Le cadmium, présent dans 90% des paquets de pâtes analysés par 60 Millions de consommateurs, n’est pas le résultat d’une négligence des fabricants. Ce métal lourd, cancérigène, s’invite dans notre alimentation via les engrais phosphatés utilisés dans l’agriculture conventionnelle. La contamination, révélée le 27 août 2026, met en lumière les limites d’un modèle agricole européen dépendant des phosphates marocains, et appelle à repenser les pratiques agricoles.
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Le parcours du cadmium jusqu'à nos assiettes
Le cadmium, naturellement présent dans la croûte terrestre, se retrouve dans les engrais phosphatés issus de roches riches en ce métal. Ces fertilisants, lorsqu'ils sont utilisés sur des cultures céréalières, entraînent une accumulation de cadmium dans les sols. Les plants de blé dur absorbent le métal via leurs racines, et les pâtes complètes, qui conservent les enveloppes externes du grain, en contiennent davantage que les pâtes raffinées. Patricia Chairoupolos, de 60 Millions de consommateurs, explique que c'est la raison pour laquelle on le retrouve à des teneurs variables dans les pâtes.
L'Office chérifien des phosphates (OCP), qui contrôle 70% des réserves mondiales de phosphates, est au cœur de cette problématique. Les gisements marocains, riches en cadmium, posent un défi environnemental malgré leur avantage économique. L'OCP investit dans des technologies pour réduire le cadmium, mais cela affecte la compétitivité du secteur.
Dépendance européenne aux phosphates marocains
En l'absence de réserves de phosphates sur son territoire, l'Union européenne importe entre 80 et 90% de ses engrais phosphatés, principalement depuis le Maroc. Les alternatives, comme les phosphates russes ou américains, sont limitées par des coûts ou des contraintes géopolitiques. Cette situation place l'agriculture européenne devant un dilemme : continuer avec des intrants chargés en cadmium ou réduire les apports phosphatés, risquant de compromettre les rendements.
Les agriculteurs français utilisent chaque année plusieurs millions de tonnes d'engrais phosphatés pour maintenir la fertilité de leurs sols, notamment pour le blé dur. La réduction de la contamination implique l'achat d'engrais purifiés, plus coûteux, ou une révision des pratiques agricoles, un investissement difficile pour de nombreuses exploitations.
Innovations technologiques et agriculture régénérative
Face aux normes européennes, l'OCP a développé des procédés chimiques pour réduire le cadmium dans ses produits. Ces technologies, bien que coûteuses, visent à diminuer les concentrations de cadmium, tout en explorant la valorisation du cadmium extrait pour d'autres industries. Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, vise une norme de 20 mg/kg de cadmium d'ici 2030, un objectif qui suscite des débats au sein de l'industrie.
L'agriculture biologique, qui n'utilise pas d'engrais de synthèse, propose des alternatives basées sur les amendements organiques et la rotation des cultures. Les techniques d'agriculture régénérative, comme le compostage et les engrais verts, permettent de réduire la dépendance aux intrants externes tout en limitant l'accumulation de polluants.
Repenser l'agriculture pour l'avenir
La contamination au cadmium soulève une question cruciale : comment nourrir une population croissante sans compromettre la santé publique ? Les défenseurs de l'agriculture intensive craignent que l'abandon des engrais phosphatés ne menace la sécurité alimentaire européenne, tandis que les partisans de la transition écologique insistent sur les risques sanitaires. La législation française visant à limiter l'exposition au cadmium est un pas vers la prise de conscience politique, mais nécessite des actions concrètes : investissements en recherche, soutien aux agriculteurs en transition et taxation des engrais contaminés.
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Source: www.greenetvert.fr
