Voilà un rare exemple de victoire locale contre la logique gestionnaire d’un établissement public. L’ONF vient d’annoncer la suspension des coupes rases dans la forêt de Montmorency, massif emblématique du Val-d’Oise. La décision, contenue dans un courrier adressé aux élus le 8 août 2026, marque un revirement complet : il y a un mois à peine, l’Office justifiait le maintien de ces coupes pour les trois prochaines années au motif que les contrats de vente du bois étaient déjà signés.
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Quand la menace budgétaire fait plier l'administration forestière
Que s'est-il passé entre-temps pour provoquer un tel changement de cap ? La réponse tient en un mot : argent. Les présidents des communautés d'agglomération de Plaine Vallée et de Val Parisis, Maxime Thory et Yannick Boëdec, soutenus par l'ensemble des maires de leurs territoires, avaient annoncé la suspension des financements à l'ONF tant que les coupes rases ne seraient pas interrompues. La Région Île-de-France, de son côté, avait financé un audit indépendant sur l'état sanitaire du massif, contestant implicitement l'expertise de l'établissement public.
Face à cette coalition inédite d'élus de toutes sensibilités, l'ONF a dû reculer. La directrice générale reconnaît désormais l'intérêt de cette expertise indépendante pour « objectiver l'état sanitaire du massif ». Autrement dit, l'Office admet que son propre diagnostic ne suffisait plus à convaincre. Voilà qui en dit long sur la confiance que les territoires accordent encore aux grandes administrations techniques lorsqu'elles décident seules, loin du terrain.
Le principe de précaution contre la logique contractuelle
Le revirement de l'ONF pose une question de fond : comment un établissement public peut-il invoquer des contrats commerciaux pour justifier des coupes contestées, puis les suspendre quelques semaines plus tard sous pression politique ? Soit ces contrats étaient véritablement contraignants, et leur suspension engage la responsabilité financière de l'État. Soit ils ne l'étaient pas, et l'argument initial relevait de la pure communication défensive.
Dans son courrier, l'ONF invoque désormais le principe de précaution : aucune coupe de régénération ne sera pratiquée dans l'attente des conclusions du processus de concertation. Voilà une formulation qui aurait pu être employée dès le départ, si la logique écologique l'avait emporté sur la logique budgétaire. Mais reprenons : l'ONF est un établissement public à caractère industriel et commercial, soumis à des impératifs de rentabilité. Sa mission première, la gestion durable des forêts publiques, se heurte structurellement à son obligation de vendre du bois pour équilibrer ses comptes.
Une mobilisation née en 2021, victorieuse en 2026
Le communiqué rappelle que la mobilisation a été initiée dès 2021 par Florence Portelli, qui réclamait alors un moratoire sur les coupes rases. Cinq ans plus tard, la demande est enfin entendue. Ce délai illustre la difficulté pour les territoires d'infléchir les décisions d'un opérateur national, même lorsque le massif forestier concerné jouxte directement leurs communes.
La forêt de Montmorency n'est pas n'importe quel bois : c'est un poumon vert pour des centaines de milliers de Franciliens, un espace de loisirs, un régulateur thermique dans une région fortement urbanisée. Les élus locaux le savent, les habitants aussi. Reste que la gestion forestière relève de l'État, et que les communes n'ont aucun pouvoir de décision direct sur les coupes. Leur seul levier, c'est le financement de certaines opérations d'entretien ou d'aménagement. En le retirant, ils ont touché l'ONF là où ça fait mal.
L'été des incendies renforce l'argument écologique
Le communiqué ne manque pas de rappeler que des milliers d'hectares de forêts sont partis en fumée cet été en France et en Europe. L'argument n'est pas anodin : dans un contexte de réchauffement climatique, la préservation des massifs forestiers existants devient un enjeu de sécurité publique. Couper à blanc des parcelles entières, même pour les régénérer ensuite, expose le sol à l'érosion, réduit temporairement la capacité de stockage du carbone et fragilise l'écosystème.
L'ONF répondra sans doute que les coupes de régénération font partie des pratiques sylvicoles classiques, qu'elles permettent de renouveler les peuplements vieillissants et d'adapter la forêt aux nouvelles conditions climatiques. Le problème, c'est que cette logique technique se heurte à une réalité sociale et politique : les citoyens ne veulent plus voir leurs forêts traitées comme de simples plantations industrielles.
Une victoire fragile, un changement de méthode à confirmer
Les élus prennent acte de cette « première victoire collective », mais préviennent : la mobilisation ne s'arrête pas là. Les engagements devront être respectés, et les conclusions de l'expertise indépendante devront guider les décisions futures. Autrement dit, la confiance n'est pas revenue. L'ONF devra désormais travailler en concertation avec les territoires, sous peine de voir ses crédits à nouveau menacés.
Voilà qui dessine un nouveau rapport de force entre l'État gestionnaire et les collectivités locales. Ces dernières, longtemps cantonnées à un rôle consultatif, découvrent qu'elles peuvent peser sur les décisions en actionnant le levier budgétaire. Le risque, c'est que cette logique se généralise et transforme chaque forêt domaniale en terrain de négociation politique. L'avantage, c'est qu'elle oblige l'administration à rendre des comptes, à justifier ses choix, à accepter le débat.
Reste une question : l'ONF dispose-t-il encore des moyens humains et financiers pour mener cette concertation à bien, tout en assurant ses missions de gestion quotidienne ? L'établissement a perdu des centaines de postes ces dernières années, ses agents sont en sous-effectif chronique. Ajouter des processus de concertation sans renforcer les équipes, c'est prendre le risque d'une paralysie administrative. Mais c'est un autre débat, que le communiqué ne mentionne évidemment pas.
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Source: www.greenetvert.fr
