Depuis 1970, les populations d’animaux sauvages ont chuté de 73%. À Erevan, cette semaine, 200 nations se donnent quatre ans pour changer de trajectoire. Quatre ans pour inverser cinquante ans de destruction. La COP17 biodiversité s'ouvre ce lundi 18 octobre 2026 dans la capitale arménienne, à mi-parcours des engagements pris à Montréal en 2022.
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50 ans de destruction accélérée : les chiffres qui glacent
73% de déclin des populations animales sauvages depuis 1970
Le bilan dressé par le WWF fait froid dans le dos. En un demi-siècle, près des trois quarts des populations d'animaux sauvages se sont effondrées. Mammifères, oiseaux, poissons, reptiles, amphibiens : aucun groupe n'est épargné par cette hécatombe silencieuse. Jean Burkard, directeur du plaidoyer du WWF, rappelle l'ampleur du déséquilibre : « Il y a toujours un euro qui est mis pour réparer la nature et, à l'inverse, trente-trois euros pour la détruire. Très concrètement, quand vous soutenez l'agriculture industrielle, vous allez encourager la déforestation, vous allez encourager l'utilisation de pesticides de façon massive. »
Les gouvernements consacrent annuellement 2 600 milliards de dollars à des subventions nuisibles à la biodiversité. Infrastructures routières, agriculture intensive, urbanisation galopante : les budgets publics financent massivement la destruction des écosystèmes. Face à ce rouleau compresseur économique, les investissements de protection apparaissent dérisoires.
1 million d'espèces menacées d'extinction : une crise sans précédent
Environ un million d'espèces animales et végétales risquent de disparaître au cours des prochaines décennies. Jamais l'humanité n'avait provoqué une extinction de masse d'une telle ampleur en si peu de temps. Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, alerte sans détour : « Le rapport montre un écart entre les ambitions et les actions réellement engagées. La guerre que nous menons à la nature n'est pas encore terminée. »
Les causes sont multiples et interconnectées. Destruction des habitats naturels, surexploitation des ressources, pollution chimique, espèces invasives, dérèglement climatique : les pressions s'accumulent et se renforcent mutuellement. La communauté internationale dispose encore de leviers pour corriger la trajectoire, mais la fenêtre d’action se referme rapidement.
Montréal 2022 vers Erevan 2026 : où en sommes-nous réellement ?
18% de terres protégées contre 30% promis : l'écart qui s'élargit
Le cadre mondial de la biodiversité adopté à Montréal en 2022 fixait un objectif clair : protéger 30% des terres et des océans d'ici 2030. Quatre ans plus tard, seuls 18% des espaces terrestres bénéficient d'un statut de protection. L'écart se creuse au lieu de se réduire. Jean Burkard résume la situation avec pragmatisme : « Il y a un moment où il faut passer à la caisse.»
Les 196 parties signataires du cadre mondial se retrouvent à mi-parcours avec quatre années pour rattraper le retard accumulé. La COP16 à Cali en 2024 avait déjà révélé les tensions : un round supplémentaire de négociations à Rome en février 2025 avait été nécessaire pour aboutir à un compromis minimal. L'Arménie, qui accueille la COP17, tente de montrer l’exemple avec le lancement de dix grandes retenues d’eau et le soutien de l’Agence française de développement.
12% des océans sauvegardés : une protection insuffisante
La situation marine s'avère encore plus préoccupante. Seulement 12% des mers mondiales disposent d'une protection effective. Pêche industrielle, extraction minière, pollution plastique, acidification : les océans subissent des pressions croissantes. Pourtant, ils abritent 80% de la vie sur Terre et régulent le climat planétaire.
Atteindre 30% de protection marine d'ici 2030 nécessiterait de doubler le rythme actuel pendant quatre ans consécutifs. Un défi titanesque face aux intérêts économiques puissants et aux zones maritimes disputées. Plusieurs pays rechignent à limiter l'exploitation de leurs zones économiques exclusives, craignant des pertes de revenus immédiates.
Quatre années pour inverser quatre décennies : mission possible ?
Les trois piliers d'action de Montréal face à la réalité du terrain
Le cadre de Montréal repose sur trois engagements majeurs. Premier pilier : protéger 30% des terres et des océans d'ici 2030. Deuxième pilier : réduire de moitié le risque lié aux pesticides. Troisième pilier : restaurer 30% des espaces dégradés. Sur ces trois fronts, les avancées demeurent marginales.
Les gouvernements doivent également réorienter 500 milliards de dollars de subventions préjudiciables vers des pratiques durables. Un bouleversement économique qui se heurte aux lobbies agricoles, industriels et énergétiques. La transition implique de repenserles systèmes de production alimentaire, d'aménagement du territoire et de développement urbain. Des transformations profondes qui nécessitent volonté politique et acceptation sociale.
La COP17 à Erevan représente un moment critique. Soit les États accélèrent drastiquement leurs efforts et transforment les promesses en actes concrets, soit ils actent l'échec programmé des objectifs 2030. Dans quatre ans, en 2030, il sera trop tard pour rattraper le retard. La biodiversité ne négocie pas, elle disparaît. Les délégations réunies en Arménie portent une responsabilité historique : celle de choisir entre l’action immédiate et l’effondrement du vivant. Le compte à rebours est lancé.
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Source: www.greenetvert.fr
