Les fumées des incendies, un danger invisible qui menace bien au-delà des flammes
Alors que les incendies qui ravagent la Gironde sont à peine fixés, l'agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine a recommandé de limiter les sorties, de garder les fenêtres fermées et de porter un masque FFP2 en cas d’exposition aux fumées. Des gestes utiles, mais qui ne suffisent pas toujours à se protéger.
Les incendies de forêt libèrent en effet, un mélange complexe de gaz et de particules. Le premier danger à proximité immédiate des flammes est le monoxyde de carbone. Invisible, inodore et extrêmement toxique, il peut provoquer maux de tête, vertiges, perte de connaissance, voire être mortel en cas d’exposition importante. Contrairement à une idée reçue, les masques FFP2 ne protègent pas contre ce gaz.
Mais le principal risque sanitaire provient des particules fines issues de la combustion des végétaux, ainsi que des habitations, véhicules ou matériaux industriels détruits par les flammes. Ces particules microscopiques pénètrent profondément dans les poumons avant de passer dans la circulation sanguine.
Selon une étude d'Oxfam publiée en juin, les incendies de 2022 ont émis quatre fois plus de particules fines que l’ensemble des poids lourds circulant en France métropolitaine et en Corse. L’association estime que cette pollution serait responsable d’environ 2 800 décès prématurés chaque année.
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Des effets qui se ressentent à des centaines de kilomètres
Contrairement aux idées reçues, il n'est pas nécessaire de vivre à proximité d'unincendie pour être exposé. Les fumées peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres selon les vents.
En 2022, les conséquences des incendies de Gironde et des Landes ont ainsi été ressenties jusque dans les Yvelines. Les particules fines restent en suspension plusieurs jours, voire plusieurs semaines, dégradant durablement la qualité de l'air.
Les cendres et la suie ne contaminent pas seulement l'atmosphère. Elles peuvent également se déposer sur les sols, les cultures ou les ressources en eau, avec des effets encore mal connus sur la chaîne alimentaire.
Toux, irritations et aggravation des maladies chroniques
Les premiers symptômes apparaissent rapidement après une exposition :
- irritation des yeux, du nez et de la gorge ;
- larmoiements ;
- toux persistante ;
- gêne respiratoire ;
- sifflements ;
- sensation d'oppression thoracique.
Chez les personnes souffrant déjà d'asthme ou de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), les fumées peuvent déclencher des crises sévères nécessitant une hospitalisation.
Au CHU de Bordeaux, une partie importante des lits ouverts dans le cadre du plan blanc a accueilli des patients présentant des complications respiratoires liées aux incendies.
Les particules fines ne touchent pas uniquement les poumons. Elles augmentent également le risque d'infarctus et d’accident vasculaire cérébral (AVC), parfois plusieurs jours après l’exposition.
Certaines catégories de population sont particulièrement exposées :
- les nourrissons et jeunes enfants ;
- les personnes âgées ;
- les femmes enceintes ;
- les personnes souffrant de maladies respiratoires ou cardiovasculaires ;
- les personnes immunodéprimées ou atteintes de maladies chroniques.
Un impact sur la santé mentale
Les incendies ne laissent pas uniquement des séquelles physiques.
Dans un avis publié en juin, l'Anses rappelle que les évacuations, la perte du logement, les alertes répétées, la couverture médiatique ou encore la peur des flammes peuvent provoquer un stress post-traumatique, de l’anxiété ou des troubles psychologiques durables.
À mesure que les épisodes de mégafeux deviennent plus fréquents sous l'effet du changement climatique, ces conséquences pourraient concerner un nombre croissant de personnes.
Comment se protéger ?
Les autorités sanitaires recommandent plusieurs gestes simples :
- éviter les activités physiques en extérieur lorsque les fumées sont présentes ;
- rester à l'intérieur en fermant portes et fenêtres ;
- couper temporairement la ventilation mécanique si les fumées pénètrent dans le logement ;
- porter un masque FFP2 pour limiter l'inhalation des particules fines, tout en gardant à l'esprit qu'il ne protège pas contre les gaz toxiques comme le monoxyde de carbone ;
- nettoyer les dépôts de cendres avec des lingettes ou des serpillières humides plutôt qu'en balayant ou en utilisant un aspirateur, afin d'éviter de remettre les particules en suspension.
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En cas de maux de tête importants, vertiges, difficultés respiratoires ou aggravation d'une maladie chronique, il est recommandé de consulter rapidement un professionnel de santé.
Les scientifiques soulignent que les connaissances sur les effets à long terme des fumées d'incendies restent encore limitées. Mais une certitude s'impose : avec l'augmentation des surfaces brûlées sous l'effet du réchauffement climatique, l’exposition des populations à cette pollution devrait devenir de plus en plus fréquente.
Les fumées des incendies constituent ainsi un risque sanitaire qui dépasse largement les zones directement touchées par les flammes, rappelant que les conséquences des mégafeux se mesurent autant dans l’air que l’on respire que dans les hectares partis en fumée.
Source: www.linfodurable.fr
