Avions, distances, chaleur : les défis environnementaux du Mondial 2026
Les déplacements en avion des équipes, des supporters, des médias et du personnel pourraient générer à eux seuls 7,7 millions de tonnes de CO2, selon une estimation publiée par Greenly le 4 juin. Ils représenteraient ainsi 86 % de l’empreinte carbone totale de la compétition. Un chiffre plus de deux fois supérieur au bilan carbone de 3,6 millions de tonnes de CO2 avancé par les organisateurs. Publié en 2018, celui-ci reposait toutefois sur un format de 80 matchs, contre 104 aujourd’hui.
Le coup d’envoi a donc été donné ce jeudi 11 juin et, avec lui, une empreinte carbone en explosion. Le groupe de chercheurs Scientists for Global Responsibility a estimé en juin 2025 qu’elle devrait générer au moins 9 millions de tonnes d’équivalent CO2. Si la Coupe du monde organisée au Qatar avait créé la polémique avec ses stades climatisés, celle de 2026 ne sera pas en reste. Pour la première fois de son histoire, la FIFA a décidé d’organiser la compétition dans trois pays et 16 villes. C’est par exemple plus de 4 000 kilomètres qui séparent le stade Aztèque de Mexico et le stade de Vancouver au Canada. Le Wall Street Journal a calculé le nombre de kilomètres que les 48 équipes nationales vont faire pendant la phase de poule. L’équipe nationale de Bosnie va, par exemple, parcourir plus de 12 000 kilomètres.
Chaque spectateur fera près de 18 000 kilomètres par avion en moyenne, notamment parce que les gens viennent de plus loin.
Table des matières
Un format qui évolue
Le format de la compétition évolue et passe de 32 à 48 équipes. Ajouté à cela un tour supplémentaire (seizièmes de finale). Le tournoi est allongé de 11 jours et il y aura 40 matchs de plus disputés par rapport aux éditions précédentes. À cette montée en puissance s'ajoute l'afflux attendu de supporters. Avec près de 7 millions de billets mis en vente, la compétition devrait générer des déplacements massifs en avion pour les équipes, les médias, le staff et les spectateurs.
La BBC a notamment calculé l’empreinte carbone d’un supporter anglais venu de Londres pour assister à chaque match. En atteignant la finale, il pourrait générer une empreinte carbone d’environ 3,5 tonnes de CO2. Ce qui équivaudrait à chauffer une maison moyenne au Royaume-Uni pendant 19 mois.
À lire aussi :Mondial 2026 : la Fifa interpellée par des scientifiques inquiets de la chaleur
Les conséquences climatiques sur la compétition
Alexis Normand, fondateur de Grennly, a déclaré pour franceinfo : « Chaque spectateur fera près de 18 000 kilomètres par avion en moyenne, notamment parce que les gens viennent de plus loin. Au Qatar, les spectateurs venaient d’Europe mais la liaison entre l’Europe et les États-Unis est plus longue donc beaucoup plus émissive. » Un constat qui inquiète alors que l’ONU Climat avait alerté en 2024 sur le risque des chaleurs extrêmes pendant le tournoi de 2026 et ses impacts évidents sur la santé des joueurs, des arbitres et des supporteurs.
Selon une étude du réseau scientifique World Weather Attribution (WWA), un quart des matchs pourraient se disputer dans des "conditions de chaleurs dangereuses" qui combinent températures et niveau d’humidité élevés. Le jeu pourrait ainsi être plus lent, avec plus de pauses, et nécessiter des mesures de rafraîchissement renforcées. Parmi les rencontres qu’ils ont identifiées "à haut risque" : France-Sénégal, prévu le 16 juin dans le New Jersey. Mais l'inquiétude concerne également les supporteurs. Dans les stades comme dans les fan zones, des milliers de personnes pourraient être exposées à de fortes chaleurs pendant plusieurs heures.

Les différentes sources de pollutions de la Coupe du monde 2026, en tonnes d'équivalent CO2-Greenly
Le manque d’ambition écologique de la FIFA
En 2022, Gianni Infantino, président de la Fédération internationale de football, avait déclaré : "Tous ceux qui aiment le football et se préoccupent de l’environnement doivent brandir le carton vert de la FIFA pour la planète". Un an auparavant, il avait annoncé une "stratégie pour le climat" visant à réduire de moitié les émissions de la FIFA d’ici à 2030 et à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2040. Pourtant la fédération a confié l’organisation du tournoi planétaire à l’Arabie saoudite pour l’édition 2034. Aramco, un géant pétrolier saoudien, est devenu en 2024 le plus gros sponsor de l’histoire de la fédération avec un contrat estimé à 11 milliards d’euros jusqu’à la Coupe du monde 2034.
Au-delà de son empreinte carbone, le Mondial 2026 pourrait illustrer une autre réalité : celle d'un sport de plus en plus confronté aux conséquences du changement climatique. Un enjeu qui se posera à nouveau lors de la Coupe du monde 2030, organisée au Portugal, en Espagne et au Maroc.
Source: www.linfodurable.fr
