À première vue, l’arbitrage paraît contre-intuitif. En 2026, alors que la réglementation se durcit, que les banques intègrent de plus en plus le risque énergétique et que la décote des logements classés F ou G devient visible dans de nombreux marchés locaux, certains investisseurs continuent d’acheter ces biens. Mieux encore, ils obtiennent parfois leur financement. Cette réalité s’explique par une logique patrimoniale plus nuancée que l’opposition simpliste entre “bon” et “mauvais” DPE.
Dans un contexte où le crédit immobilier devient une lecture de trajectoire, la passoire thermique n’est plus seulement un problème. Elle peut devenir un levier. À condition d’anticiper les contraintes, de maîtriser le cash-flow et de penser l’investissement dans la durée.
Table des matières
La décote : un point d’entrée stratégique
Le premier moteur de ces stratégies reste la décote. Dans certaines villes, l’écart de prix entre un bien classé D et un bien classé F ou G peut atteindre 10 à 20 %, voire davantage dans les marchés détendus. Cette différence constitue un levier immédiat pour l’investisseur, car elle réduit le capital engagé et améliore la marge de sécurité.
Dans un contexte de taux plus élevés, cette décote permet parfois de maintenir un équilibre financier qui serait impossible sur un bien déjà rénové. La mensualité reste maîtrisée, et l’investisseur conserve une capacité d’épargne.
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Le cash-flow avant la performance énergétique
Contrairement aux idées reçues,certains investisseurs privilégient la rentabilité immédiate. Un bien énergivore, acheté moins cher, peut générer un rendement brut supérieur à court terme. Dans les zones tendues, la demande locative reste forte, même pour des logements imparfaits, notamment lorsque le loyer est ajusté.
Le raisonnement est financier : sécuriser le flux de trésorerie avant de planifier les travaux. Cette stratégie suppose cependant une bonne connaissance du calendrier réglementaire et une capacité à arbitrer rapidement.
La rénovation comme création de valeur
Pour ces profils, la rénovation n’est pas une contrainte mais une opportunité. L’amélioration énergétique peut générer une revalorisation du bien, une hausse du loyer et une meilleure liquidité. Dans certains cas, la création de valeur dépasse le coût des travaux.
Cette logique s’apparente à celle du capital-investissement : entrer à prix décoté, transformer, puis arbitrer. Elle repose sur une exécution rigoureuse et une anticipation des aides publiques.
Un arbitrage long terme
Le cœur de la stratégie réside souvent dans l’horizon de détention. À court terme, la pression réglementaire crée de l’incertitude. À long terme, elle peut raréfier l’offre de logements rénovés, ce qui soutient les prix.
Certains investisseurs parient sur cette dynamique. Ils acceptent une période de transition, puis capitalisent sur la valorisation future.
Investisseurs expérimentés : capables de piloter travaux et financement.
Profils patrimoniaux : horizon long, tolérance à la volatilité.
Professionnels : marchands, foncières, investisseurs structurés.
Stratégies value-add : création de valeur par transformation.
Le rôle décisif du financement
Contrairement aux idées reçues, les banques ne ferment pas totalement la porte. Elles demandent davantage de visibilité : devis, calendrier, aides, cohérence globale du projet. L’investisseur doit démontrer qu’il maîtrise la trajectoire.
Un plan de rénovation crédible peut transformer un dossier risqué en dossier solide. Le DPE devient alors un paramètre, mais pas un obstacle absolu.
Les risques réels
Ces stratégies ne sont pas sans danger. Dérapage des coûts, évolution réglementaire, vacance locative, tension énergétique. Une erreur d’anticipation peut réduire fortement la rentabilité.
Le principal risque réside dans le timing. Trop tôt, la rentabilité est fragilisée. Trop tard, le potentiel de décote disparaît.
Une mutation du marché
La transition énergétique crée un nouveau segment immobilier : celui des actifs à transformer. À mesure que les normes se durcissent, la valeur se déplace vers la capacité à piloter cette transformation.
Dans ce contexte, la passoire thermique n’est ni une opportunité universelle ni un piège systématique. Elle devient un actif stratégique, réservé aux profils capables de gérer l’incertitude.
Vers une nouvelle lecture de la performance
Le marché immobilier évolue vers une logique plus financière. La performance ne se mesure plus seulement en rendement locatif ou en valorisation, mais en capacité à arbitrer entre risque, liquidité et transformation.
Pour certains investisseurs, les passoires thermiques incarnent cette nouvelle frontière. Un terrain d’arbitrage, où la stratégie prime sur la conformité immédiate.
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Source: blog-habitat-durable.com
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