Chaque année, 440 milliards de crevettes sont abattues à travers le globe, un chiffre qui dépasse de loin celui des poissons d’aquaculture et des poulets. En France, où la consommation atteint 6 à 9 milliards d’unités par an, ces pratiques restent brutales. Le 16 octobre 2026, l’ONG américaine ICAW a publié un rapport intitulé « Souffrance en Rayon », qui pousse l’industrie à une remise en question.
Table des matières
Pratiques cruelles dénoncées par les scientifiques
L'épédonculation, pratiquée sur les crevettes femelles, consiste à retirer un ou deux pédoncules oculaires à l'aide d'outils tranchants, sans anesthésie. Cette méthode vise à accélérer la maturation sexuelle et à augmenter la ponte. D'après le rapport d'ICAW, cette mutilation est courante dans l'aquaculture intensive, notamment en Amérique latine et en Asie, régions fournisseurs de 70% des crevettes consommées en France.
Cette technique repose sur la manipulation hormonale : en supprimant les pédoncules, qui contiennent une glande inhibant la reproduction, les femelles sont forcées à pondre plus fréquemment, augmentant ainsi la productivité au prix d'une souffrance invisible pour le consommateur.
L'abattage sans étourdissement est une autre pratique critiquée. Les crevettes sont plongées dans une bouillie de glace, entraînant une agonie prolongée. ICAW signale que les conditions industrielles rendent cet abattage inefficace, les crevettes restant souvent conscientes durant le processus.
La reconnaissance scientifique de la sensibilité des crevettes s'est accrue. Dès 2005, l'EFSA les classait comme animaux sentients. En 2021, la London School of Economics recommandait de les considérer comme capables de ressentir la douleur, une position adoptée par plusieurs pays, bien que la France n'ait pas encore légiféré en ce sens.
Une consommation massive en France
Les crevettes sont les animaux les plus élevés en captivité. Pourtant, malgré l'abattage de 440 milliards d'unités annuellement, elles restent ignorées des politiques de bien-être animal. Aucune norme n'encadre leur élevage et leur abattage, contrairement à d'autres animaux comme les poulets.
En France, la consommation atteint 6 à 9 milliards de crevettes par an, faisant du pays le premier consommateur européen par habitant. Les importations proviennent principalement d'Équateur, du Venezuela, d'Inde et de Madagascar. Selon FranceAgriMer, la consommation pourrait même s'élever à 9 milliards d'unités chaque année.
Vers une aquaculture responsable
Une alternative à l'abattage sans étourdissement est l'étourdissement électrique, qui assure une perte de conscience immédiate et réduit la souffrance animale. Bien que cela nécessite des investissements en équipement et formation, les coûts supplémentaires sont minimes comparés au prix de vente final.
Le distributeur Grand Frais souligne la complexité de cette transition mais affirme que 90% de ses crevettes proviennent déjà de fournisseurs évitant l'épédonculation. Un groupe de travail a été mis en place pour promouvoir l'étourdissement électrique.
La fin de l'épédonculation demande de repenser les cycles de reproduction, en allongeant les délais entre pontes ou en sélectionnant des souches plus prolifiques. Les chercheurs en aquaculture durable explorent ces pistes, démontrant que la production éthique est viable économiquement.
Mobilisation des distributeurs pour une transition écologique
Intermarché, U, Auchan et Aldi se sont engagés à interdire l'épédonculation et à imposer l'étourdissement électrique avant abattage d'ici 2030, voire 2035 pour Aldi. Carrefour a déjà banni l'épédonculation et prévoit l'étourdissement dès 2027 pour ses marques. Casino, Monoprix, Franprix et Lidl ont éliminé l'épédonculation, mais sans engagement ferme sur l'étourdissement.
E.Leclerc, principal acteur du secteur, n'a pas pris d'engagement. L'enseigne n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP ni à celles d'ICAW. Avec une part de marché considérable, ces distributeurs freinent la transition écologique. ICAW milite pour des engagements contraignants depuis 2023. La publication du rapport « Souffrance en Rayon » coïncide avec la Journée mondiale de l'alimentation, accentuant la pression sur les retardataires. La mobilisation citoyenne pourrait accélérer les transformations nécessaires.
La reconnaissance de la sentience des crevettes ouvre un nouveau chapitre dans la transition écologique alimentaire. Entre avancées technologiques et résistances économiques, la France doit choisir entre ignorer la souffrance des crevettes ou établir des standards éthiques à une industrie longtemps négligée.
Cet article Crevettes d’élevage : l’aquaculture française face à ses pratiques cruelles est apparu en premier sur Green et Vert.
Source: www.greenetvert.fr
