« Nouveaux OGM » : pourquoi ces plantes génétiquement modifiées divisent l’Europe
Aujourd’hui, les plus gros producteurs d’OGM sont les États-Unis, le Brésil, l’Argentine, le Canada et l’Inde. "À eux cinq, ils totalisent 91 % des surfaces d’OGM cultivées en 2019", indique le ministère de la transition écologique sur son site. « Les quatre plantes OGM les plus cultivées sont le coton, le soja, le maïs et le colza ».
Bien que la culture commerciale d’OGM soit interdite en France depuis 2008, le sujet continue d’alimenter les débats. Un organisme génétiquement modifié (OGM) est un être vivant dont le patrimoine génétique a été modifié à l’aide de techniques de biologie moléculaire. Dans l’agriculture, ces modifications concernent principalement des plantes auxquelles on cherche à conférer certaines caractéristiques, comme une meilleure résistance aux ravageurs, aux maladies ou aux épisodes de sécheresse. L’objectif est notamment de limiter le recours aux insecticides et d’adapter les cultures aux nouvelles conditions climatiques.
Historiquement, pour créer des OGM, la technique utilisée est la transgénèse. Elle consiste à ajouter un ou plusieurs gènes d’une espèce différente dans le génome de l’organisme pour modifier ses caractéristiques. Pour le moment, au sein de l’Union Européenne, seul l’OGM du maïs MON810 est autorisé dans la culture. Il a été créé à partir de l’ajout de la bactérie du sol "Bacillus thuringiensis", qui permet à la plante de produire une molécule insecticide.
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Une technique qui ne fait pas consensus
Mardi 16 juin, des agriculteurs se sont rassemblés devant le Parlement européen à Strasbourg pour dénoncer l’autorisation de ces OGM. Pour la Confédération paysanne, il s’agit "d’une aberration agronomique et écologique confirmée par tous les paysans soucieux de bien nourrir leurs concitoyens et par de nombreux scientifiques".
Contrairement à la première génération d’OGM, ces nouvelles versions sont modifiées sans introduire d’ADN étranger, mais à l’intérieur de la graine directement. On les appelle les NGT. Le problème : on ne connaît pas encore leur impact sur la santé ou l’environnement. « C’est une menace directe pour la souveraineté alimentaire et pour la diversité génétique des plantes cultivées », a ajouté la confédération paysanne.
Ils soulèvent en effet plusieurs interrogations sur les plans environnemental, économique et éthique. Parmi les risques évoqués figure notamment la dissémination de certains caractères génétiques vers des plantes sauvages apparentées.
"Une plante génétiquement modifiée pour être tolérante à un herbicide risque de transmettre cette tolérance à des plantes sauvages de la même famille", selon une publication du ministère de la transition écologique. Certaines plantes génétiquement modifiées pour produire leur propre insecticide pourraient également affecter des insectes non ciblés, qui jouent pourtant un rôle important dans le fonctionnement des écosystèmes. Les opposants aux OGM soulignent par ailleurs qu’une utilisation massive de ces cultures pourrait favoriser l’apparition de résistances chez certains ravageurs, réduisant progressivement l’efficacité de ces protections.
Le risque de la privatisation des OGM
Les OGM présentent également des risques socio-économiques liés à la question des brevets et de la propriété industrielle. Par exemple, si une entreprise développe une variété d’OGM, elle peut la breveter. Cela lui confère un droit exclusif d’exploitation, ce qui pose de multiples problèmes aux agriculteurs :
- Ils doivent, par exemple, acheter des semences très chères auprès de l’entreprise qui détient le brevet ;
- Ils ne peuvent pas replanter une partie de leur récolte comme semence l’année suivante. Il est aussi impossible de se les échanger ;
- Les exploitants peuvent devenir rapidement dépendant de grandes entreprises contrôlant le marché tel que Mosanto.
Concrètement, les brevets entraînent une "stérilité juridique" des plantes agricoles.
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Une réflexion éthique sur la modification génétique des êtres vivants
Les discussions autour des "nouveaux OGM" ne se limitent pas aux enjeux agricoles ou environnementaux. Elles soulèvent également des questions éthiques. Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) en met notamment deux en avant :
- La transmission des modifications génétiques à la descendance
- La maîtrise incomplète des techniques, ce qui entraîne une incertitude quant à leurs effets à court et à long terme sur les individus et la biodiversité.
Cela interroge plus largement la place de l'intervention humaine sur le vivant et les limites que la société souhaite lui fixer. Certains acteurs du monde agricole craignent également que la diffusion de semences génétiquement modifiées renforce la dépendance économique des exploitants envers les entreprises qui les commercialisent, dans un contexte où de nombreuses exploitations font déjà face à d'importantes difficultés financières.
Source: www.linfodurable.fr
