Moustique-tigre : les lâchers de mâles stériles peuvent-ils vraiment freiner sa prolifération ?
Le principe est simple : seuls les moustiques femelles piquent pour se nourrir de sang et transmettre d'éventuels virus. Les mâles, eux, sont inoffensifs. Or les femelles ne s'accouplent qu'une seule fois au cours de leur vie. En relâchant dans la nature des mâles rendus stériles grâce à des rayons X, les chercheurs espèrent que ceux-ci s'accoupleront avec les femelles sauvages. Résultat : les œufs pondus sont inféconds et aucune nouvelle génération ne voit le jour.
Depuis 2025, la Ville de Montpellier mène cette expérimentation dans le quartier résidentiel de Malbosc, particulièrement favorable au développement du moustique-tigre. Deux lâchers hebdomadaires de 100 000 mâles stériles sont réalisés sur une trentaine de points de dispersion, soit 200 000 insectes relâchés chaque semaine sur une cinquantaine d’hectares.
L'opération est conduite par la start-up montpelliéraine Terratis, spécialisée dans la Technique de l'Insecte Stérile (TIS), en partenariat avec la municipalité, la Métropole de Montpellier et l’Institut de recherche pour le développement (IRD), chargé d’évaluer les résultats.
" En 2025, nous avons démarré l’expérimentation tard, à la fin août. Et nous avons obtenu des résultats encourageants avec 40 % d’œufs stériles décomptés dans nos 78 pièges pondoirs dispersés dans le quartier de Malbosc", a déclaré Frédéric Simard, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) à Reporterre. « Cela signifie que nous avons dans l’environnement 40 % de petites bombes à retardement en moins. Nous espérons un effet rebond encore supérieur l’an prochain en ayant débuté les lâchers début avril ».
Table des matières
Une technique ciblée et sans insecticide
Contrairement aux traitements chimiques utilisés lors d’épisodes épidémiques, cette méthode repose sur un contrôle biologique de la reproduction du moustique. Elle ne nécessite pas de pulvérisation d’insecticides, dont certains à base de pyréthrinoïdes sont régulièrement critiqués pour leurs effets sur la biodiversité et les insectes non ciblés.
L'élevage des moustiques est réalisé dans les locaux de Terratis, où près de 1,5 million de mâles sont produits chaque semaine. Après leur élevage, les femelles sont séparées des mâles grâce à un système automatisé, puis seuls les mâles sont stérilisés pendant une dizaine de minutes sous rayons X avant d’être relâchés dans les quartiers ciblés.
L'entreprise prévoit d'augmenter rapidement sa capacité de production afin de répondre aux demandes croissantes de collectivités confrontées à la progression du moustique-tigre.
Une réponse au changement climatique
Originaire d'Asie, le moustique-tigre s'est progressivement installé sur une grande partie du territoire français. Le réchauffement climatique favorise désormais sa survie et son extension.
Contrairement aux moustiques traditionnels, il se reproduit principalement en milieu urbain. Quelques centilitres d'eau stagnante dans une coupelle de fleurs, un seau ou une gouttière suffisent à accueillir ses larves. Après l'hiver, les œufs éclosent au printemps, donnant naissance à une nouvelle génération particulièrement active entre mai et octobre.
Le moustique-tigre est également un vecteur potentiel de plusieurs maladies tropicales. Lorsqu’une femelle pique une personne infectée, elle peut transmettre le virus à plusieurs autres individus au cours de sa vie.
Une méthode efficace mais insuffisante seule
Malgré les résultats encourageants, les chercheurs insistent sur les limites de cette stratégie. Les moustiques ne se déplacent généralement pas au-delà de 150 mètres, ce qui impose des lâchers très réguliers et sur des zones précisément ciblées.
Surtout, la lutte contre le moustique-tigre passe avant tout par la suppression des lieux de ponte. Éliminer leseaux stagnantes dans les jardins, sur les terrasses ou les balcons reste le moyen le plus efficace de limiter durablement sa prolifération.
À lire aussi : Des moustiques pour sauver l’été, c’est le pari de cette start-up
La municipalité de Montpellier combine ainsi les lâchers de mâles stériles avec des campagnes de sensibilisation menées auprès des habitants. Un dispositif qui représente un investissement coûteux.
Une expérimentation qui fait des émules
L'expérience montpelliéraine inspire déjà d'autres collectivités. En 2026, Brive-la-Gaillarde, Toulouse et Mions ont lancé à leur tour des expérimentations similaires. À La Réunion, une variante de la technique est également testée : les mâles stériles sont à la différence imprégnés d'un insecticide afin d’augmenter leur efficacité.
Ces essais doivent encore être évalués sur plusieurs années pour mesurer leur impact à grande échelle. Si elle ne remplace pas les gestes de prévention des habitants, la technique des mâles stériles pourrait toutefois devenir un nouvel outil dans la lutte contre le moustique.
Source: www.linfodurable.fr
