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Un objectif jugé trop ambitieux face à un marché toujours marginal
L’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) et l’organisation des équipementiers CLEPA estiment que la part actuelle de l’électrique reste très insuffisante pour espérer une bascule complète d’ici dix ans. Selon Reuters, les véhicules électriques ne représentent que 15 % des ventes de voitures neuves et 9 % des camionnettes dans l’Union européenne. Ces chiffres traduisent un rythme de progression jugé trop lent par rapport aux ambitions affichées par Bruxelles. Le journal Sud Ouest rapporte ainsi que l’industrie automobile considère l’objectif de 2035 comme «inatteignable ».
Les responsables de grands groupes, comme Mercedes-Benz ou l’équipementier Schaeffler, expliquent que l’Union européenne n’a pas pris suffisamment en compte la réalité des chaînes de production et la diversité des marchés nationaux. Derrière cette contestation, il ne s’agit pas d’un refus de la transition, mais d’une alerte sur la disproportion entre la vitesse imposée et les capacités industrielles réelles.Comme le souligne El País, le secteur demande à Bruxelles de « recalibrer » ses ambitions, jugeant que la date de 2035 « n’est pas viable ».
L'Europe en retard sur les bornes de recharge
Au-delà des volumes de ventes, les difficultés résident dans l’écosystème nécessaire pour généraliser l’électrique. Le premier obstacle tient au réseau de bornes de recharge. Si certaines capitales avancent rapidement, une grande partie de l’Europe reste en retard, freinant l’adoption par le grand public. L’ACEA insiste sur le besoin d’investissements massifs pour accompagner la montée en puissance des ventes. Deuxième verrou : la dépendance de l’Europe aux batteries importées d’Asie. Aujourd’hui, la Chine domine largement la production mondiale et alimente une grande partie des constructeurs européens. Cette dépendance fragilise la souveraineté industrielle et pose un risque stratégique, surtout dans un contexte de tensions géopolitiques.
Comme l’a souligné Business Insider, le patron de BMW a déjà mis en garde contre le danger d’une Europe «encore plus dépendante » de la Chine si l’échéance de 2035 était maintenue sans filet. Troisième difficulté : le coût. Les voitures électriques restent nettement plus chères à produire, et donc à acheter, que leurs équivalents thermiques. Malgré les aides publiques, une large partie des consommateurs reste exclue du marché. De plus, l’énergie en Europe est souvent plus chère que chez ses concurrents internationaux, pénalisant l’industrie locale. Enfin, le contexte politique extérieur pèse lourd. Les États-Unis envisagent de renforcer leurs droits de douane sur les importations de véhicules, ce qui affecterait directement les exportations européennes. Ces incertitudes nourrissent les inquiétudes de l’industrie, déjà fragilisée par la baisse du diesel et la transition forcée vers le zéro émission.
Appels à plus de flexibilité réglementaire, sans abandon de l’objectif 2050
Si les constructeurs jugent irréaliste le tout électrique dès 2035, ils réaffirment leur attachement à l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. L’ACEA et la CLEPA ne plaident donc pas pour un abandon, mais pour un assouplissement. Ils proposent notamment de considérer une moyenne pluriannuelle des émissions CO2, plutôt qu’un seuil fixe chaque année, afin de donner de la visibilité aux industriels. Ils souhaitent également que l’Europe garde la porte ouverte à des alternatives comme les hybrides rechargeables, les carburants synthétiques et l’hydrogène, qui pourraient jouer un rôle d’appoint dans la décarbonation. Pour l’industrie, il s’agit d’élargir la palette technologique plutôt que d’imposer une solution unique.
Ces propositions s’accompagnent d’un plaidoyer pour une meilleure cohérence politique. Selon El País, les industriels demandent un « plan réaliste » tenant compte à la fois des capacités des usines, de l’approvisionnement en matières premières et du rythme d’installation des bornes. Le débat dépasse l’industrie : selon une étude relayée par Reuters le 7 juillet 2025, abandonner l’objectif de 2035 pourrait coûter jusqu’à 1 million d’emplois dans l’Union européenne. À l’inverse, le maintien de l’échéance pourrait générer des opportunités économiques, mais à condition que les conditions d’accompagnement soient au rendez-vous.
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Source: www.greenetvert.fr