Le 27 novembre 2025, la SNCF a confirmé l’ouverture d’une liaison TGV entre Lyon et Bordeaux, prévue d’ici mi‑2027. Présentée comme un levier pour une mobilité plus durable, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de transition écologique et de décarbonation du transport. Pourtant, le choix du tracé soulève des inquiétudes sur la cohérence de l’aménagement du territoire.
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Un trajet de 5 heures pour remplacer l’avion : l’alternative verte
La SNCF a annoncé qu’un TGV relierait Lyon à Bordeaux en environ cinq heures, avec un lancement prévu au plus tard en 2027. L'objectif est clair : inciter les voyageurs à délaisser l’avion ou la voiture pour un mode de transport à plus faible empreinte carbone.
Ce TGV sera opéré sous la marque low-cost OUIGO, ce qui le rendra financièrement accessible, tout en s’inscrivant dans une stratégie de croissance verte. D’ici 2030, l’entreprise prévoit une augmentation de 30 % de l’offre OUIGO à travers la France.
Ce projet vient renforcer les objectifs climatiques de la SNCF, dont le PDG Jean-Pierre Farandou rappelait récemment dans La Tribune que « le TGV émet jusqu’à 50 fois moins de CO₂ qu’un vol domestique ».
Une logique de décarbonation à grande échelle
En visant un million de passagers par an sur cette nouvelle ligne, la SNCF veut capter une part significative du trafic inter‑métropoles aujourd’hui encore largement dominé par l’automobile et l’aérien. Ce report modal est l’un des piliers de la politique de mobilité durable nationale.
La durée actuelle du trajet Lyon–Bordeaux, souvent supérieure à sept heures avec correspondances, constitue un frein au développement ferroviaire. Le TGV direct pourrait ainsi offrir une alternative crédible à l’avion, dont les vols entre les deux villes restent nombreux malgré la loi Climat de 2021 qui a interdit certains trajets courts si une alternative ferroviaire existe.
En réduisant de deux heures le temps de parcours moyen, le TGV Lyon‑Bordeaux contribuerait donc à rendre le train plus attractif — un enjeu majeur pour atteindre les objectifs de neutralité carbone à l’horizon 2050 fixés par la France.
Une ligne qui contourne le Massif central : efficacité ou injustice ?
Mais cette vision écologique se heurte à une critique majeure : le choix du tracé.Le futur TGV ne passera pas par Clermont‑Ferrand, Montluçon ni Limoges, mais contournera le Massif central par le nord, via l’Île-de-France. Les arrêts confirmés incluent Massy‑TGV, Saint‑Pierre‑des‑Corps, Poitiers et Angoulême.
Cette décision suscite une vive réaction de plusieurs élus locaux. « Nous sommes les oubliés, les sacrifiés », a dénoncé Annie Delage, maire de Guéret, estimant que « l’État et la SNCF piétinent une fois de plus les territoires ruraux ».
Au-delà du sentiment d’abandon, certains pointent une incohérence écologique. En allongeant la distance (près de 1 000 km au total), le tracé par l’Île‑de‑France augmente le bilan carbone du projet, même si l’énergie utilisée reste décarbonée. Selon des observateurs ferroviaires, l’itinéraire est 200 à 250 km plus long qu’un trajet direct via le centre de la France.
Un choix dicté par les infrastructures existantes ?
Pourquoi ce détour massif ? La réponse tient à la rentabilité et à la logistique. La liaison utilisera uniquement des lignes à grande vitesse déjà existantes, ce qui évite les coûts d’investissement liés à la création d’une nouvelle infrastructure.
Selon le groupe SNCF, cette solution permet « un lancement rapide à coût maîtrisé », tout en respectant les objectifs de développement durable.
Pourtant, des experts pointent un paradoxe. En contournant les zones peu desservies, la SNCF ne favorise pas un maillage territorial équilibré — pourtant essentiel à une transition écologique juste. L’éloignement du réseau haute vitesse accentue la dépendance automobile dans les zones rurales et de moyenne montagne, au détriment d’une logique inclusive.
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Source: www.greenetvert.fr
