Le glacier du Khumbu sur le Mont Everest s’amincit désormais deux fois plus vite qu’il y a dix ans. Bien que le changement climatique mondial reste le principal facteur, une étude met en lumière l’impact des activités humaines locales, notamment l’urine des 2 127 alpinistes qui escaladent le Mont Everest chaque saison. Cela souligne la vulnérabilité des écosystèmes montagnards.
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L'Himalaya et le réchauffement climatique : fonte rapide du glacier du Khumbu
Le Mont Everest pâtit gravement des effets du réchauffement climatique. Khim Lal Gautam, géoscientifique au Département de topographie du Népal, indique que le glacier du Khumbu subit une dégradation accélérée.Des images satellites thermiques analysées de 1991 à 2023 révèlent une rupture marquée dès 2009, depuis laquelle le rythme de fonte des glaces a presque doublé, modifiant progressivement le paysage glaciaire de l'Himalaya.
Le camp de base, situé à 5 364 mètres d'altitude, repose directement sur le glacier. La hausse des températures fragilise la glace millénaire, augmentant les risques d'avalanches et rendant l'accès à la chute de glace du Khumbu plus dangereux chaque année.
La fonte rapide du glacier menace directement les populations en aval, dont l'approvisionnement en eau potable dépend du Khumbu. Son recul perturbe l'équilibre hydrique régional et remplit dangereusement les lacs glaciaires, entraînant des inondations dévastatrices au Népal et au Tibet.
L'ensemble de l'écosystème alpin est en péril. La biodiversité, déjà limitée par l'altitude, subit des changements brusques. Les espèces adaptées au froid perdent leur habitat, et la déstabilisation géologique accroît les glissements de terrain. L'Himalaya devient un exemple concret de la vulnérabilité écologique face au changement climatique.
L'urine des alpinistes : reflet de la fragilité des glaciers
L'étude publiée dans Regional Environmental Change évalue pour la première fois l’impact thermique direct du tourisme. Lors de la saison d’ascension 2023, environ 6 000 litres d’urine ont été déversés chaque jour sur le glacier. Sur 50 jours, les 2 127 touristes et leurs guides ont produit 338 299 litres au total, provoquant une fonte localisée de 154 tonnes de glace par saison.
Ce chiffre représente toutefois seulement 5 à 6% de la fonte totale du glacier. L'activité humaine au camp, incluant l'utilisation de gaz et de carburants, peut entraîner la fonte de jusqu'à 2 492 tonnes de glace et neige par saison. Cependant, le changement climatique reste le principal facteur de cette dégradation. Les chercheurs soulignent que l'urine est un indicateur, pas la cause principale.
Kenton Cool, alpiniste britannique ayant gravi le Mont Everest vingt fois, observe une transformation radicale du site : « Au début, les déchets étaient un sous-produit regrettable. Aujourd'hui, on ne peut plus les ignorer. » Cela illustre l’importance de chaque activité humaine dans la pression sur les écosystèmes fragiles.
L'étude népalaise montre que les gestes quotidiens, multipliés par des milliers de visiteurs, ont un impact environnemental significatif. Elle rappelle que la transition écologique doit concerner à la fois les causes structurelles (émissions de gaz à effet de serre) et les impacts locaux (gestion durable du tourisme).
Vers un alpinisme durable : préserver l'écosystème du Khumbu
Les chercheurs du Département de topographie du Népal recommandent de déplacer le camp de base vers un lieu sans glace pour réduire la fonte d'origine humaine et encourager des pratiques d'alpinisme durable. Ce projet intéresse les autorités népalaises, conscientes que la préservation du glacier est essentielle pour l’attractivité future du site.
Installer le camp sur un terrain rocheux stable réduirait considérablement l'empreinte thermique directe, protégeant également les alpinistes des risques croissants liés à l'instabilité glaciaire. Le Népal a déjà montré sa capacité à instaurer des régulations environnementales, comme l'interdiction du plastique à usage unique dans la région de l'Everest.
Au-delà du déplacement géographique, il est essentiel de repenser le modèle touristique. Le camp de base, devenu une ville temporaire avec wifi, douches chauffées et bars à espresso, génère une consommation énergétique incompatible avec la fragilité du milieu.
Limiter le nombre de visiteurs, imposer des normes énergétiques strictes aux expéditions commerciales et développer des infrastructures à faible impact sont des pistes explorées par le Sagarmatha Pollution Control Committee. La rentabilité économique du tourisme d'altitude ne doit plus primer sur la préservation écologique. L'Everest symbolise désormais la nécessité d'un équilibre entre accessibilité touristique et responsabilité environnementale.
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Source: www.greenetvert.fr
