Au matin du 16 février 2026, EDF, l’opérateur historique de production d’électricité en France, a confirmé que la combinaison d’une offre excédentaire d’électricité et d’une demande globale insuffisante entraînait une situation inédite. L’entreprise doit réduire la production de certains de ses réacteurs nucléaires, non pas pour des raisons techniques ou de sécurité, mais pour ajuster l’offre au niveau de la demande. Ce paradoxe découle d’un retard significatif de l’électrification des usages, en particulier dans les transports et le bâtiment, où le gaz et les carburants fossiles restent majoritaires.
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Une électrification insuffisante malgré une offre électrique abondante
L’un des paradoxes du système énergétique français est que, malgré une production électrique largement décarbonée et prépondérante, l’électricité pèse encore relativement peu dans la consommation finale d’énergie du pays. En 2023, l’électriciténe représentait que 25,1 % de la consommation finale d’énergie en France, loin derrière l’usage des produits pétroliers ou du gaz pour les transports et le chauffage. Selon les données disponibles, cette part atteint 40,1 % dans le résidentiel et 57,0 % dans le tertiaire, mais seulement 1,5 % dans le secteur des transports : une proportion dérisoire qui illustre le retard de l’électrification des usages clés comme la mobilité ou le chauffage domestique.
En raison de ce retard, de nombreux Français continuent de se chauffer au gaz, combustible fossile en grande partie importé, et de conduire des véhicules à moteur thermique. Cette dépendance aux énergies fossiles limite l’accélération des usages électriques, notamment des voitures électriques et des pompes à chaleur destinées à remplacer les systèmes de chauffage gaz ou fioul.
EDF confrontée à une surproduction d’électricité et à des coûts accrus
La situation devient paradoxale pour EDF. À mesure que la part des énergies renouvelables (solaire et éolien) augmente dans le mix électrique français, la production d’électricité dépasse parfois les besoins réels du pays. Pour éviter une saturation du réseau, EDF est amenée à moduler sa production nucléaire, c’est-à-dire réduire temporairement la puissance des réacteurs, même en milieu de journée, là où il y a beaucoup de solaire, phénomène qui était auparavant exceptionnel. Dans ce contexte, la modulation de la production nucléaire a doublé en 2024 par rapport à 2019, selon les informations communiquées par l’entreprise. Cette évolution est due à l’introduction croissante de sources renouvelables non pilotables sur le réseau, alors que la demande électrique reste globalement lente à progresser. Cette situation a un impact économique concret.
Comme l’a expliqué Jean-Marie Boursier, directeur adjoint de la division production nucléaire d’EDF, dans des propos rapportés par Reuters le 16 février 2026 : «L’impact principal est qu’une flexibilité accrue entraînera des besoins de maintenance accrus et donc des coûts plus élevés, tout simplement parce que certains équipements seront utilisés plus fréquemment.» Ce qui signifie que pour répondre à l’excédent d’électricité, issu en grande partie d’une production renouvelable plus importante et d’une demande qui ne suit pas, EDF doit réduire la production de certains réacteurs nucléaires, multipliant ainsi des cycles de charge qui sollicitent plus souvent les composants et augmentent les besoins de maintenance. L’entreprise estime que ces ajustements engendrent des coûts supplémentaires compris entre 1,5 million et 3,75 millions d’euros par an.
Des objectifs énergétiques nationaux en tension
La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) française aspire à une part croissante d’énergie décarbonée, en encourageant l’essor du solaire et de l’éolien, tout en maintenant une base nucléaire forte. Toutefois, ce cadre se heurte à la réalité d’une demande électrique qui peine à croître suffisamment pour absorber l’augmentation de la production. Cette situation illustre la nécessité de mettre en place des politiques plus ambitieuses d’électrification dans les secteurs clés. Pour les transports, cela implique notamment un déploiement plus rapide des véhicules électriques et un soutien accru aux infrastructures de recharge.
Dans le bâtiment, cela passe par une montée en puissance des pompes à chaleur, qui remplacent progressivement les systèmes de chauffage au gaz ou au fioul. Or, sans une électrification effective de ces usages, la France risque de maintenir sa dépendance aux énergies fossiles, avec des conséquences économiques et géopolitiques sensibles. Par exemple, en 2024, la France a continué à importer l’essentiel de son gaz, qui reste majoritairement utilisé pour le chauffage résidentiel, l’industrie et, dans une moindre mesure, la production d’électricité.
Électrification ou gâchis énergétique ?
La situation actuelle peut être résumée par ce paradoxe, la France produit suffisamment, voire trop, d’électricité, mais n’arrive pas à faire évoluer rapidement ses usages vers l’électrique. Tant que l’électrification de la mobilité, du chauffage ou de l’industrie stagnera, le pays maintiendra une forte dépendance aux combustibles fossiles, au détriment de ses objectifs climatiques et économiques.
Pour relever ce défi, les décideurs publics et les acteurs économiques devront accélérer les investissements dans les infrastructures électriques, encourager le remplacement des usages énergétiques fossiles et repenser les signaux tarifaires et fiscaux qui pèsent encore sur la transition vers l’électricité décarbonée.
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Source: www.greenetvert.fr
