Les financements internationaux de développement liés à la biodiversité ont plus que triplé entre 2015 et 2024, selon une analyse de l'OCDE publiée le 28 octobre 2026. Ils ont atteint 34,2 milliards de dollars en 2024. Derrière ce record, l’organisme distingue toutefois deux réalités : 8,7 milliards de dollars pour des projets dont la biodiversité est l'objectif principal, contre 25,5 milliards pour des projets qui l’intègrent comme objectif secondaire.
Autrement dit, environ les trois quarts du total le plus souvent mis en avant correspondent à des opérations poursuivant d'abord d'autres finalités de développement. Cela ne signifie pas qu'elles sont sans effet bénéfique pour la nature, mais que le montant global ne doit pas être interprété comme une enveloppe exclusivement dédiée à la conservation.
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Pourquoi les méthodes de comptage changent le bilan
L'OCDE publie deux mesures. La première, dite « liée à la biodiversité », additionne les projets où la nature est un objectif principal ou secondaire. C'est elle qui conduit aux 34,2 milliards de dollars. La seconde, plus restrictive, comptabilise intégralement les projets à objectif principal et ne retient que 40 % des financements associés à un objectif secondaire.
Cette seconde approche conduit à une estimation d'environ 18,9 milliards de dollars en 2024. Même avec cette pondération, les financements ont plus que doublé depuis 2015. La progression est donc réelle, mais son ampleur dépend du périmètre statistique retenu. Les chiffres concernent des flux de financement du développement et ne représentent pas l’ensemble des dépenses mondiales consacrées à la biodiversité, notamment les budgets publics nationaux.
Cette distinction importe à l'heure où les États cherchent à mesurer leur contribution aux objectifs de protection et de restauration de la nature. Un projet d'infrastructure, d'agriculture ou d'adaptation climatique peut comporter un volet favorable aux écosystèmes sans être conçu principalement pour les préserver. Pour évaluer l'efficacité des dépenses, les montants engagés ne suffisent pas : il faut aussi examiner les objectifs, les résultats écologiques et leur suivi.
Les banques de développement prennent une place croissante
Les membres du Comité d'aide au développement de l'OCDE et les institutions multilatérales représentent ensemble plus de 90 % des financements du développement liés à la biodiversité recensés en 2024. Les premiers ont porté leurs contributions de 9,5 à 15 milliards de dollars entre 2015 et 2024 ; les institutions multilatérales, principalement les banques de développement, sont passées d'environ 1,4 à 15,8 milliards.
Les instruments financiers ne sont pas les mêmes. Les pays donateurs privilégient largement les subventions, tandis que les prêts représentent 75 % des décaissements multilatéraux associés à la biodiversité en 2024. Une hausse des montants prêtés ne se traduit donc pas nécessairement par une augmentation équivalente de l’aide accordée sans remboursement. Elle peut aussi soulever des questions de soutenabilité financière pour les bénéficiaires.
Le capital privé reste très minoritaire
Les financements privés mobilisés pour des objectifs liés à la biodiversité sont passés de 205 millions de dollars en 2017 à 2,9 milliards en 2024, indique l'OCDE. Mais la biodiversité ne représente encore que 3,8 % de l'ensemble des financements privés mobilisés pour le développement, contre 40 % pour les projets liés au climat.
Le cofinancement et les garanties constituent des leviers pour attirer des investisseurs. Ils ne dispensent toutefois pas de vérifier la qualité écologique des opérations financées. Les montants privés mobilisés constituent une mesure distincte des financements publics de développement : ils ne doivent pas être additionnés mécaniquement au total de 34,2 milliards sans vérifier les périmètres et les éventuels recoupements.
Les liens entre climat et biodiversité sont également asymétriques. Selon l'OCDE, 85 % des financements de développement liés à la biodiversité fournis par les pays donateurs poursuivent aussi des objectifs climatiques. À l'inverse, seulement 21 % des financements climatiques intègrent la biodiversité. La documentation de l'OCDE sur la finance pour la nature souligne ainsi l’importance de mieux intégrer les écosystèmes aux politiques économiques et environnementales.
Pour les pays donateurs, dont la France, et pour les banques de développement, le prochain défi ne consiste pas uniquement à annoncer des enveloppes plus importantes. Il sera aussi de préciser la part réellement destinée à la biodiversité et de démontrer les résultats obtenus sur les milieux naturels, au-delà des classifications comptables.
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Source: www.greenetvert.fr
