Incendies : la France est-elle suffisamment équipée pour lutter contre les mégafeux ?
Selon les données satellitaires du système européen Effis, plus de42 000 hectares sont partis en fumée en France entre janvier et la mi-juillet 2026, un niveau inédit à cette période de l’année depuis vingt ans. Une évolution qui met sous pression les moyens de lutte et pousse à repenser la stratégie française face aux incendies.
La France dispose aujourd’hui d’une des principales flottes européennes de bombardiers d’eau. Basés principalement à Nîmes-Garons, les moyens aériens de la Sécurité civile comprennent :
- 12 Canadair CL-415, capables d’emporter environ 6 000 litres d’eau et de se ravitailler rapidement sur des plans d’eau proches ;
- 8 Dash 8, des avions plus gros pouvant transporter jusqu’à 10 000 litres d’eau, mais qui doivent se poser pour remplir leur réservoir ;
- 3 Beechcraft, utilisés pour la reconnaissance et la coordination des opérations ;
- environ 40 hélicoptères Dragon de la Sécurité civile, dont certains équipés de dispositifs de largage d’eau ;
- des moyens complémentaires loués à des opérateurs privés, notamment plusieurs avions et hélicoptères.
À ces appareils s’ajoutent les aides européennes du programme RescEU, qui permet aux États membres de se prêter des avions en cas de crise majeure.
À un moment, vous pourrez mettre autant de bombardiers que vous voulez, vous n’y arriverez pas.
Sur le papier, la France dispose donc d’un dispositif aérien important. Mais ses limites apparaissent lorsque plusieurs incendies majeurs surviennent en même temps. Dans la Drôme, par exemple, les habitants ont dû patienter plusieurs jours avant de voir arriver des Canadair, alors que les flammes progressaient sur la montagne voisine. Les appareils étaient alors déjà engagés sur d’autres fronts, notamment en Ardèche, en Corse et dans les Pyrénées-Orientales.
Marie Pochon, la députée écologiste de la Drôme, a dénoncé "un manque d’anticipation et de considération des alertes scientifiques". Selon elle, "il est anormal de devoir choisir entre ce que nous sauvons et ce qu’on laisse brûler".
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Des moyens limités
La stratégie nationale de lutte contre les feux de forêt repose sur un principe : attaquer les incendies le plus tôt possible pour éviter qu’ils deviennent incontrôlables. L’objectif affiché est de pouvoir mobiliser rapidement des moyens aériens et terrestres après un départ de feu. Les premiers appareils envoyés sont souvent les Dash.
Les Canadair interviennent ensuite pour ralentir la progression des flammes ou protéger des zones prioritaires.
Mais cette stratégie implique des choix difficiles. Les avions ne peuvent pas être présents partout. Lors de grands incendies simultanés, les moyens doivent être répartis selon les priorités : d’abord les vies humaines, ensuite les habitations, puis les espaces naturels.
"On peut lutter sur un ou deux chantiers majeurs, pas plus", estime Éric Durand, pilote de Canadair et représentant du syndicat SNPNAC à Reporterre.
Des avions vieillissants et difficiles à entretenir
L’autre difficulté est l’âge de la flotte. Les Canadair français ont en moyenne une trentaine d’années. Conçus initialement pour fonctionner en eau douce, ils sont aussi utilisés en mer, ce qui accélère leur usure à cause du sel et de la corrosion. La maintenance devient également un défi. Les pièces détachées sont parfois difficiles à obtenir. La conséquence, au début de l’été deux Canadair et un Dash étaient encore au sol, en maintenance. Face à ces limites, la France a annoncé la commande de quatre nouveaux Canadair, dont les premières livraisons sont prévues à partir de 2028.
D’autres projets existent également, comme celui de la start-up française Hynaero, qui souhaite développer un nouvel avion bombardier d’eau européen. Mais ces appareils ne devraient pas être disponibles avant plusieurs années.
En attendant, la France mise sur la coopération européenne et expérimente aussi l’adaptation d’avions militaires comme l’Airbus A400M pour des missions de bombardement d’eau de grande capacité.
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Plus d’avions suffiront-ils face au changement climatique ?
Pour les spécialistes, augmenter la flotte aérienne ne pourra pas être l’unique réponse. Avec le dérèglement climatique, les périodes de sécheresse s’allongent et les zones exposées aux incendies progressent. Selon le rapport du Haut Conseil pour le climat, les surfaces favorables aux feux de forêt ont doublé depuis la fin du XXᵉ siècle.
"À un moment, vous pourrez mettre autant de bombardiers que vous voulez, vous n’y arriverez pas : c’est de la pluie qu’il vous faut", rappelle Éric Durand.
La prévention devient donc un enjeu majeur : entretien des forêts, débroussaillement, adaptation des territoires et anticipation des risques. Face à cette nouvelle réalité, certains parlementaires proposent la création d’un fonds national d’adaptation des forêts aux risques d’incendie, destiné à renforcer la prévention plutôt que de miser uniquement sur l’intervention d’urgence.
Source: www.linfodurable.fr
