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Une perturbation du cycle hydrique déclenchée par la déforestation
L’Amazonie, soumise à une déforestation massive, perd sa capacité à générer ses propres pluies. Les scientifiques cités s’appuient sur quarante ans de données satellitaires, climatiques et hydriques. Leur constat est sans équivoque : « La disparition accélérée des arbres en Amazonie interrompt un cycle hydrique vital, affectant les régimes de pluie à grande échelle », peut-on lire dans Sciences et Vie. Ce phénomène s’explique par un processus clé : l’évapotranspiration. En transpirant, les arbres relâchent dans l’atmosphère une quantité colossale de vapeur d’eau qui favorise la formation de nuages et, in fine, les précipitations.
Ce mécanisme alimente les fameuses « rivières volantes », ces flux invisibles qui transportent l’humidité sur des milliers de kilomètres au-delà de la canopée, notamment vers le sud du Brésil et le bassin du Río de la Plata. Quand la forêt recule, ce fleuve atmosphérique s’assèche. Dans le sud de l’Amazonie, les pluies annuelles ont chuté jusqu’à 11 % au cours des dernières décennies, selon une étude de Nature Communications de janvier 2026. Cet assèchement marqué concerne des régions particulièrement touchées par la déforestation. Une situation alarmante d’autant plus que ces zones sont des foyers actifs de déforestation.
L’Amazonie, réservoir climatique menacé d’un point de bascule
La perte forestière n’est pas qu’un enjeu local. Elle menace l’ensemble du système climatique régional. Entre 2002 et 2015, les données analysées par l’équipe du professeur Spracklen à l’université de Leeds (Mongabay, 2025) ont démontré que la déforestation dans le sud de l’Amazonie a réduit les pluies de saison sèche de plus de 5 %. Pire,cette tendance s’accélère : certaines modélisations attribuent jusqu’à 75 % du recul des précipitations à la seule déforestation dans les zones les plus touchées. Les conséquences sont multiples. D’abord hydrologiques : les sols appauvris en matière organique absorbent moins l’eau, réduisant la recharge des nappes phréatiques.
Ensuite, agricoles : les régimes de pluie devenant imprévisibles, l’agriculture brésilienne, notamment le soja et l’élevage, est directement menacée. Enfin, climatiques : une baisse des précipitations, combinée à une hausse des températures locales, renforce le stress hydrique sur la végétation restante, accélérant sa mortalité. C’est un cercle vicieux. Plus grave encore, plusieurs études alertent sur un seuil critique. En franchissant un certain degré de déforestation, estimé entre 20 et 25 % du couvert forestier initial, selon Nature Communications, l’Amazonie pourrait ne plus parvenir à maintenir son cycle de pluies, et se transformer durablement en savane sèche. Une rupture irréversible.
Un effondrement systémique en chaîne : du local au global
Le dérèglement hydrique ne s’arrête pas aux frontières de la forêt. Car les rivières volantes amazoniennes irriguent une large part de l’Amérique du Sud, notamment les zones agricoles d’Argentine, du Paraguay et du Brésil sud-est. En mettant en péril ce système, la sécheresse en Amazonie modifie la dynamique des pluies à l’échelle continentale, voire intercontinentale, selon les modèles couplés de circulation atmosphérique. De plus, les arbres amazoniens ne stockent pas seulement de l’eau, ils jouent un rôle majeur de puits de carbone, refroidissant ainsi le climat mondial. Leur disparition entraîne donc une double perte : hydrique et climatique.
L’Amazonie incarne un régulateur de stabilité planétaire. En affaiblissant son cycle de l’eau, on expose des millions de personnes à la sécheresse, à l’insécurité alimentaire et à la migration climatique. La forêt amazonienne approche d’un seuil critique au-delà duquel ses fonctions écologiques pourraient se dégrader de manière irréversible, si la déforestation et les pressions climatiques actuelles ne sont pas rapidement endiguées.
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Source: www.greenetvert.fr
