Le 21 octobre 2026, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) publie son rapport annuel, et le constat est brutal : la planète se dirige vers un réchauffement de 2,6 °C d’ici la fin du siècle. Trois semaines avant l’ouverture de la COP31 en Turquie, prévue du 9 au 20 novembre, l’alerte onusienne tombe comme un couperet. La trajectoire actuelle des émissions de gaz à effet de serre rend désormais impossible le respect de l’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris.
« Le monde ne peut plus éviter de dépasser la limite de 1,5 °C », déclare António Guterres lors de la présentation du rapport intitulé « The Point of Return ». L’objectif fixé en 2015 devient officiellement hors d’atteinte après des décennies d’action climatique insuffisante. Le secrétaire général de l’ONU précise toutefois qu’il ne faut pas « baisser les bras » pour autant.
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L'inaction politique aggrave le bilan
Les projections de 2026 se révèlent plus sombres que celles de l'année précédente, qui tablaient sur un réchauffement compris entre 2,3 °C et 2,5 °C. Plusieurs facteurs expliquent cette dégradation. Le retrait des États-Unis de l'accord de Paris, deuxième plus grand émetteur mondial de gaz à effet de serre, pèse lourdement dans la balance. Selon Takeshi Kuramoshi, l'un des scientifiques ayant contribué au rapport, la politique climatique de l'administration Trump conduira à elle seule à une hausse supplémentaire d'environ 0,1 °C d'ici la fin du siècle.
Les données préliminaires pour 2025 confirment la responsabilité américaine dans l'aggravation du bilan mondial. Parmi les six principaux émetteurs, seuls les États-Unis affichent une hausse marquée de leurs émissions entre 2024 et 2025. Sur les 189 millions de tonnes de dioxyde de carbone supplémentaires enregistrées en 2025 par 124 pays, environ 70 % proviennent du territoire américain, selon TBS News. L’augmentation américaine, chiffrée à 133 millions de tonnes d’équivalent CO₂, résulte d’une demande électrique croissante couplée à un rebond de la production d’électricité à partir du charbon.
Des engagements nationaux largement insuffisants
Même si l'ensemble des nations honoraient leurs engagements actuels de réduction des émissions, inscrits dans leurs contributions déterminées au niveau national (NDC), les températures mondiales dépasseraient de 2,6 °C les niveaux préindustriels à la fin du siècle. Sur la base des politiques actuellement mises en œuvre, sans tenir compte des promesses futures, le réchauffement pourrait atteindre 2,8 °C d'ici 2100, soit le double du niveau actuel estimé à 1,4 °C.
« Les plans climatiques nationaux et les politiques actuelles sont dangereusement insuffisants », souligne António Guterres. Les émissions de gaz à effet de serre, principalement liées à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, demeurent à des niveaux records en 2025. Une expansion continue du charbon alimente notamment la catastrophe en cours. La mise en œuvre intégrale des NDC ne conduirait qu’à une baisse de 5 à 8 % d’ici 2030 et de 11 à 15 % d’ici 2035, par rapport aux niveaux de 2025. Des réductions manifestement inadaptées à l’urgence de la situation.
Un retour sous 1,5 °C d'ici 2100 reste théoriquement possible
Malgré la gravité du diagnostic, le rapport du PNUE esquisse un scénario alternatif, qualifié de « dépassement minimal » du seuil de 1,5 °C. Dans ce scénario, le réchauffement culminerait entre 1,7 °C et 1,8 °C vers le milieu du siècle, avant de redescendre sous la barre des 1,5 °C d'ici 2100, avec une probabilité d'environ 50 %. Un pari audacieux qui nécessite toutefois des efforts considérables et immédiats.
Pour emprunter cette trajectoire, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient chuter de manière drastique : 18 % d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2025, 45 % d'ici 2035 et 69 % d'ici 2040. Anne Olhoff, auteure principale du rapport et directrice du Centre climatique du PNUE à Copenhague, insiste sur l'ampleur du défi : « Le moment décisif est arrivé ; c'est maintenant, et non plus tard. La fenêtre d'opportunité est en train de se refermer. » Concrètement, atteindre ces objectifs imposerait des taux de réduction annuels moyens de 5,7 % entre 2025 et 2035, supérieurs aux 5 % envisagés dans les précédents scénarios du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).
Washington regarde « l'incendie » et « verse davantage d'essence dessus »
Bill Hare, directeur général de Climate Analytics et scientifique australien spécialisé dans le climat, n'épargne pas la politique américaine : « Les États-Unis tentent désespérément de bloquer les énergies renouvelables tout en promouvant et subventionnant activement le charbon sale. Leur diplomatie cherche à inciter d'autres pays à reculer sur l'action climatique également. » Selon lui, Washington « regarde l'incendie, nie qu'il y ait un incendie, puis verse davantage d'essence dessus ».
L'impact du désengagement américain dépasse les seules frontières nationales. D'après Nature, ce recul pourrait exposer 140 millions de personnes supplémentaires à des températures dangereusement élevées et accroître le risque d’effondrement de la forêt amazonienne ainsi que des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique. Michael Mann, climatologue à l’université de Pennsylvanie, évalue le coût économique de ce réchauffement additionnel à environ 1 200 milliards de dollars au niveau mondial.
Chaque dixième de degré compte
Mohamed Adow, directeur de Power Shift Africa, organisation œuvrant à la mobilisation climatique en Afrique, rappelle la dimension humaine de ces projections : « Un dixième de degré supplémentaire peut sembler insignifiant, mais en termes climatiques, c'est énorme. Cela signifie davantage de canicules dangereuses, d'inondations destructrices, de récoltes perdues et de vies sacrifiées. » Les communautés africaines vulnérables, déjà en première ligne de la crise climatique, subiront de plein fouet les conséquences de cette inaction collective.
