En renonçant à son rôle de « batterie verte » de l’Europe, la Norvège a franchi un cap symbolique. Lors de la conférence ONS à Stavanger, le 24 août 2026, le ministre de l’Énergie Terje Aasland a affirmé la poursuite des forages en mer de Barents, sans se conformer à la position européenne sur le moratoire arctique. Ce choix met la sécurité énergétique immédiate au-dessus des préoccupations climatiques et environnementales.
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Les nouveaux forages menacent la mer de Barents
La mer de Barents, riche en biodiversité mais fragile, est au cœur des nouveaux projets d'exploration de la Norvège, qui a ouvert 70 blocs dans cette région sensible. Ces activités ont des effets multiples sur la faune marine, notamment sur les baleines, phoques et morues arctiques, essentiels aux communautés locales.
Conséquences sur l'écosystème marin
Les forages engendrent des nuisances sonores perturbant les mammifères marins, essentiels pour leur reproduction et orientation. Les cétacés, très sensibles, voient leurs migrations affectées. En Arctique, une marée noire serait particulièrement dévastatrice, le pétrole s'y dégradant jusqu'à dix fois plus lentement, ce qui compromettrait durablement l'équilibre biologique.
Impact sur les Samis, peuple autochtone
Les Samis, présents dans le nord norvégien depuis des millénaires, subissent les conséquences de l'expansion pétrolière. Leur mode de vie, basé sur l'élevage de rennes et la pêche, est menacé par la fragmentation des territoires de pâturage et la pollution marine. L'absence de consultation pour l'ouverture des blocs d'exploration va à l'encontre des principes de consentement des peuples autochtones.
Contradictions face aux engagements climatiques
La Norvège se heurte aux objectifs de décarbonation nécessaires pour limiter le réchauffement à 1,5°C. Terje Aasland a déclaré à Reuters que la poursuite des activités en mer de Barents sert les intérêts norvégiens et européens, écartant ainsi les préoccupations climatiques au profit d’une stratégie à court terme.
Les émissions de carbone en hausse
Chaque nouveau bloc d'exploration ajoute des millions de barils de pétrole ou de milliards de mètres cubes de gaz, alimentant les émissions de CO2 pour des décennies. Selon l'Agence Internationale de l'Énergie, aucun nouveau projet fossile n'est compatible avec une limitation du réchauffement à 1,5°C. Pourtant, son directeur Fatih Birol appelle l'UE à reconsidérer son opposition aux forages pour des raisons de sécurité énergétique, soulignant les contradictions face à l'urgence climatique.
Maintien de la production fossile jusqu'en 2035
La Norvège prévoit de maintenir sa production actuelle de pétrole et de gaz jusqu'en 2035, dépassant la date clé du GIEC pour une réduction drastique des énergies fossiles. En 2026, la production a atteint son plus haut niveau depuis 2009. Le Norwegian Offshore Directorate prévoit un déclin après 2030, à condition qu'aucune nouvelle découverte ne soit faite, ce que l'ouverture des 70 blocs vise à éviter.
Le mythe de la « batterie verte »
Oslo a longtemps été perçue comme un leader de la transition écologique grâce à son hydroélectricité. L'Europe voyait en la Norvège sa « batterie verte », capable de gérer les surplus d'énergie renouvelable. Terje Aasland a cependant rejeté cette vision : « Nous ne construirons pas de nouvelles interconnexions électriques vers l'Europe », marquant ainsi un tournant dans le modèle énergétique coopératif.
Exportations énergétiques contradictoires
Bien que la Norvège exporte de l'hydroélectricité, elle fournit surtout du gaz naturel, représentant 30% de la demande de l'UE et du Royaume-Uni. Un contrat de 30 TWh entre Equinor et Uniper prolonge la dépendance européenne aux combustibles fossiles. Anders Opedal, d'Equinor, souligne que la Norvège peut exporter ailleurs si l'Europe refuse son gaz, mais le bilan carbone global reste désastreux.
Quelles alternatives pour l'Europe ?
L'Europe doit accélérer sa transition vers une autonomie énergétique décarbonée, en développant les renouvelables et en réduisant la consommation énergétique. Le modèle de découplage entre croissance et consommation fossile doit s’imposer. Continuer à dépendre du gaz norvégien compromet les objectifs climatiques, comme le montre l'exemple irakien avec Halliburton.
Terje Aasland a conclu : « Nous exploiterons ces zones, et il appartiendra à l'UE de décider si elle devra instaurer un moratoire sur l'achat de ce gaz ou de ce pétrole. » L'Europe doit choisir entre sécurité immédiate et engagements climatiques cohérents. Le choix norvégien est clair, reste à voir si l'Europe prendra une position courageuse.
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Source: www.greenetvert.fr
