Avec le retour des vacanciers sur les côtes, les opérations de nettoyage se multiplient. Si entre 2015-2016 et 2020-2021, le nombre de déchets recensés sur les littoraux européens a diminué de 29 %, l’Union européenne comptait encore, en moyenne, 203 objets pour 100 mètres de plage, soit plus de dix fois le seuil de 20 objets considéré comme acceptable. En Méditerranée, malgré une baisse de 38 %, le niveau reste supérieur à la moyenne européenne.
Les ramassages empêchent une partie des déchets de poursuivre leur route vers la mer. Mais ils ne règlent que l’extrémité visible du problème. Retirer une bouteille ou une barquette du sable ne dit rien de ce qu’il adviendra ensuite. Selon sa composition, sa couleur ou la présence d’autres matériaux, le déchet pourra être recyclé, dégradé dans un usage moins exigeant, incinéré ou éliminé.
L’Europe a pourtant accru son outil industriel. Sa capacité de recyclage mécanique est passée de 6 millions de tonnes en 2017 à plus de 13 millions en 2023. Mais les matières plastiques secondaires produites en Europe ne représentaient encore que 12,1 % de la consommation totale en 2022. Entre le déchet collecté et la matière réellement réintroduite dans un produit, la boucle reste loin d’être fermée.
Quand le recyclage mécanique atteint ses limites
Le recyclage mécanique demeure la voie la plus mature. Il fonctionne bien pour des flux propres, homogènes et correctement triés. Les difficultés commencent avec les plastiques colorés, souillés, multicouches ou associés à d’autres matières. La qualité peut aussi diminuer au fil des cycles, ce qui limite le retour vers certains usages exigeants.
Pour pallier ces déficits, d’autres technologies commencent à émerger. L’entreprise clermontoise Carbios développe notamment un procédé de biorecyclage enzymatique du PET, utilisé dans les bouteilles, les barquettes et le polyester textile. Au lieu de simplement broyer et refondre la matière, une enzyme la décompose jusqu’à ses deux composants moléculaires d’origine. Après purification, ceux-ci peuvent servir à produire un PET de qualité comparable à une matière vierge.
Il y a quelques jours, l’entreprise française a annoncé que son procédé pouvait être étendu aux déchets textiles complexes. Une solution qui pourrait répondre à l’explosion du nombre de déchets textiles causé notamment par le succès des plateformes de fast fashion, dans le viseur du législateur. Aujourd’hui, ces produits saturent les réseaux de collecte et de seconde main qui finissent par les refuser. Résultat, beaucoup se retrouvent à la poubelle après quelques usages seulement.
Réduction des usages et prévention
Malgré tout, le recyclage enzymatique n’a pas vocation à remplacer toutes les autres solutions. Réduction des usages inutiles, réemploi et écoconception doivent rester prioritaires lorsqu’ils sont possibles. « Nous savons que le recyclage seul ne mettra pas fin à la pollution plastique », rappelle Jyoti Mathur-Filipp, du Programme des Nations unies pour l’environnement. Agir sur un seul maillon ne suffit pas. Il faut revoir l’ensemble du cycle de vie.
Les procédés avancés peuvent compléter cet arsenal pour des déchets qui échappent aujourd’hui aux boucles de qualité. Encore faut-il les intégrer dans un système industriel cohérent. Une usine ne fonctionne pas sans centres de tri capables de lui fournir la bonne matière. Un recyclat ne trouve pas sa place sans industriels prêts à l’acheter. Les marques doivent donc sécuriser des volumes et s’engager sur des contrats suffisamment longs pour rendre les investissements finançables.
La réglementation européenne peut créer une demande et imposer davantage de matière recyclée. Elle ne construit toutefois ni les lignes de tri, ni les unités de préparation, ni les usines. Elle ne garantit pas non plus que la matière produite en Europe restera compétitive face au plastique vierge ou à des recyclats importés.
La pollution plastique ne se résoudra donc pas uniquement par des opérations de nettoyage estivales. Celles-ci restent indispensables, mais elles interviennent lorsque le déchet a déjà échappé au système. Une plage durablement propre se joue bien plus tôt : dans la conception des produits, l’organisation de la collecte, le choix du procédé adapté à chaque flux et la capacité à redonner une valeur industrielle aux matières récupérées.
Cet été, le succès ne se mesurera pas seulement au nombre de déchets ramassés sur le littoral, mais à la part de ceux qui pourront redevenir des ressources.
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Source: www.greenetvert.fr
