Entre le 7 et le 11 septembre 2026, l’Inspection des installations classées a contrôlé 1 245 sites de tri, transit et regroupement de déchets partout en France. Résultat : 109 propositions de mise en demeure pour non-conformité aux règles de lutte contre l’incendie, 24 demandes de régularisation administrative faute de titre d’exploitation valable, et quatre propositions de sanctions lourdes allant jusqu’à la fermeture. Autrement dit, environ un site sur dix présente des manquements suffisamment graves pour justifier une action coercitive immédiate.
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Un secteur qui brûle plus que les autres
Le ministère de la Transition écologique ne cache pas l'ampleur du problème. Depuis début 2022, le secteur des déchets a enregistré quelque 1 500 accidents, soit près d'un quart de l'ensemble des incidents recensés dans les installations classées pour la protection de l'environnement. L'incendie y est le phénomène dominant, dans des proportions nettement supérieures à celles observées dans les autres filières industrielles. Et parmi ces incidents, environ la moitié concerne précisément les activités de tri, transit et regroupement de déchets, celles-là même qui ont fait l'objet de cette opération surprise.
Pourquoi cette concentration ? Parce que ces installations stockent des matières combustibles, souvent en quantités importantes, dans des conditions qui ne sont pas toujours optimales. Batteries au lithium, déchets électroniques, plastiques, cartons, tout cela s'entasse, et il suffit d'une source d'ignition, d'une chaleur excessive ou d'une simple négligence pour que le feu prenne. L'été 2026, marqué par plusieurs vagues de chaleur et une sécheresse historique, a d'ailleurs vu se multiplier les départs de feu dans ce type de sites.
Des contrôles inopinés pour voir ce qui se passe vraiment
L'opération dite « coup de poing » visait justement à sortir de la routine administrative. Plutôt que des visites programmées, annoncées à l'avance et préparées par les exploitants, les inspecteurs ont débarqué sans prévenir pour vérifier ce qui se passe au quotidien. Ils ont contrôlé les réserves d'eau pour la défense incendie, l'accessibilité des lieux pour les pompiers, les consignes d'exploitation, les plans de défense contre l'incendie. Bref, tout ce qui doit fonctionner le jour où le feu se déclare.
Les sites inspectés couvraient un spectre large : 30 % des contrôles ont porté sur des installations soumises à autorisation, c'est-à-dire les plus importantes et les plus risquées, celles que l'État surveille déjà de près. 25 % concernaient des sites intermédiaires soumis à enregistrement, une autorisation simplifiée. Et 45 % visaient les « petits » sites soumis à simple déclaration, qui ne font normalement pas l'objet de contrôles systématiques par les services de l'État, mais qui doivent théoriquement être vérifiés par des organismes agréés.
Le problème, c'est que ces vérifications périodiques ne semblent pas toujours suffire. Les inspecteurs ont relevé des non-conformités notables, des équipements défaillants, des procédures absentes ou inappliquées. Pire encore, 24 sites exploitaient leurs installations sans titre réglementaire valable, soit parce qu'ils avaient dépassé les seuils d'activité sans demander l'autorisation correspondante, soit parce qu'ils n'avaient tout simplement jamais régularisé leur situation administrative.
Quatre sites menacés de fermeture
Parmi les manquements constatés, certains étaient suffisamment graves pour que l'Inspection propose des sanctions administratives immédiates : suspension d'activité, voire fermeture ou suppression des installations. Quatre sites sont dans ce cas. On ne connaît pas encore le détail des infractions, mais l'on peut imaginer qu'il s'agit de situations où le risque pour les riverains, les salariés ou l'environnement était jugé inacceptable.
Le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a tenu à saluer la mobilisation des inspecteurs et à envoyer un message ferme au secteur : « Avec le réchauffement climatique, les canicules vont se multiplier. La sécurité incendie doit devenir une priorité absolue pour chaque exploitant. L'État sera à leurs côtés pour progresser, et sera intraitable avec ceux qui ne joueront pas le jeu. » Autrement dit, la période de tolérance, si elle a jamais existé, est terminée.
Le climat change, les risques aussi
Reste que le problème ne se résume pas à la mauvaise volonté de quelques exploitants négligents. Le changement climatique modifie la donne. Les épisodes de chaleur extrême se multiplient, la végétation autour des sites s'assèche, les conditions deviennent propices aux départs de feu. Les installations qui fonctionnaient sans trop de problèmes il y a dix ans se retrouvent aujourd'hui exposées à des risques qu'elles n'ont pas été conçues pour gérer.
L'Inspection des installations classées l'a bien compris et mène désormais des actions de sensibilisation sur la maîtrise des sources d'ignition, la gestion de la végétation aux abords des sites et la surveillance renforcée en période de fortes chaleurs. Mais cela ne suffira pas si les exploitants ne jouent pas le jeu, si les moyens de lutte contre l'incendie restent défaillants, si les régularisations administratives traînent.
Cette opération « coup de poing » n'est qu'un début. L'Inspection assure qu'elle assurera le suivi des suites données, en parallèle d'autres actions de contrôle. Le message est clair : le secteur des déchets, qui concentre déjà un quart des accidents industriels, ne pourra plus se permettre de négliger la prévention incendie. Parce que le climat ne leur fera pas de cadeau, et que l'État, cette fois, semble décidé à ne plus fermer les yeux.
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Source: www.greenetvert.fr
