Extraire une tonne de terres rares consomme 200 000 litres d’eau et produit 2 000 tonnes de déchets acides. Si la Chine lance la prospection en Iran, c’est l’écosystème fragile de la ceinture de Bafq qui paiera le prix environnemental. En 2026, la Fondation Nationale des Sciences Naturelles de Chine (NSFC) et son homologue iranienne (INSF) ont sélectionné l’exploration et le traitement des terres rares pour leurs ateliers scientifiques bilatéraux. Derrière ce partenariat scientifique à 4 200 dollars se cache une réalité écologique lourde : l’extraction de ces métaux critiques génère des impacts environnementaux massifs, rarement évoqués dans les analyses géopolitiques.
Table des matières
Extraction des terres rares : une empreinte écologique massive
L'exploitation minière des terres rares figure parmi les activités industrielles les plus polluantes au monde. Le processus d'extraction et de raffinage nécessite des volumes considérables de produits chimiques toxiques, notamment de l'acide sulfurique et de l'acide chlorhydrique. Selon le South China Morning Post, la collaboration sino-iranienne cible spécifiquement les gisements de la ceinture de Bafq, en Iran central, où les terres rares se concentrent dans l’apatite des dépôts de fer-oxyde.
Consommation d'eau et pollution hydrique dans la ceinture de Bafq
Le gisement d'Esfordi, au cœur de la ceinture de Bafq, contient 1,2% de terres rares totales dans un concentré de phosphate existant. Les études de laboratoire ont démontré un taux de récupération de 84 à 86% pour le cérium, le lanthane, le néodyme et l'yttrium. Mais transposer ces résultats à l'échelle industrielle impliquerait une consommation d'eau astronomique dans une région déjà soumise à un stress hydrique sévère. L'Iran connaît une crise de l'eau chronique, avec des nappes phréatiques en chute libre et des rivières asséchées. Ajouter une industrie extractive gourmande en eau risque d'aggraver dramatiquement la situation.
Émissions de carbone et consommation énergétique du traitement
La séparation des terres rares exige des températures élevées et des processus chimiques complexes. Produire un concentré mixte à 22,4% de terres rares, comme l'ont réussi les tests sur Esfordi, nécessite une énergie considérable. En Chine, principale productrice mondiale, l'extraction et le raffinage des terres rares génèrent environ 9 600 tonnes de CO2 par tonne de terres rares produites. L'Iran, dont le mix énergétique repose massivement sur les hydrocarbures, verrait son empreinte carbone s'alourdir significativement si une industrie extractive se développait sans contraintes environnementales strictes.
Risques de contamination en Iran : précédents et régulation
L'absence de réserves commerciales déclarées en Iran révèle un vide réglementaire préoccupant. Contrairement aux pays occidentaux où les projets miniers subissent des évaluations environnementales rigoureuses, l'Iran ne dispose pas de standards équivalents pour encadrer l'extraction des terres rares. Selon l'analyste REEx, « la géologie est réelle, l’économie n’est pas prouvée ». Mais l’écologie, elle, reste totalement absente du débat.
Absence de standards environnementaux stricts : un risque pour les écosystèmes locaux
Les gisements de Bafq, notamment Chadormalu, Choghart et Esfordi, se situent dans des zones arides où les écosystèmes fragiles dépendent d'équilibres hydriques précaires. L'extraction minière génère des résidus acides qui peuvent contaminer les sols et les nappes phréatiques pendant des décennies. En Chine, les zones minières de terres rares à Baotou ont laissé des lacs toxiques de déchets radioactifs s'étendant sur plusieurs kilomètres carrés. Sans cadre réglementaire contraignant, l'Iran pourrait reproduire ces catastrophes environnementales à grande échelle.
Impact sur les communautés locales et la sécurité alimentaire
La contamination des eaux souterraines menace directement la sécurité alimentaire des populations locales. Dans la province de Yazd, où se trouve la ceinture de Bafq, l'agriculture repose sur des systèmes d'irrigation millénaires alimentés par des nappes phréatiques déjà surexploitées. L'introduction de métaux lourds et de produits chimiques dans ces réserves d'eau compromettrait la viabilité des cultures et la santé des habitants. Les précédents chinois montrent des taux de cancers et de malformations congénitales anormalement élevés dans les zones minières de terres rares.
Cet article Terres rares : la Chine va prospecter en Iran est apparu en premier sur Green et Vert.
Source: www.greenetvert.fr
