La France freine-t-elle un de ses moyens les plus concrets de sortir du gaz et du fioul ? Depuis le mardi 3 novembre 2026, l’ADEME a suspendu les nouvelles demandes d’aides à l’investissement du Fonds chaleur. Ce dispositif finance notamment les chaufferies biomasse, la géothermie, le solaire thermique, la récupération de chaleur industrielle et les réseaux de chaleur et de froid renouvelables. La mesure est présentée comme temporaire, sans date de réouverture annoncée.
Le gouvernement avance deux raisons : l'afflux de projets déposés en 2026 et la baisse des crédits envisagée pour 2027. Le portefeuille de demandes atteint 1,8 milliard d'euros avant instruction, tandis que le projet de budget ne prévoit que 500 millions d’euros, contre 800 millions en 2026. L’écart pousse le ministère à demander une sélection plus stricte des dossiers, selon les explications recueillies par l'AFP.
Un outil climatique qui avait pourtant accéléré en 2025
La décision intervient au moment où la chaleur demeure l'un des grands angles morts de la transition énergétique. D'après le bilan publié par l'ADEME en avril 2026, les besoins de chaleur représentent 43 % de la consommation d’énergie française et restent majoritairement couverts par des combustibles fossiles. Réduire ces usages ne consiste donc pas seulement à installer davantage d’électricité renouvelable : il faut aussi changer la manière de chauffer les logements collectifs, les écoles, les bureaux et les sites industriels.
En 2025, le Fonds chaleur a accompagné près de 1 200 installations. Ces opérations doivent produire 3,5 térawattheures de chaleur renouvelable et de récupération supplémentaires chaque année, avec environ 777 000 tonnes de CO₂ évitées annuellement selon les estimations de l'agence. Les aides ont également soutenu 643 kilomètres de réseaux de distribution. Il ne s'agit pas de promesses abstraites : un réseau peut alimenter plusieurs bâtiments à partir d'une installation commune et limiter leur recours aux chaudières fossiles.
La géothermie illustre ce potentiel. Parmi les projets soutenus en 2025, l'ADEME cite un Ehpad à Pontivy, en Bretagne, dont le chauffage et le rafraîchissement doivent reposer sur des sondes géothermiques. Cet exemple concerne une aide déjà attribuée, et non un chantier annoncé comme bloqué par la suspension. Mais il montre ce que peuvent apporter ces financements à des établissements sensibles aux températures extrêmes.
Des études toujours possibles, mais un signal inquiétant
Le guichet fermé ne signifie pas la disparition du Fonds chaleur. Les études préalables restent finançables et les conventions pluriannuelles des contrats chaleur renouvelable territoriaux déjà signées ne sont pas remises en cause. Pour les nouvelles opérations, en revanche, l’absence de visibilité sur une aide à l’investissement peut compliquer les décisions de lancement. Un projet de réseau de chaleur se prépare sur plusieurs années et mobilise des collectivités, des exploitants et des entreprises de travaux.
Le réseau de collectivités AMORCE alertait dès septembre sur le risque de ralentir la sortie des énergies fossiles. Après l’annonce, l’association a estimé que 1 200 projets en cours d’instruction étaient mis en péril. Ce chiffre exprime son inquiétude ; il ne signifie pas que ces projets ont tous perdu leur financement.
La suspension concerne aussi les réseaux de froid, qui peuvent contribuer à rafraîchir durablement des quartiers et des équipements publics lors des canicules. La question climatique se double ainsi d'un enjeu d'adaptation, au moment où les villes cherchent à éviter une multiplication de solutions individuelles énergivores.
Le président de l'ADEME, Sylvain Waserman, a annoncé pour le 3 décembre 2026 la présentation d’un plan de traitement des dossiers en attente et de nouvelles règles de priorisation. En attendant, la baisse de 300 millions d’euros envisagée dans le budget 2027 reste soumise au débat parlementaire. Ce mois d’incertitude compte pour une filière à laquelle l’État demande précisément d’accélérer.
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Source: www.greenetvert.fr
