Pyrocumulonimbus : comment un incendie peut-il créer son propre orage ?
En l'espace de vingt-quatre heures, l'incendie en Gironde a gagné près de 10 000 hectares, passant de 32 000 hectares brûlés samedi 25 juillet à 42 000 dimanche. Au cœur de ce brasier hors norme, les pompiers sont confrontés à un phénomène météorologique exceptionnel : le pyrocumulonimbus, un véritable "orage de feu« .
Concrètement, lorsqu’un incendie atteint une intensité exceptionnelle, il dégage une chaleur si importante que l’air brûlant, chargé de fumée, de cendres et de vapeur d’eau, s’élève rapidement dans l’atmosphère. En prenant de l’altitude, cet air se refroidit, provoquant la condensation de la vapeur d’eau autour des particules de fumée. Un premier nuage se forme alors : le pyrocumulus.
Si le feu continue de gagner en puissance et que les conditions atmosphériques sont instables, ce nuage peut poursuivre son développement jusqu'à devenir un pyrocumulonimbus, un véritable nuage d'orage généré par l'incendie lui-même. Contrairement aux orages classiques, dont l'énergie provient de l'échauffement naturel de l'atmosphère, celui-ci est alimenté directement par la chaleur du brasier.
Une fois formé, le pyrocumulonimbus influence à son tour le comportement de l'incendie. À l'intérieur du nuage, de puissants courants ascendants aspirent l'air comme dans une gigantesque cheminée, tandis que des courants descendants se mettent également en place. Cette circulation d'air crée des rafales de vent capables d'alimenter les flammes en oxygène, d'accélérer leur propagation et d'en modifier soudainement la trajectoire, indépendamment des prévisions météorologiques. Pour les pompiers, le feu devient alors beaucoup plus instable et particulièrement difficile à anticiper.
Spécialiste de la défense des espaces boisés contre les incendies au sein de l’Office national des forêts (ONF), Christophe Chantepya a expliqué au Monde : « Il est dangereux car il crée ses propres conditions météorologiques. Il est plus puissant, erratique et donc imprévisible. Des sautes de feu sont beaucoup plus probables avec des brandons incandescents [des débris végétaux enflammés] qui peuvent être expulsés de la colonne de convection. »
Des braises projetées à des centaines de mètres
L'un des principaux dangers réside en effet, dans les brandons, des morceaux de bois ou de matière incandescente emportés par les flammes lors d'un incendie.
Sous l'effet des vents générés par le pyrocumulonimbus, ces débris peuvent être transportés sur plusieurs centaines de mètres, voire davantage, avant de retomber au sol. Ils déclenchent alors de nouveaux foyers bien en avant du front principal, un phénomène appelé "saute de feu".
L'incendie peut surgir soudainement à distance, rendant les stratégies de lutte beaucoup plus complexes.
"Le feu génère son propre vent avec une force et une vitesse trois à quatre fois supérieure, a déclaré Jean-Baptiste Filippi, Coordinateur du programme numérique Fire Caster au Monde, des colonnes de vent peuvent aspirer vers le haut et rejeter des branches ou même arracher des arbres et les rejeter jusqu’à 100 voire 200 mètres plus loin et provoquer de nouveaux départs de feu. »
Comme un orage classique, le pyrocumulonimbus peut produire une importante activité électrique.
Les frottements entre les particules de glace, les cendres et les gouttelettes d'eau créent des charges électriques capables de provoquer des éclairs. Or ces éclairs peuvent tomber sur une végétation déjà extrêmement sèche sans être accompagnés de précipitations suffisantes pour éteindre le feu.
"Vous avez une deuxième météo dans la météo générale", résume Eric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, auprès de France Info. "À l’intérieur de ce feu, vous avez une confrontation des chaleurs qui sont en partie basses, avec des colonnes de fumées qui montent vers l’intérieur du panache de fumée. C’est ce qui crée justement ces pyrocumulonimbus. Vous allez avoir une confrontation d’air chaud et d’air froid créant de l’électricité. Et cette électricité-là va créer un feu qui va s’auto générer avec ces vents et ces éclairs intempestifs".
Pourquoi la situation en Gironde inquiète autant ?
Les spécialistes soulignent que des pyrocumulus avaient déjà été observés lors de précédents incendies en France. En revanche, ce qui frappe les experts en Gironde est l'intensité et surtout la répétition des épisodes de pyrocumulonimbus.
Selon le chercheur Jean-Baptiste Filippi, plusieurs épisodes se sont succédé en quelques jours, un niveau rarement observé en Europe. Chaque nouvel "orage de feu" relance le comportement extrême de l'incendie, ce qui explique sa progression erratique malgré l'engagement de milliers de pompiers et d'importants moyens aériens.
Cette succession témoigne aussi de la puissance exceptionnelle du mégafeu, alimenté par une végétation très sèche, des températures élevées, un vent favorable et l'immense massif forestier des Landes, qui offre une quantité considérable de combustible.
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Des vagues de chaleur plus longues, une sécheresse accrue et des incendies de plus en plus vastes augmentent la probabilité que certains feux atteignent une intensité suffisante pour produire leur propre système météorologique.
C'est pourquoi plusieurs chercheurs appellent désormais à renforcer la recherche sur ces phénomènes, déjà largement étudiés en Australie ou en Californie, où les mégafeux sont devenus plus fréquents. Mieux comprendre les interactions entre les incendies et l'atmosphère pourrait permettre d'améliorer les modèles de prévision et d'anticiper plus efficacement les comportements les plus extrêmes des feux de forêt.
Source: www.linfodurable.fr
