Le choix du thème tombe à un moment particulier. La remontée des prix de l’énergie a de nouveau rappelé ces dernières semaines combien l’industrie européenne reste sensible aux marchés mondiaux. Cette dépendance ne concerne pas seulement le pétrole ou le gaz, elle se retrouve dans de nombreuses matières premières utilisées par les industriels.
À Nantes, Mathieu Lefèvre, ministre délégué à la Transition écologique, a ainsi placé son intervention sous le signe de l’industrialisation du recyclage. L’idée défendue par le Gouvernement est de regarder le déchet non plus seulement comme un volume à collecter ou à éliminer, mais comme une matière susceptible de retourner dans les circuits de production.
Le raisonnement est aussi économique. Plus une matière peut être récupérée et réutilisée localement, moins il est nécessaire de recourir systématiquement à une ressource vierge. Mais cette logique suppose de disposer de toute la chaîne nécessaire : collecte, tri, préparation des déchets, installations de recyclage et industriels capables d’utiliser la matière obtenue.
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Le plastique, encore loin des objectifs
Le plastique illustre les difficultés françaises. Selon le ministère de la Transition écologique, seuls 26 % des emballages plastiques sont aujourd’hui recyclés en France. Un résultat encore éloigné des objectifs européens, qui prévoient un taux de recyclage de 55 % en 2030.
Le Plan plastique lancé cette année par le Gouvernement tente donc de traiter le sujet plus largement que par la seule collecte. Douze leviers ont été mis sur la table autour de trois axes (réduction, réemploi et recyclage) allant de l’écoconception à l’amélioration du tri, en passant par l’incorporation de matière recyclée et le développement des capacités industrielles.
Cette dernière question devient centrale à mesure que les obligations européennes augmentent. Collecter une tonne de plastique supplémentaire présente peu d’intérêt industriel si la matière ne peut ensuite être triée dans de bonnes conditions, transformée puis revendue à un fabricant. À l’inverse, une usine de recyclage ne peut fonctionner durablement sans accès régulier à des déchets et sans clients pour acheter la matière produite. Cette articulation entre collecte et outil industriel était au cœur des échanges à Nantes. Paprec, présent aux côtés de Citeo, TotalEnergies et Polyvia lors de la séquence consacrée à la stratégie plastique à horizon 2040, vient par exemple d’investir 20 millions d’euros dans un nouveau centre de tri en Gironde. Une illustration parmi d’autres des investissements nécessaires en amont pour fournir aux recycleurs des flux mieux triés et en volumes suffisants.
La première plénière des Assises était d’ailleurs consacrée au Circular Economy Act et au Clean Industrial Deal européens, avec une question très concrète : comment faire de l’économie circulaire un facteur de compétitivité et de résilience pour l’industrie européenne ?
Du déchet à la matière
Le textile rencontre les mêmes difficultés, avec des filières de recyclage encore peu développées pour certains matériaux. Les vêtements associent fréquemment plusieurs fibres, teintures et traitements qui rendent leur transformation plus complexe.
L’annonce faite ce mardi par Carbios en fournit une illustration. L’entreprise française a produit avec Patagonia, PUMA et Salomon des t-shirts en polyester recyclé à partir de déchets textiles et plastiques complexes. Après décomposition du PET par son procédé enzymatique, la matière a été repolymérisée, filée, tricotée, teinte puis confectionnée sur différentes lignes industrielles européennes. La démonstration reste encore limitée en volume, mais elle montre la diversité des solutions qui apparaissent pour récupérer des matières jusqu’ici difficiles à recycler.
Le recyclage mécanique conserve naturellement une place essentielle pour les flux qu’il peut traiter efficacement. D’autres procédés cherchent désormais à compléter cette offre lorsque les déchets sont trop complexes ou trop mélangés. Leur développement dépendra autant de leurs performances que de leur coût et de la possibilité de sécuriser suffisamment de matière à traiter.
Produire du recyclé en Europe
La question prend une dimension supplémentaire avec la montée des objectifs européens d’incorporation de matières recyclées. Ces règles doivent créer progressivement de nouveaux débouchés. Mais elles ouvrent aussi une interrogation industrielle : les matières recyclées dont les entreprises européennes auront besoin seront-elles produites en Europe ou importées ?
C’est toute la difficulté d’une politique d’économie circulaire qui cherche désormais à dépasser la seule gestion des déchets. Il ne suffit plus de fixer des taux de collecte ou de recyclage. Il faut également regarder où la matière est transformée, à quel prix et dans quelles conditions elle peut revenir dans les usines.
En choisissant de placer la souveraineté industrielle au cœur de leur édition 2026, les Assises de Nantes ont donc élargi le débat. Derrière une bouteille, un emballage ou un vêtement usagé se trouve aussi une ressource. Toute la question est désormais de savoir quelle part de cette ressource l’Europe sera capable de conserver et de transformer sur son territoire.
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Source: www.greenetvert.fr
