Le 29 juin 2026, à l’Élysée, EDF a décroché un contrat de 3 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros) pour développer la première station de transfert d’énergie par pompage du sultanat d’Oman. Parallèlement, Suez a signé un accord de 2 milliards d’euros sur 15 ans pour gérer l’eau potable et l’assainissement de 2,3 millions d’habitants, soit 43 % de la population du pays. Ces annonces, saluées comme des victoires industrielles pour la France, soulèvent pourtant une question brûlante : peut-on vraiment qualifier ces projets d’écologiques quand ils s’implantent dans l’un des pays les plus arides au monde ? Entre stockage d’énergie renouvelable et consommation d’eau en zone désertique, entre gestion de l’eau potable et privatisation d’une ressource vitale, le paradoxe mérite examen.
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Transition énergétique omanaise : la station de pompage-turbinage, solution ou faux-ami ?
Pourquoi Oman a besoin de stocker l'énergie : solaire croissant et équilibre du réseau
Le sultanat d'Oman mise massivement sur le solaire photovoltaïque pour diversifier son mix énergétique, longtemps dominé par les hydrocarbures. Avec un ensoleillement exceptionnel, le pays vise à produire plusieurs gigawatts d'électricité renouvelable d'ici 2030. Problème : le solaire est intermittent. La production s’effondre après le coucher du soleil, alors que la demande en climatisation explose en soirée dans un pays où les températures dépassent régulièrement 45 °C. Pour équilibrer l’offre et la demande, Oman a besoin de stocker l’énergie produite en journée et de la restituer aux heures de pointe.
La station de transfert d'énergie par pompage (STEP) du barrage de Wadi Daysat, située à 90 kilomètres au sud de Mascate, doit répondre à cet enjeu. Avec une capacité de stockage de 2 gigawatts, elle permettra de pomper l'eau vers un réservoir supérieur lorsque l'électricité solaire abonde, puis de turbiner cette eau pour produire de l'électricité à la demande. Sur le papier, la technologie semble parfaite : elle valorise les surplus renouvelables et stabilise le réseau sans émettre de CO₂.
Le pompage-turbinage : technologie propre ou consommatrice d'eau en zone désertique ?
Pourtant, la STEP cache une réalité moins reluisante. Contrairement aux barrages hydroélectriques classiques, qui exploitent des cours d'eau naturels, les stations de pompage fonctionnent en circuit fermé : l'eau monte et descend entre deux réservoirs artificiels. En théorie, la consommation nette d'eau reste limitée. En pratique, l'évaporation dans un climat désertique comme celui d'Oman pose un défi majeur. Les pertes par évaporation peuvent atteindre plusieurs millions de mètres cubes par an, une quantité considérable dans un pays où l'eau potable provient à 86 % du dessalement de l'eau de mer, un processus énergivore et coûteux.
Aucune donnée officielle n'a été communiquée sur le bilan hydrique du projet EDF. Selon plusieurs études internationales sur des installations similaires au Moyen-Orient, une STEP de 2 GW peut nécessiter entre 10 et 20 millions de mètres cubes d'eau pour le remplissage initial, puis perdre entre 5 et 10 % de ce volume annuellement par évaporation. Dans un contexte de stress hydrique croissant, où Oman importe déjà massivement de l’eau dessalée, l’empreinte hydrique de la station interroge. Le projet sera-t-il alimenté par de l’eau dessalée, elle-même produite par des centrales thermiques polluantes ? Ou puisera-t-il dans des nappes phréatiques déjà surexploitées ? Les réponses manquent.
L'eau, ressource critique : le contrat Suez comme enjeu de durabilité
2,3 millions d'habitants desservis : comment gérer l'eau potable dans un contexte de stress hydrique
Le contrat signé par Suez le même jour ajoute une couche de complexité. L'entreprise française gère désormais l'eau potable et l'assainissement de Mascate et des gouvernorats de Sharqiyah Nord et Sharqiyah Sud, soit 43 % de la population omanaise. Xavier Girre, directeur général de Suez, a qualifié ce contrat de « top 3 de l'histoire de Suez », soulignant l’ampleur de l’infrastructure à gérer : 240 puits industriels, 10 700 kilomètres de canalisations et 470 000 mètres cubes d’eau potable distribués quotidiennement.
Mais Oman fait face à un défi structurel : le pays consomme plus d'eau qu'il n'en reçoit naturellement. Les précipitations annuelles moyennes ne dépassent pas 100 millimètres dans la majeure partie du territoire. Les nappes phréatiques s'épuisent, tandis que la demande en eau explose sous l'effet de la croissance démographique et du développement économique. Le dessalement couvre la majorité des besoins, mais il représente un coût énergétique et financier colossal. Gérer l'eau potable dans ce contexte revient à jongler avec une ressource en voie de raréfaction.
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Source: www.greenetvert.fr