Les scientifiques avertissent que chaque fraction de degré au-delà de 1,5 °C amplifie la fréquence des événements météorologiques extrêmes et la probabilité de basculements irréversibles pour la planète. Du dépérissement des récifs coralliens à la fonte du pergélisol, en passant par l'intensification des sécheresses et des inondations, les impacts se multiplient. L'Europe a déjà connu durant l'été 2026 une série d'événements climatiques extrêmes particulièrement meurtriers, préfigurant ce qui pourrait devenir la nouvelle normalité. Les catastrophes écologiques se multiplient, de la Méditerranée au détroit d’Ormuz.
Des signes encourageants à amplifier massivement
Le tableau n'est toutefois pas uniformément noir. Depuis l'adoption de l'accord de Paris, la capacité mondiale en énergies renouvelables a progressé trois fois plus rapidement que prévu. Le déploiement de l'énergie solaire photovoltaïque s'est même accéléré sept fois plus vite qu'anticipé, porté par une chute spectaculaire des coûts. Si ces tendances se poursuivent et s'accompagnent de politiques renforcées, le monde pourrait tripler sa capacité en énergies renouvelables d'ici 2030 et augmenter la part de l'éolien et du solaire dans la production électrique jusqu'à des niveaux compatibles avec le scénario de dépassement minimal.
Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE, souligne la multiplication des réussites locales : « Nous disposons d'une multitude d'exemples montrant que les émissions peuvent être réduites rapidement. Il appartient désormais aux nations de mettre en place d'urgence des politiques déclenchant des réductions d'émissions rapides, profondes et durables. » Plus de 220 évaluations de politiques climatiques attestent de l'efficacité de certaines mesures. Dans le secteur électrique, les politiques évaluées ont permis de réduire les émissions de 9 % en moyenne, tandis que les instruments économiques comme les systèmes d'échange de quotas d'émission et les taxes carbone ont obtenu des réductions de 5 à 13 % selon les secteurs concernés.
Tripler les renouvelables ne suffira pas
Le rapport propose une évaluation préliminaire des extensions nécessaires des objectifs du bilan mondial à l'horizon 2035 et 2040, cohérentes avec le scénario de dépassement minimal. Concernant l'objectif de tripler la capacité en énergies renouvelables, une extension à 2035 impliquerait au minimum de tripler la capacité en électricité renouvelable et de réduire l'intensité énergétique primaire du PIB d'au moins 30 % par rapport aux niveaux de 2025. Pour 2040, ces estimations passent respectivement à au moins 4,5 fois et au moins 40 %.
S'agissant de la transition hors des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques, il faudrait réduire mondialement la part du charbon, du pétrole et du gaz dans l'approvisionnement énergétique total d'au moins 55 %, 15 % et 5 % d'ici 2035 par rapport à 2025. En 2040, ces réductions devraient atteindre respectivement au moins 75 %, 30 % et 35 %. Parallèlement, la production d'électricité à partir du charbon devrait chuter d'au moins 75 % en 2035 par rapport à 2025 et être effectivement supprimée à l'échelle mondiale d'ici 2040. Les émissions de méthane, puissant gaz à effet de serre, devraient quant à elles être inférieures d'au moins 25 % aux niveaux de 2025 d'ici 2035, et d'au moins 40 % d'ici 2040.
Le scénario de dépassement minimal repose également sur une hypothèse audacieuse : le retrait de l'atmosphère et le stockage permanent d'environ 320 gigatonnes de CO₂ au cours de ce siècle. Cela équivaut approximativement à huit années d'émissions mondiales de CO₂ au niveau de 2024. Toutefois, les défis socioéconomiques et technologiques associés à un tel déploiement rendent les chances de succès incertaines. Les technologies de captage et de stockage du carbone, bien que prometteuses, n'ont pas encore atteint la maturité ni l'échelle nécessaires pour répondre à une ambition aussi colossale.
Un ultimatum avant la COP31
À l'approche de la COP31 qui se tiendra à Antalya, en Turquie, du 9 au 20 novembre 2026, le rapport du PNUE résonne comme un ultimatum. « L'écart entre les émissions réelles et les objectifs climatiques est désormais un écart de leadership. Le monde manque de temps et d'excuses pour le combler », martèle António Guterres. Le deuxième bilan mondial, prévu lors de ce sommet, devra réaffirmer les domaines d'action prioritaires en matière d'atténuation, étendre les objectifs quantifiés à 2035 et 2040, et rendre les engagements existants plus concrets à travers des cibles claires et, lorsque possible, chiffrées.
Adelle Thomas, vice-présidente d'une évaluation scientifique de l'ONU sur les impacts climatiques et qui n'a pas participé à l'étude, résume la situation : « Le message du rapport est clair. Nous savons ce qui doit être fait. Nous avons les outils pour le faire. Et tout retard ne fait que rendre le défi plus dangereux et plus coûteux pour tous. » Johan Rockström, directeur de l'Institut de Potsdam pour la recherche sur les impacts climatiques en Allemagne, met en garde contre un effet d'entraînement négatif : l'impact de la politique américaine pourrait s'avérer encore plus important que les estimations de l'ONU si d'autres pays réduisent leurs efforts climatiques face au recul du plus grand émetteur historique.
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Source: www.greenetvert.fr
