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Une nécropole abyssale révèle les secrets des écosystèmes profonds
Dans les abysses de l’océan Indien, à plus de 5 000 mètres sous la surface, repose le plus vaste cimetière de baleines jamais documenté. Des scientifiques chinois ont découvert cette nécropole sous-marine exceptionnelle dans la zone Diamantina, à l’ouest de l’Australie. Étendue sur plus de 1 200 kilomètres, elle abrite les restes de 485 baleines fossiles et cinq carcasses récentes, offrant un aperçu inédit sur l’évolution des cétacés sur plusieurs millions d’années.
L'équipe dirigée par Xiaotong Peng de l'Académie chinoise des sciences a publié ses résultats dans la revue Nature le 19 juin 2026. Les chercheurs ont effectué 32 plongées à bord du submersible chinois Fendouzhe en 2023 pour explorer ce site extraordinaire, situé entre 5 000 et 7 000 mètres de profondeur.
Un oasis de vie dans les ténèbres abyssales
Loin du désert biologique que l'on imagine souvent dans les grands fonds, ce cimetière grouille de vie. Les carcasses de baleines nourrissent depuis des millions d’années un écosystème complexe peuplé de méduses, d’ophiures, de vers foreurs d’os et de mollusques bivalves. Peng Zhou, co-auteur de l’étude, confie à l’AFP que « les écosystèmes florissants que nous avons vus nous ont offert une perspective complètement différente sur l’environnement par ailleurs sombre et froid qu’est le plancher océanique ».
Certains fossiles remontent à plus de 5,3 millions d'années, témoignant de la persistance de ces « chutes de baleines » depuis l’ère pliocène. La concentration exceptionnelle s’explique par une géographie particulière : une zone d’alimentation privilégiée pour les cétacés combinée à une tranchée en forme de V qui canalise les carcasses vers les abysses.
Une nouvelle espèce éteinte parmi les trésors fossiles
La majorité des 485 fossiles appartiennent à la famille des baleines à bec (ziphiidés), incluant une espèce inconnue de la science et désormais éteinte. Stephen Godfrey, paléontologue américain interrogé par l'AFP, qualifie cette trouvaille de "découverte vraiment unique", la comparant à la première observation des sources hydrothermales en 1977.
L'analyse des crânes révèle que "les chutes de baleines se sont accumulées sur ce site de façon ininterrompue pendant au moins cinq millions d'années", précise Godfrey dans son commentaire publié dans Nature. En extrapolant leurs observations, les chercheurs estiment que plus de 10 millions de squelettes pourraient joncher les fonds marins de la zone Diamantina.
Un réservoir de carbone aux dimensions colossales
Au-delà de son intérêt paléontologique, ce cimetière sous-marin constitue un puits de carbone considérable. Xiaotong Peng calcule que "les tissus mous et les lipides contenus dans cette masse de carcasses représentent à peu près 6,7 millions de tonnes de CO2 piégé". Cette séquestration naturelle illustre le rôle méconnu des grands cétacés dans la régulation climatique planétaire.
Les implications dépassent largement le cadre local. Les scientifiques suggèrent l'existence d'autres sites similaires, notamment au large de l'Afrique du Sud et de la péninsule ibérique, identifiés grâce à des fossiles récupérés lors d'opérations de chalutage. Craig Smith, océanographe à l'Université d'Hawaï qui découvrit la première "chute de baleine » en 1987, souligne l’importance majeure de ces données pour « comprendre l’évolution des baleines et leur répartition au cours des temps géologiques ».
Des horizons scientifiques inexplorés
La découverte ouvre de nouvelles perspectives sur les écosystèmes profonds et leur évolution. Les organismes observés, dont certains demeurent inconnus de la science, pourraient révéler des adaptations uniques aux environnements extrêmes des abysses. L'étude de ces communautés biologiques permettra également de mieux comprendre les cycles biogéochimiques dans les grandes profondeurs océaniques.
Les recherches futures porteront sur la diversité génétique des organismes colonisant les carcasses, les processus de décomposition en milieu abyssal, l'impact de ces "oasis" sur la circulation des nutriments, et les liens évolutifs entre espèces anciennes et contemporaines. Comme le rapporte Anadolu Agency, Xiaotong Peng confie avoir été « stupéfait » par l’ampleur de la découverte : « L’étendue de la distribution, la profondeur et l’éventail des âges dépassent tout ce que nous avions imaginé ».
Ce cimetière sous-marin transforme notre vision des abysses, longtemps considérés comme des déserts biologiques, en révélant leur richesse insoupçonnée et leur rôle crucial dans l'équilibre des océans.
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Source: www.greenetvert.fr
