées font apparaître 192,2 millions d’hectares en Asie, 36,3 millions en Afrique et 9,1 millions en Europe. L’Amérique du Nord et centrale représente 5,8 millions d’hectares, l’Amérique du Sud 5,4 millions et l’Océanie 3,2 millions. Ces surfaces ne doivent pas être interprétées comme un classement des pays les plus efficaces : elles reflètent aussi les dimensions des territoires, la nature des programmes et les capacités de suivi.
Les informations proviennent notamment des déclarations approuvées par les gouvernements dans les mécanismes internationaux et de données transmises par des initiatives de restauration au système de suivi de la FAO. Cette méthode permet une première photographie mondiale, mais elle ne garantit pas une mesure identique des résultats écologiques sur tous les sites. Le rapport documente une activité de restauration ; la récupération effective de la biodiversité exige un suivi dans la durée.
Rivières, zones humides et littoraux : le principal retard
Le contraste est particulièrement marqué entre les écosystèmes terrestres et aquatiques. Alors que les opérations terrestres représentent déjà une part importante de l’objectif mondial, le PNUE ne recense que 11 millions d’hectares d’écosystèmes d’eau douce et 5,7 millions d’hectares de milieux marins et côtiers en restauration. Ces données couvrent respectivement 62 et 46 pays.
Le rapport souligne que les déclarations incomplètes peuvent conduire à sous-estimer l’activité dans les milieux aquatiques. Ce biais statistique n’efface pas les difficultés propres aux rivières, aux zones humides et aux espaces côtiers : les pressions liées à l’aménagement, à la pollution et aux usages de l’eau dépassent souvent les limites d’un site à restaurer.
La part des États parties déclarant des programmes de restauration ou de réhabilitation des zones humides est passée de 8 % à 54 % depuis 2022, selon le bilan onusien. L’existence d’un programme ne préjuge toutefois ni de sa superficie ni de son efficacité. Pour les territoires français, cette distinction est essentielle lorsqu’il s’agit de mesurer les bénéfices réels d’une renaturation de cours d’eau, d’une remise en eau de tourbière ou d’une restauration littorale.
Le financement nécessaire devrait passer de 64 à 296 milliards de dollars par an
Le principal obstacle identifié est financier. Les auteurs estiment que les ressources consacrées chaque année à la restauration devraient passer d’environ 64 milliards à 296 milliards de dollars d’ici 2030, soit plus de quatre fois leur niveau actuel. Les besoins estimés les plus élevés concernent notamment l’agroforesterie, le reboisement à vocation restauratrice, les tourbières et les herbiers marins.
Le rapport fait également état de plus d’un million d’emplois verts associés aux efforts recensés. Il évoque jusqu’à 32 millions d’emplois supplémentaires possibles à l’échelle mondiale d’ici 2030 si les investissements s’accélèrent. Il s’agit d’un potentiel estimé, non de postes déjà créés ou d’une promesse d’embauches.
Ces constats interviennent dans le cadre de la COP17 sur la diversité biologique, qui examine la mise en œuvre du cadre mondial adopté à Kunming-Montréal. L’un de ses objectifs prévoit qu’au moins 30 % des écosystèmes dégradés soient placés sous restauration effective d’ici 2030. Le bilan présenté à Erevan montre à la fois l’ampleur des chantiers engagés et la nécessité de vérifier leurs effets au-delà des seules superficies annoncées.
Pour les décideurs publics, les gestionnaires d’espaces naturels et les financeurs, la question n’est donc plus seulement de multiplier les projets. Elle est de documenter la qualité écologique des milieux restaurés, de maintenir les résultats dans le temps et d’orienter davantage de moyens vers les écosystèmes aquatiques encore insuffisamment couverts.
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Source: www.greenetvert.fr
