Table des matières
Additifs alimentaires : des risques sanitaires désormais documentés
Les additifs alimentaires ne sont plus seulement suspectés d’effets délétères sur la santé humaine : trois nouvelles études épidémiologiques menées par l’Inserm établissent des associations significatives entre leur consommation et l’augmentation des risques de diabète de type 2, de cancer, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires. Ces travaux, publiés dans les revues Diabetes Care, European Journal of Epidemiology et European Heart Journal, marquent un tournant dans notre compréhension des effets sanitaires de ces substances omniprésentes dans notre alimentation quotidienne.
L'ampleur du phénomène donne le vertige : parmi les 3,5 millions d'aliments et boissons répertoriés dans la base mondiale Open Food Facts en 2024, plus de 139.000 contiennent au moins un colorant et plus de 700.000 au moins un conservateur. Cette omniprésence confère une urgence particulière aux recherches conduites par Mathilde Touvier, directrice de recherche à l'Inserm et responsable de l'Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-Eren).
Des chiffres alarmants pour les colorants alimentaires
Les résultats concernant les colorants alimentaires révèlent des associations particulièrement préoccupantes. L'analyse de la cohorte française NutriNet-Santé, portant sur plus de 100.000 participants suivis entre 2009 et 2023, démontre que les plus forts consommateurs d'additifs colorants présentent un risque de diabète de type 2 supérieur de 38% à celui des personnes les moins exposées.
Cette augmentation globale dissimule des disparités considérables selon les types de colorants. Les caramels ordinaires (E150a) portent le risque le plus élevé, avec une majoration de 46% du risque diabétique, tandis que la curcumine (E100) atteint 49% d'augmentation. Le bêta-carotène utilisé comme additif alimentaire (E160a) majore quant à lui ce risque de 44%, et les anthocyanes (E163) de 40%.
S'agissant des cancers, les colorants dans leur ensemble élèvent de 14% le risque de cancer global, de 21% celui de cancer du sein, et de 32% le risque spécifique de cancer du sein post-ménopausique. Selon l'Autorité européenne de sécurité des aliments, ces données appellent une réévaluation urgente des doses journalières acceptables actuellement en vigueur.
Les conservateurs également mis en cause
Les conservateurs, ces substances dont la fonction est de prolonger la durée de vie des aliments, ne sortent pas indemnes de cette vaste enquête sanitaire. L'étude révèle une augmentation de 24% du risque d'hypertension chez les plus forts consommateurs. L'analyse par catégorie affine ce tableau : les conservateurs non antioxydants majorent de 29% le risque hypertensif et de 16% celui de maladies cardiovasculaires, tandis que les conservateurs antioxydants augmentent de 22% le risque d'hypertension.
Parmi les 17 conservateurs analysés individuellement, huit présentent des associations significatives avec l'hypertension. Le sorbate de potassium (E202) se distingue par une augmentation de 39% du risque, l'acide citrique (E330) de 25%, tandis que l'acide ascorbique (E300) majore de 15% le risque de maladies cardiovasculaires.
Une méthodologie scientifique rigoureuse
La solidité de ces conclusions repose sur une méthodologie épidémiologique d'une rigueur exemplaire. Entre 2009 et 2024, les volontaires de la cohorte NutriNet-Santé ont transmis des enregistrements alimentaires détaillés sur plusieurs périodes de 24 heures, incluant les noms et marques des produits industriels consommés. Cette approche, croisée avec les bases de données Oqali, Open Food Facts et GNPD, ainsi qu'avec des dosages d'additifs effectués directement dans les aliments, a permis d'évaluer avec précision les expositions individuelles.
Les analyses ont intégré de multiples facteurs susceptibles de biaiser les résultats : les profils sociodémographiques des participants, la consommation de tabac et d'alcool, la qualité nutritionnelle globale des régimes alimentaires, les apports en calories, sucre, sel, graisses saturées et fibres, ainsi que les habitudes d'activité physique et de mode de vie. Cette approche multifactorielle garantit la validité des associations observées et écarte les confusions statistiques qui auraient pu en compromettre la portée.
Une révision des doses journalières acceptables s'impose
Ces découvertes revêtent une importance stratégique considérable selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, compte tenu de « la nature généralisée mais évitable de l'exposition aux additifs alimentaires au sein de la population ». Les auteurs appellent à une réévaluation urgente, par les autorités sanitaires, de la sécurité de ces substances, afin d’intégrer ces nouvelles connaissances et de mieux protéger la santé collective.
Cette réévaluation devra s'inscrire dans une approche bénéfice/risque nuancée, particulièrement concernant les conservateurs dont la fonction antimicrobienne demeure indispensable pour certaines préparations. Il n'en reste pas moins que l'accumulation de preuves scientifiques plaide fermement pour une révision des doses journalières acceptables et une amélioration sensible de l'information des consommateurs. À ce sujet, certains aliments réputés sains se révèlent en réalité ultra-transformés, ce qui complexifie davantage les choix alimentaires.
Additifs : comment limiter leur consommation ?
Dans l'attente de ces réévaluations réglementaires, les consommateurs peuvent adopter des stratégies préventives efficaces. Le Programme national nutrition santé recommande déjà de limiter l'exposition aux additifs alimentaires non essentiels et de privilégier les aliments bruts ou peu transformés.
Concrètement, cela implique de privilégier les produits frais et de saison, de décrypter les étiquettes en repérant les codes E100-E199 correspondant aux colorants et E200-E399 aux conservateurs, de réduire la consommation d'aliments ultra-transformés et de favoriser la cuisine maison ainsi que les circuits courts. La réglementation européenne facilite cet exercice de vigilance : les colorants correspondent aux codes E100 à E199, les conservateurs au sens strict aux codes E200 à E299, et les conservateurs antioxydants aux codes E300 à E399 — une codification qui, pour qui sait la lire, ouvre une fenêtre précieuse sur la composition réelle de nos assiettes.
Ces travaux épidémiologiques constituent les premières études à grande échelle démontrant des associations entre un large spectre de colorants et de conservateurs et ces pathologies chroniques. Ils s'inscrivent en cohérence avec plusieurs travaux expérimentaux sur modèles cellulaires et animaux, qui avaient déjà mis en évidence les effets délétères de certains additifs sur des marqueurs de santé. Dans un contexte où les négociations internationales peinent à réguler d'autres formes de pollution chimique — à l'image du blocage des négociations sur la pollution plastique à Genève — l'enjeu de santé publique que représentent les additifs alimentaires justifie, plus que jamais, une révision en profondeur de notre rapport collectif à l'alimentation industrielle.
Cet article Additifs alimentaires : cancer et diabète, les preuves scientifiques s’accumulent est apparu en premier sur Green et Vert.
Source: www.greenetvert.fr
