La peinture est rarement considérée comme une industrie stratégique. Elle est pourtant au cœur d’un grand nombre de chaînes de valeur : bâtiment, automobile, aéronautique, industrie manufacturière, emballage ou encore infrastructures. En France, la filière représentée par la FIPEC pèse près de 4,93 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 20 000 emplois, avec près de 150 entreprises adhérentes représentant environ 95 % des industriels du secteur. Mais le marché reste sous pression : entre 2024 et 2025, celui des peintures, lasures, enduits et vernis a reculé de 1,8 % en valeur, à 2,816 milliards d’euros.
Dans ce contexte, les annonces récentes montrent pourtant une industrie qui continue d’investir.
PPG vient ainsi d’annoncer 40 millions d’euros d’investissements dans deux de ses sites industriels des Hauts-de-France, à Ruitz dans le Pas-de-Calais et Moreuil dans la Somme. Le programme vise notamment à moderniser l’outil de production, accroître la flexibilité industrielle et internaliser la logistique. Il doit également permettre la création de 39 emplois d’ici fin 2027. Le groupe américain entend parallèlement poursuivre ses investissements en R&D, notamment dans des revêtements moins énergivores.
Chez AkzoNobel, autre poids lourd mondial du secteur, la stratégie française passe elle aussi par l’outil industriel. Le groupe a annoncé un investissement de 22 millions d’euros sur son site de Montataire, dans l’Oise, afin de moderniser le site et d’en faire une plateforme majeure pour le marché européen. L’annonce intervient alors que l’entreprise constate une décroissance du marché français des peintures décoratives et une pression accrue sur les coûts.
Le groupe est particulièrement présent dans l’industrie française : AkzoNobel exploite plusieurs sites et commercialise notamment des revêtements industriels sous les marques Interpon, International et AkzoNobel, couvrant notamment les peintures poudre, les applications anticorrosion, marines et aéronautiques.
Le secteur est donc confronté à un paradoxe : les volumes sont sous pression, mais la nécessité de disposer d’outils industriels plus performants n’a jamais été aussi forte.
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De la performance industrielle à l’économie circulaire
L’autre transformation majeure concerne les matières premières.
C'est notamment le terrain choisi par Cromology, acteur européen de la peinture décorative, qui s’appuie sur cinq laboratoires de recherche, neuf sites de production et 3 100 collaborateurs dans sept pays.
En mai 2026, Cromology et BASF ont annoncé l’intégration dans certaines peintures murales intérieures Tollens d’un liant acrylique issu du recyclage chimique de pneus en fin de vie. Le produit, développé par BASF sous le nom Acronal Ccycled, permet d’intégrer des matières premières issues du recyclage chimique dans la fabrication du liant, selon une approche de bilan massique. La solution est commercialisée dans la gamme Tollens Maxiline+.
Cette innovation illustre une évolution profonde du métier : la performance d’une peinture ne se mesure plus uniquement à son pouvoir couvrant, sa résistance ou sa durée de vie. L’origine des matières premières, leur empreinte carbone et leur capacité à s’inscrire dans des boucles de circularité deviennent elles aussi des critères de différenciation.
Cromology n’est évidemment pas seul sur ce terrain. Sherwin-Williams, qui dispose notamment d’un site industriel à Tournus, travaille sur différentes technologies de revêtements industriels, des formulations aqueuses à faible teneur en COV aux revêtements en poudre. Son site de Tournus emploie plus de 160 salariés et abrite également deux laboratoires européens.
Une industrie européenne face à un nouvel environnement concurrentiel
Le mouvement dépasse largement les frontières françaises. Le marché européen des peintures et revêtements rassemble des groupes mondiaux comme PPG, AkzoNobel, Sherwin-Williams, BASF, Axalta, Jotun et Hempel, aux côtés d’acteurs européens et français comme Cromology, V33 ou DAW.
La consolidation du secteur constitue d'ailleurs un autre sujet majeur. AkzoNobel et Axalta préparent actuellement leur fusion, dont la finalisation est attendue fin 2026 ou début 2027 sous réserve des autorisations nécessaires.
Cette opération témoigne d’un secteur dans lequel la taille, la capacité d’investissement et la puissance technologique deviennent des facteurs déterminants. Dans le même temps, les industriels doivent composer avec des marchés finaux peu dynamiques, des coûts de production toujours surveillés de près et des exigences environnementales croissantes.
La peinture, un révélateur de la transformation industrielle
Au fond, la mutation du secteur raconte quelque chose de plus large sur l’industrie française. Produire mieux, consommer moins de ressources, sécuriser les approvisionnements et maintenir des capacités industrielles locales : les fabricants de peintures sont confrontés aux mêmes impératifs que de nombreuses autres industries.
L’investissement de PPG dans les Hauts-de-France, celui d’AkzoNobel à Montataire ou encore l’innovation développée par Cromology avec BASF montrent trois réponses différentes à un même défi : comment rester compétitif dans un marché mature tout en transformant simultanément son outil industriel et ses produits ?
La réponse passera probablement moins par une croissance des volumes que par la capacité à proposer des peintures plus performantes, plus sobres en ressources et davantage intégrées dans des chaînes de production locales et circulaires.
Une transformation discrète, mais qui fait de la peinture un étonnant baromètre de la réindustrialisation européenne.
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Source: www.greenetvert.fr
