Le PET transparent des bouteilles se recycle aujourd’hui relativement bien. Les barquettes colorées, les objets multicouches et les textiles en polyester restent, eux, beaucoup plus difficiles à traiter, alors même qu’ils reposent sur la même matière. Leur composition et les traitements qu’ils ont subis compliquent leur recyclage et empêchent souvent de retrouver une matière de qualité équivalente.
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Les limites du recyclage mécanique
Le recyclage mécanique, qui domine aujourd’hui la filière, consiste à broyer les déchets puis à les refondre pour en tirer des paillettes ou des granulés réutilisables par les plasturgistes. Le procédé a fait ses preuves sur les flux les plus simples, mais il conserve les colorants et une partie des impuretés présentes dans les déchets, tandis que les chaînes de polymère raccourcissent à chaque cycle. La matière obtenue se prête donc mal aux usages les plus exigeants, à commencer par le contact alimentaire, et les textiles, souvent composés de fibres mélangées et teintes, échappent presque entièrement à ce circuit. Le recyclage d’une fibre en une nouvelle fibre reste ainsi marginal dans l’habillement, où l’essentiel des vêtements collectés part vers la seconde main ou vers des seconds usages comme les chiffons d’essuyage ou les isolants.
Pour lever ces verrous, Carbios a choisi une voie différente, directement inspirée des mécanismes de la nature. Mise au point avec des chercheurs toulousains à partir d’une enzyme présente dans le compost, puis optimisée en laboratoire, sa solution agit à température modérée et découpe le PET en ses deux constituants d’origine. Une fois purifiés, ces monomères permettent de refabriquer un plastique identique à du plastique neuf, y compris pour des emballages alimentaires, que le déchet de départ soit une barquette colorée ou un vieux tee-shirt. Publiés en 2020 dans la revue Nature, les travaux de l’entreprise ont montré que l’enzyme parvenait à décomposer 90 % du PET en dix heures, une performance qui a fait de la société française l’une des références mondiales du biorecyclage.
Deux technologies complémentaires
Le sujet a occupé une place centrale lors d’un colloque consacré à l’économie circulaire organisé à l’Assemblée nationale début octobre, où industriels et pouvoirs publics ont justement débattu de la place respective des différentes technologies de recyclage. Mathieu Lefèvre a pris soin de ne pas les opposer : « Les technologies de recyclage avancé peuvent ici compléter le recyclage mécanique et nous permettre de remettre davantage de matière dans la boucle », a-t-il souligné.
Il faut dire que le partage des rôles se dessine assez nettement, le recyclage mécanique restant la solution la plus économique pour les bouteilles claires, tandis que le biorecyclage prend le relais sur les gisements que les broyeurs ne savent pas valoriser. Les deux filières pourraient même s’épauler. Les refus de tri des recycleurs mécaniques sont une ressource pour les futures usines enzymatiques. Benoît Grenot, directeur général de Carbios, y voit pour la France l’occasion d’obtenir « moins de dépendance » vis-à-vis des matières premières importées.
Un débouché ouvert par Bruxelles
La réglementation européenne pourrait accélérer cette complémentarité. Le règlement sur les emballages adopté par l’Union impose des taux croissants de matière recyclée dans les plastiques : jusqu’à 65 % pour les bouteilles de boisson en 2040, et les marques devront trouver des volumes de qualité alimentaire que le seul recyclage mécanique peinera à fournir. Les modalités de prise en compte du recyclage avancé dans ces objectifs restent toutefois à préciser, ce qui rejoint la demande de visibilité réglementaire exprimée par les industriels lors du colloque.
Pour convaincre les acheteurs, le biorecyclage mise d’abord sur la qualité de sa matière, capable de remplacer le plastique vierge sans compromis technique ni changement de chaîne de production. L’argument pèse d’autant plus que la hausse récente du pétrole a renchéri la matière vierge et rappelé la vulnérabilité de l’Europe face aux marchés des hydrocarbures. Dans la cosmétique comme dans les boissons, plusieurs grandes marques ont d’ailleurs commencé à s’intéresser à cette matière, qui leur permet d’afficher un recyclé de qualité équivalente au neuf. Encore faudra-t-il que l’ensemble des donneurs d’ordres, longtemps attentifs au seul prix, accepte de payer pour une matière fabriquée en Europe à partir de déchets européens, et d’en faire un élément de leur propre stratégie d’approvisionnement.
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Source: www.greenetvert.fr
