Le 20 janvier 2026, un rapport de l’Université des Nations Unies pour l’Eau (UNU-INWEH) a tiré la sonnette d’alarme. Le monde vit « au-delà de ses moyens hydrologiques ». Ce basculement vers une « faillite hydrique » n’est pas une métaphore. Il décrit une consommation chronique d’eau douce excédant la capacité naturelle de renouvellement.
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Faillite hydrique : les symptômes d’un système à bout de souffle
La faillite hydrique désigne un point de bascule où les retraits d’eau excèdent durablement les apports naturels, causant une « perte irréversible ou excessivement coûteuse du capital naturel lié à l’eau », selon la définition du rapport Global Water Bankruptcy. Cette situation dépasse largement les simples épisodes de sécheresse. Dans ce cadre, 70 % des aquifères majeurs de la planète montrent une tendance de déclin à long terme, selon les données compilées par l’ONU. Les nappes phréatiques, qui fournissent 50 % de l’eau domestique mondiale et irriguent 40 % des surfaces agricoles, s’épuisent dangereusement. Certaines régions, comme Mexico, enregistrent un affaissement des sols pouvant atteindre 250 millimètres par an, conséquence directe de la surexploitation des eaux souterraines.
Dans les bassins versants autrefois généreux, les signes de faillite se multiplient. Au Moyen‑Orient, le système fluvial du Tigre et de l’Euphrate connaît des baisses spectaculaires, tandis qu’aux États‑Unis, le fleuve Colorado n’atteint plus son embouchure plusieurs mois par an. Des dizaines de cours d’eau ne parviennent plus à rejoindre la mer, selon le rapport. Le phénomène ne s’arrête pas à l’eau liquide. Les glaciers ont perdu 30 % de leur masse depuis les années 1970, mettant en péril des milliards de personnes tributaires de la fonte saisonnière pour leur approvisionnement. Parallèlement, environ 35 % des zones humides mondiales ont disparu en cinquante ans, ce qui représente 410 millions d’hectares, soit l’équivalent de la superficie de l’Union européenne.
Une gestion obsolète de la ressource
Le rapport de l’UNU ne se contente pas de dresser un constat, il accuse l’architecture actuelle de la gestion de l’eau de ne plus être adaptée à l’ampleur du défi. « Les modèles traditionnels axés sur l’accès à l’eau potable, l’assainissement ou l’amélioration de l’efficacité ne suffisent plus », avertit le document publié à Hamilton (Canada) le 20 janvier 2026. Dans de nombreuses régions, les pratiques agricoles aggravent la situation. L’irrigation non maîtrisée accélère l’épuisement des nappes. Selon Futura‑Sciences,100 millions d’hectares de terres arables sont aujourd’hui salinisées, rendant les sols impropres à la culture. Cette pression supplémentaire accentue les déplacements humains : « La faillite hydrique alimente déjà les conflits, les fragilités sociales et les migrations forcées », a affirmé Tshilidzi Marwala, recteur de l’UNU, dans une déclaration rapportée par Euronews.
Face à ce constat, certains chercheurs n’hésitent plus à employer le langage financier pour qualifier l’état du cycle de l’eau. Pour Kaveh Madani, directeur de l’UNU-INWEH et ancien vice-président de l’Agence iranienne de l’environnement, « le monde vit déjà au-delà de ses moyens hydrologiques », ajoutant que cette faillite hydrique est « structurelle ». Cette analogie comptable permet de mieux visualiser un système où l’on dépense plus que ce que l’on gagne. Or, contrairement à une dette financière, l’eau perdue ne peut pas être rachetée ni imprimée.
Des solutions encore possibles, mais un changement radical est requis
Si la crise paraît irréversible, le rapport insiste néanmoins sur l’existence de marges de manœuvre. « Il faut sortir d’une gestion en silo et adopter une approche systémique intégrant climat, biodiversité et agriculture », indique le rapport Global Water Bankruptcy. L’objectif est de bâtir une gouvernance post‑crise où chaque goutte compte. Le rapport recommande notamment de revoir la tarification de l’eau, de renforcer les systèmes de surveillance des nappes, et d’adopter des pratiques agricoles plus sobres. Mais ces propositions restent souvent lettre morte. Malgré l’urgence, peu d’États ont intégré l’approche de l’empreinte hydrique dans leurs politiques publiques, pourtant cruciale pour identifier les déséquilibres entre production, consommation et ressources disponibles.
Actuellement,2,2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable sûre. Cette inégalité illustre le caractère profondément géopolitique de la crise. Les pays en développement sont les plus exposés, bien qu’ils soient souvent les moins responsables des extractions excessives historiques. L’ère de l’abondance est terminée. L’eau n’est plus une ressource illimitée, mais un capital naturel menacé. Et comme dans toute faillite, plus on attend, plus le coût de la reconstruction sera élevé.
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Source: www.greenetvert.fr
