Rome pousse pour une « refonte » de l’outil climatique clé de l’UE
La Première ministre Giorgia Meloni a demandé jeudi la suspension, en attendant une réforme, du système ETS qui oblige les gros pollueurs à acheter des permis. « L’Italie souhaite proposer la suspension du système ETS en cette période de risque de flambée des prix de l’énergie », a déclaré Giorgia Meloni en faisant référence aux répercussions de la guerre en Iran. Rome « exigera avec force (sa) suspension » lors d’une réunion du Conseil européen dans deux semaines, a-t-elle ajouté.
Il s’agit de la dernière initiative en date de Rome visant à remodeler l’agenda écologique de l’UE, en particulier dans le domaine de l’énergie, alors que ses industries sont confrontées à des coûts énergétiques très élevés. Mme Meloni, cheffe du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia (FDI), dénonce depuis longtemps ce qu’elle qualifie de « folies écologiques » imposées par Bruxelles. L’Italie et d’autres gouvernements ont déjà réussi à convaincre Bruxelles de repousser l’interdiction historique des voitures neuves à essence et diesel prévue pour 2035.
"Effets dissuasifs"
Rome souhaite également réduire les factures énergétiques en transférant le coût des permis d'émission de carbone des centrales électriques au gaz vers les consommateurs. Cette mesure permettrait selon le gouvernement de réduire les coûts, car le prix de l'électricité produite par différentes formes d’énergie, même renouvelables, est indexé sur la plus chère, qui est généralement le gaz.
Et ces prix ont considérablement augmenté depuis que les États-Unis et Israël ont lancé la guerre contre l’Iran. Mais de nombreux commentateurs doutent que les économies réalisées grâce à cette mesure, actuellement débattue au Parlement, soient répercutées sur les consommateurs. Au contraire, selon les analystes, elle risque de récompenser les producteurs d'énergie polluante tout en réduisant les revenus des entreprises d’énergie verte, ce qui ralentirait le déploiement déjà lent des énergies renouvelables en Italie.
Les "effets dissuasifs potentiels sur les investissements dans les énergies renouvelables et le stockage d'énergie en Italie sont assez évidents", a déclaré à l'AFP Davide Panzeri, responsable des politiques Italie-UE au sein du groupe de réflexion sur le climat ECCO. Bruxelles prépare actuellement des propositions visant à réformer le marché des émissions CO2, vieux de 20 ans. Mais la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a défendu cet outil, affirmant que seules des réductions drastiques de la consommation de combustibles fossiles permettraient d’atténuer la hausse des prix de l’énergie.
Le projet italien visant à "neutraliser les coûts liés au carbone est en contradiction avec la directive ETS et les règles du marché unique, ce qui rendra complexe toute collaboration avec la Commission à ce sujet", a déclaré M. Panzeri. Il estime que cela aggraverait également les difficultés concurrentielles de l'Italie, "car cela inciterait à dépendre davantage du gaz", importé depuis l'Algérie, l'Azerbaïdjan ou les Etats-Unis.
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Changer les règles
Selon le groupe de recherche Ember, le gaz représentait 47 % de la production d’électricité en Italie en 2025, soit la part la plus élevée dans l’UE après l’Irlande et Malte. Le pays ne dispose plus d’énergie nucléaire depuis 1990, mais le gouvernement Meloni travaille à son éventuel retour.
Parallèlement, le secteur des énergies renouvelables continue de croître en Italie malgré les obstacles bureaucratiques: en 2025, 49 % de son électricité provenait d'énergies renouvelables, contre 39 % en 2015. "Une électricité abordable pour les consommateurs passe par l'accélération des technologies les moins chères, et non par des subventions aux plus coûteuses pour les rendre légèrement moins chères », a déclaré à l’AFP Beatrice Petrovich, analyste chez Ember.
La proposition de l'Italie d'indemniser les exploitants de centrales à gaz pour les permis ETS modifie également "les règles en cours de route", a déclaré Mme Petrovich, ce qui risque de "ralentir les investissements dans les capacités renouvelables« . Patrizio Donati, directeur du producteur d’électricité Terrawatt, estime pour sa part que le projet de loi pénalise les énergies renouvelables, soulignant le fait que la seule façon de « réduire systématiquement les prix de l’énergie » est de s’éloigner des combustibles fossiles.
Avec AFP.
Source: www.linfodurable.fr
