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Canicule et réacteurs à l'arrêt : l'électricité au plus haut depuis 2023
La canicule qui frappe l’Europe en ce mois de juin 2026 provoque une flambée des tarifs sur les marchés de gros de l'électricité. En France, le prix du mégawattheure pour livraison immédiate a frôlé 280 euros ce mardi 23 juin, un niveau qui n’avait plus été observé depuis août 2023. Outre-Rhin, la situation s’avère encore plus tendue : selon Selectra, l’Allemagne enregistre un pic à 615 euros par mégawattheure vers 21 heures, son plus haut niveau depuis juin 2024.
Fin mai, le mégawattheure valait environ 85 euros. Chaque degré supplémentaire en été entraîne environ 500 MW de consommation électrique additionnelle en France, d’après RTE. Lors des épisodes caniculaires, la demande nationale peut ainsi bondir de plusieurs gigawatts en quelques heures, sous l’effet massif de la climatisation.
Des besoins de refroidissement records en Europe
À l'échelle européenne, les analystes de Vaisala et Commodity Weather Group anticipent cette semaine des besoins de refroidissement parmi les plus élevés de l'année, rapporte Bloomberg. Dans plusieurs pays du sud de l'Europe, la consommation électrique peut bondir de 10 à 20 % lors des journées les plus chaudes. La pression sur le réseau s'intensifie particulièrement en fin de journée, lorsque la production solaire diminue mais que les besoins restent élevés.
Ménages, entreprises, commerces et centres de données sollicitent massivement leurs systèmes de refroidissement. Dans plusieurs pays européens, la demande se concentre sur les heures de fin de journée, mettant sous tension un système électrique déjà fragilisé par la faible production éolienne et les contraintes pesant sur certaines centrales nucléaires. Dès que l’équilibre entre production et consommation devient plus difficile à maintenir, les prix de marché augmentent fortement afin d’inciter les producteurs disponibles à injecter davantage d’électricité.
Le parc nucléaire français paralysé par les températures
La situation se complique en raison des difficultés rencontrées par le parc nucléaire français, habituellement l'un des principaux fournisseurs d'électricité en Europe. EDF a annoncé l'arrêt du réacteur Golfech 2 jusqu’au 30 juin en raison des fortes chaleurs qui affectent la Garonne. La centrale de Golfech, située dans le Tarn-et-Garonne entre Toulouse et Agen, comprend deux réacteurs de 1,3 gigawatt chacun. Le premier était déjà indisponible pour maintenance depuis le mois de mai. Avec l’arrêt du second, la centrale est désormais totalement à l'arrêt.
Un arrêté de 2006 impose que la température de la Garonne ne dépasse pas 28 °C après les rejets d'eau de refroidissement de la centrale. Face à une température du fleuve susceptible d'atteindre ce seuil, EDF a préféré arrêter préventivement la production. Les centrales nucléaires françaises nécessitent un refroidissement permanent. Implantées le long des fleuves ou du littoral, elles dépendent directement de la disponibilité et de la température de l'eau. Lors des épisodes caniculaires, les températures élevées des cours d'eau peuvent obliger l'exploitant à réduire ou interrompre son activité afin de protéger les écosystèmes aquatiques.
D'autres sites pourraient également être affectés. EDF a notamment indiqué surveiller la situation à la centrale du Bugey, en Auvergne-Rhône-Alpes, où des réductions de puissance pourraient être envisagées. Résultat : le poids du gaz dans le mix électrique de la France augmente. Selon les données en temps réel de RTE, il atteint actuellement 6 % (le nucléaire est à 62 %) contre 1 % seulement il y a une semaine (le nucléaire était alors à 72 %).
Les énergies renouvelables à la peine
La faiblesse actuelle de la production renouvelable contribue également à la tension sur les marchés. Le système anticyclonique responsable de la canicule entraîne des vents particulièrement faibles dans de nombreuses régions d’Europe. Les parcs éoliens produisent bien moins d’électricité qu’à l’accoutumée. La situation s’avère particulièrement problématique car l’éolien constitue aujourd’hui une source importante d’approvisionnement dans plusieurs pays, notamment l’Allemagne.
Yiannis Papamikrouleas, responsable des opérations de trading chez DEPA Commercial, prévient dans Bloomberg : « On peut s'attendre à des prix aussi élevés pendant plusieurs jours cette semaine ». Au-delà de cet épisode, les experts considèrent que les épisodes de prix extrêmes risquent de devenir plus fréquents à mesure que les vagues de chaleur s’intensifient sous l’effet du changement climatique.
Quel impact sur les factures des consommateurs ?
Pour les consommateurs, la flambée des prix de gros ne se traduira pas automatiquement par une hausse immédiate des factures. La majorité des ménages français bénéficient de contrats à prix fixe ou du tarif réglementé, dont les tarifs sont calculés à partir d'achats d'électricité réalisés plusieurs mois à l'avance. Au tarif réglementé EDF en option Base 6 kVA, le kWh est facturé autour de 0,1940 euro TTC en juin 2026, d'après Marie France.
En revanche, certaines entreprises disposant de contrats indexés sur les marchés de gros peuvent subir rapidement la hausse. Le véritable risque apparaît si les tensions persistent durant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Dans ce cas, les fournisseurs seraient contraints d'acheter leur électricité plus cher pour les périodes futures, ce qui pourrait finir par se répercuter sur les tarifs proposés aux particuliers.
Pour les clients équipés d'offres dynamiques, les variations horaires deviennent spectaculaires. Ce mardi 23 juin, le kWh varie de 0,1235 euro à 0,3594 euro selon l'heure de la journée, avec un pic à 20 heures. Le creux se concentre autour de la mi-journée, puis la soirée se tend fortement. Le même cycle lave-linge plus sèche-linge (3,5 kWh) lancé au creux du jour coûte 0,43 euro contre 1,26 euro au pic : la différence se lit très vite sur des usages répétés.
Les projections climatiques inquiètent les opérateurs
Jusqu'à présent, les arrêts pour raisons environnementales ont eu un impact limité sur la production nucléaire française, avec une baisse annuelle estimée à seulement 0,3 %. Cependant, les projections sont plus préoccupantes. Sans adaptation des installations, EDF estime que les pertes pourraient atteindre en moyenne 1,4 % de la production à l'horizon 2035 et 1,5 % en 2050.
La France se classe actuellement troisième sur onze pays européens avec un prix de gros de 136 euros par mégawattheure. L'Espagne et le Portugal affichent le niveau le plus bas du panel, à 112 euros par mégawattheure, tandis que la Belgique ferme la marche à 185 euros par mégawattheure. Le positionnement reflète les différences entre parcs de production et les échanges rendus possibles par les interconnexions européennes.
Sur les 30 derniers jours, le prix moyen ressort à 0,10 euro par kWh. La journée la plus douce du mois a été le 4 juin avec 0,047 euro par kWh, tandis que la plus tendue est celle du 23 juin à 0,20 euro par kWh. Le prix du jour se situe ainsi à 101,1 % au-dessus de la moyenne mensuelle. Les opérateurs surveillent désormais de près l'évolution des conditions météorologiques pour anticiper les prochaines tensions sur le réseau électrique européen.
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Source: www.greenetvert.fr
