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Une fosse de 168 mètres pour la plus grande batterie de stockage européenne
À Laufenburg, dans le canton d’Argovie, une excavation titanesque de 27 mètres de profondeur prend forme. L’entreprise FlexBase y creuse actuellement une fosse de 168 mètres de long et 79 mètres de large, soit l’équivalent de deux terrains de football. Cette infrastructure souterraine accueillera l’une des plus puissantes batteries de stockage électrique au monde, une réponse technologique directe à l’intermittence des énergies renouvelables.
L'Europe multiplie les installations solaires et éoliennes pour s'affranchir des combustibles fossiles, mais cette transformation révèle une difficulté majeure : contrairement aux centrales conventionnelles, ces sources d’énergie produisent selon les caprices météorologiques, non selon les besoins des consommateurs. Une journée ensoleillée génère d’importants surplus électriques, tandis qu’une soirée d’hiver froide et sans vent provoque des tensions critiques sur le réseau.
Une puissance égale à la plus grande centrale nucléaire suisse
Les chiffres du projet impressionnent. Selon FlexBase, la batterie disposera d’une capacité de stockage supérieure à 2,1 gigawattheures et pourra délivrer une puissance de plus de 1,2 gigawatt. Cette puissance égale celle de la centrale nucléaire de Leibstadt, la plus importante de Suisse. Marcel Aumer, cofondateur de FlexBase, précise dans le journal télévisé de RTS : « Nous pouvons injecter ou absorber en quelques millisecondes jusqu’à 1,2 gigawatt d’électricité. »
Une fois achevée, l'installation pourra fournir l'électricité nécessaire à 210 000 foyers pendant une journée complète. La première phase permettra d'atteindre 1,5 gigawattheure avant une extension progressive vers l'objectif final. L'exploitant du réseau électrique à très haute tension Swissgrid prévoit de s'y raccorder, une première en Suisse.
La révolution des batteries à flux redox au vanadium
Loin des batteries lithium-ion des véhicules électriques, la technologie retenue repose sur les batteries à flux redox au vanadium. Dans ce système, l'énergie n’est pas stockée dans des électrodes solides mais dans des électrolytes liquides conservés dans de vastes réservoirs. Lors de la charge, l’électricité se convertit en énergie chimique au sein de ces liquides composés à 75 % d’eau.
Cette architecture présente des avantages décisifs pour les applications de grande échelle. Alors que les batteries conventionnelles deviennent rapidement coûteuses avec l'augmentation de capacité, les batteries à flux peuvent être agrandies en augmentant simplement le volume des réservoirs. Elles offrent également une stabilité exceptionnelle et une sécurité accrue, étant non inflammables et non explosives.
En mai 2026, FlexBase a sélectionné Invinity Energy Systems comme partenaire technologique. Marcel Aumer vante les qualités de cette solution : « sa sécurité, notamment son ininflammabilité, sa stabilité cyclique et sa flexibilité d’application ». Un enjeu crucial face aux problèmes de sécurité incendie des batteries lithium-ion classiques, moins aptes à dissiper la chaleur.
Un écosystème technologique complet
Le projet de Laufenburg dépasse le simple stockage d'énergie. Le site accueillera un centre de données dédié à l’intelligence artificielle, des laboratoires de recherche avancée, des espaces de bureaux pour entreprises technologiques et un réseau de chauffage urbain alimenté par la récupération thermique.
L'innovation la plus remarquable concerne la valorisation de la chaleur des serveurs informatiques. Au lieu d'être dissipée dans l'environnement, cette énergie thermique alimentera un réseau de chauffage urbain desservant Laufenburg et les communes environnantes. FlexBase estime que cette approche évitera près de 82 700 tonnes d’émissions de dioxyde de carbone sur trente ans.
Un investissement colossal au cœur de l'histoire énergétique européenne
L'investissement reflète l'ampleur du projet. Selon plusieurs estimations relayées par Swissinfo, le coût total pourrait atteindre entre 1 et 5 milliards de francs selon les phases de développement. Une fois opérationnel, le complexe générera près de 300 emplois dans l’énergie, le numérique, la recherche et l’ingénierie.
Le choix de Laufenburg n'est pas anodin. Cette ville occupe une place unique dans l'histoire énergétique européenne grâce à l'Étoile de Laufenburg, poste électrique considéré comme le berceau du réseau européen interconnecté. C'est ici qu'en 1958, les réseaux de la Suisse, de la France et de l’Allemagne ont été reliés pour la première fois à haute tension.
Rattraper le retard européen face à l'Asie
Gabriele Crivelli, porte-parole de Swissgrid, souligne l'importance stratégique de ces installations : « Les grandes batteries peuvent stocker l'énergie quand il y en a beaucoup et en relâcher quand on en a besoin. Dans le futur, avec une production éolienne qui va fluctuer selon la météo, avoir cette flexibilité peut aider à stabiliser le réseau. »
Marcel Aumer reconnaît le retard européen : « Le marché asiatique, avec le Japon en tête, a considérablement développé cette technologie. Aujourd'hui, le Japon, la Chine et la Corée du Sud ont environ sept ans d'avance sur nous Européens. » Cette installation pourrait contribuer à combler ce fossé technologique, notamment dans un contexte où les enjeux environnementaux deviennent prioritaires.
La mise en service est prévue pour 2029. Au fond de cette excavation géante creusée dans le sol argovien, FlexBase construit bien plus qu'une simple batterie. L’entreprise participe à l’émergence d’un nouveau modèle énergétique où stockage, intelligence artificielle et valorisation thermique convergent pour rendre les réseaux électriques plus résilients. Cette innovation majeure pourrait transformer la gestion des énergies renouvelables à l’échelle européenne et positionner définitivement la Suisse comme leader technologique dans la transition énergétique mondiale.
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Source: www.greenetvert.fr
