Le 28 octobre 2026, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a publié son Climate Technology Progress Report 2026, consacré aux technologies climatiques liées à l’océan. Son message central porte moins sur une nouvelle machine capable de capter du carbone que sur une condition préalable : mieux mesurer les échanges de CO₂ entre l’océan et l’atmosphère avant de financer ou de déployer des interventions à grande échelle.
L’océan absorbe environ 30 % des émissions de dioxyde de carbone d’origine humaine et près de 90 % de l’excès de chaleur associé au réchauffement climatique, selon le PNUE. Mais le réchauffement des eaux, l’acidification, la désoxygénation et les modifications de circulation affectent les processus qui permettent cette régulation. Les chercheurs demandent donc des observations plus nombreuses et mieux coordonnées, sans prétendre que l’océan cessera soudainement d’absorber du carbone.
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Des capteurs, des données et des modèles avant les promesses de captage
Le rapport propose une approche baptisée « Ocean Carbon Intelligence » : réunir mesures en mer, capteurs, observations satellitaires, bases de données et modèles pour suivre les flux de carbone. Le Stockholm Environment Institute, dont des chercheurs ont participé au chapitre consacré à la gouvernance, insiste sur la nécessité de transformer ces observations en informations utilisables pour les décisions publiques.
La difficulté est autant géographique que technique. Les séries de mesures ne couvrent pas uniformément tous les bassins océaniques, et certains espaces, notamment les régions polaires et de vastes zones de l’océan Indien, restent insuffisamment observés. Un bilan mondial peut donc masquer de fortes incertitudes régionales. Une tonne de carbone supposée stockée ne vaut pas automatiquement une tonne mesurée et durablement séquestrée.
Cette distinction intéresse directement les politiques climatiques et les acteurs de la recherche marine en France. Les choix de restauration des littoraux, d’observation océanographique et d’évaluation des projets de stockage reposent sur des mesures fiables, suivies dans le temps. Le rapport ne crée toutefois aucune obligation nouvelle pour les collectivités françaises et n’annonce pas de dispositif national de financement.
Herbiers marins et marais salés : une piste distincte des technologies expérimentales
Les auteurs examinent trois familles de solutions. La première concerne l’observation et l’analyse des données, déjà opérationnelles mais à renforcer. La deuxième porte sur les écosystèmes de « carbone bleu », notamment les herbiers marins, les mangroves et les marais salés. Leur conservation et leur restauration peuvent combiner stockage de carbone, protection des côtes et soutien à la biodiversité, sous réserve de vérifier les effets réels de chaque opération.
La troisième famille rassemble les techniques de retrait du CO₂ marin. Elles cherchent à augmenter ou exploiter la capacité de l’océan à retirer du carbone de l’atmosphère. Mais leur efficacité nette, leur permanence et leurs conséquences écologiques restent des questions de recherche. Le rapport ne valide pas un déploiement industriel généralisé de ces approches.
Dans son compte rendu du 29 octobre, l’ONU souligne que les systèmes de surveillance constituent les technologies les plus mûres et les plus immédiatement nécessaires, tandis que les méthodes de retrait du CO₂ marin exigent encore des évaluations et des garde-fous.
Un enjeu de contrôle public et de responsabilité
Les questions ne se limitent pas à la performance des équipements. Selon le chapitre de gouvernance présenté par le SEI, les règles internationales applicables aux technologies océaniques sont fragmentées. Les dispositifs de suivi doivent permettre de vérifier les résultats climatiques, de détecter d’éventuels dommages environnementaux et de prendre en compte les droits des communautés concernées.
Pour les financeurs et les autorités, cela implique de distinguer une promesse de stockage d’un résultat vérifié, de prévoir un suivi sur la durée et de rendre les données suffisamment transparentes pour être discutées. Les projets côtiers doivent aussi être évalués au regard de la biodiversité et des usages locaux, pas uniquement à partir d’un bilan carbone.
Le PNUE souligne enfin que les technologies océaniques ne peuvent être qu’un complément aux réductions rapides et durables des émissions de gaz à effet de serre. La priorité formulée par le rapport est donc double : préserver les puits naturels existants et établir des preuves solides avant de miser sur de nouvelles interventions dans les milieux marins.
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Source: www.greenetvert.fr
